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Images satellites montrant les impacts sur un site pétrolier saoudien

Les drones ou comment l'"aviation des pauvres" redéfinit l'art de la guerre

6 min
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Les attaques sur des site pétroliers saoudiens imposent les drones comme une arme de guerre incontournable, redéfinissant les rapports de force dans de nombreux conflits. Les journalistes français du Monde défendent leur indépendance éditoriale face au milliardaire tchèque Kretinsky, un exemple ?

Images satellites montrant les impacts sur un site pétrolier saoudien
Images satellites montrant les impacts sur un site pétrolier saoudien Crédits : HO / US Government - AFP

Ce matin, les drones imposent une nouvelle manière de faire la guerre. 

... Et ils redéfinissent aussi les rapports de force, analyse The Guardian, dans des conflits mondiaux pour la plupart assymétriques entre l'armée suréquipée d'une grande puissance et des groupes rebelles surpassés sur le plan technologique. Les attaques contre des sites pétroliers saoudiens ce week-end l'ont prouvé, d'où qu'ils viennent, les drones sont devenus en quelques années "l'arme des pauvres, en ce qu'ils sont petits, pas cher, discrets et trsè durs à détecter". 

Avec leur avènement, la nature même des conflits est bouleversée, en particulier au Moyen-Orient. Finie, à en croire The Guardian, la suprématie de l'aviation militaire à laquelle les poids lourds régionaux consacraient des milliards pour imposer leur domination des airs. A l'image de l'armée saoudienne, ils sont désormais pris à défaut, leurs radars, leurs systèmes d'alerte, leurs défenses aériennes rendues quasi-caduques par les petits appareils sans pilote. 

Car il est clair, confirme The Middle East Eye dans sa version française : sans drone, il aurait été inimaginable que des installations pétrolières saoudiennes aussi stratégiques que celles détruites samedi, aient pu être rendues ainsi vulnérables. Sans cette "aviation à bas-coût", jamais le gouvernement d'union nationale libyen n'aurait réussi à repousser l'avancée du Maréchal Haftar vers Tripoli, et jamais Israël n'aurait pu mener aussi loin, en Syrie, en Irak, des opérations contre les milices armées pro-Iraniennes. 

Et pourtant (c'est encore The Middle East Eye qui le rappelle) les drones de guerre, ça ne date pas d'hier : déjà les Américains en utilisaient pour des missions de reconnaissance au Vietnam, mais les premiers modèles armés ont fait leur apparition pendant la guetrre Iran/Irak, à partir donc de 1980 ; ce sont les Iraniens qui ont été les premiers à en faire usage. La première guerre du Golfe a ensuite vu l'avènement des drones de combat américains, Israël s'y est rapidement mise aussi pour pallier son manque de soldats... mais la grande évolution de la dernière décennie, c'est une forme de démocratisation : ce ne sont plus seulement les armées des pays riches qui ont les moyens de s'équiper.  

A  tel point qu'aujourd'hui il n'est plus un conflit à travers le monde où il n'est question de drones, et ça se retrouve dans la presse internationale : on a déjà parlé d'Israël, mais à lire le Jerusalem Post la semaine dernière, on comprenait que désormais les combattants du Jihad Islamique à Gaza possèdent des drones, et par trois fois déjà ils en ont fait usage contre des tanks postés juste de l'autre côté de la frontière. Ca "leur donne une précision qu'ils ne maîtrisaient pas jusque-là dans les attaques contre les positions israéliennes, et ça oblige l'armée d'Israël à repenser sa défense anti-aérienne"

Au Nigéria, révélations du New York Times, les terroristes islamistes de Boko Haram sont de retour dans la région du lac Tchad :  ils contrôlent quatre secteurs sur dix de l'Etat de Borno, et y mènent des attaques presque chaque jour. "Cela fait dix qu'ils sèment la mort dans la région en toute impunité", écrit la reporter Dionne Searcey, et ça ne devrait ps s'arranger, puisque depuis peu, leur arsenal s'est renforcé, "ils possèdent des drones beaucoup plus puissants et destructeurs que ceux de l'armée nigériane" censée les combattre. 

Enfin, dans le South China Morning Post, on apprend ce matin que la Chine est fière de présenter son dernier-né : un drone-espion supersonique baptisé DR-8, déjà visible le week-end dernier lors des répétitions du grand défilé militaire des 70 ans de la fondation de la République populaire de chine qui aura lieu le 1er octobre. Le DR-8, explique Pékin, "serait appelé à jouer un rôle décisif en cas de guerre contre les Etats-Unis dans la Mer de Chine du Sud ou dans le Pacifique-ouest". Que de charmantes perspectives... D'ailleurs ce nouveau drone furtif chinois a un design tout plat qui en rappelle un autre : il  est inspiré du D-21, modèle américain utilisé dans les années 70 pour espionner l'armée chinoise.

Dans la presse tchèque, on s'intéresse de près  au bras de fer qui oppose les journalistes français du Monde à leur nouvel actionnaire Daniel Kretinsky.  

Car Daniel Kretinsky, n'est pas n'importe qui en République tchèque :  il possède la 5e fortune de pays, elle se compte en milliards d'euros, et il l'a batie en investissant dans le gaz, le charbon et l'électricité. Mais Daniel Kretinsky, à Prague, c'est aussi le propriétaire de Czech News Center, un groupe de médias qu'il a racheté en 2013 et qui possède plusieurs ed s principaux quotidiens et magazines du pays. 

Autan dire que les questions d'indépendance de ces médias se posent, régulièrement... et ce n'est pas donc sans intérêt que les journalistes tchèques regardent la manière dont leur milliardaire, nouvel actionnaire du Monde, refuse de signer un accord avec la rédaction française qui veut voir garantie noir sur blanc son indépendance éditoriale. 

"Ca fait 11 mois que ça dure, explique l'hebdo Tyden, et les équipes du Monde ont donné jusqu'à ce mardi à l'homme d'affaire tchèque pour rendre sa décision". Le simple fait qu'un journal tienne tête à l'un de ses actionnaires, qu'il demande d'être consulté avant tout changement de propriétaire, tout ça semble quelque peu incongru, vu de Prague. 

D'ailleurs pour Ondrej Neumann, du site de critique des médias Hlidaci Pes (ça veut dire "le chien de garde" en tchèque) ce qui se joue en ce moment à Paris "donne une leçon d'indépendance aux journalistes tchèques et à Daniel Kretinsky par la même occasion". "C'est très inspirant", écrit Neumann, dans une République tchèque ou depuis six ans les plus riches des hommes d'affaires, à commencer par le premier ministre Andrej Babis, ont tous voulu "se payer des journaux comme des jouets d'enfants gâtés", pour servir leurs intérêts politiques et économiques.   

Le Monde et sa croisade rappellent donc aux Tchèques que "les journaux, l'information, ne sont pas un business comme un autre, que la presse joue un rôle irremplaçable dans nos sociétés démocratiques, et qu'elle doit donc être tenus loin des intérêts de ses propriétaires, que ce soit l'Etat ou les oligarques".  Alors on va quand mêlme tempérer l'enthousiasme d'Ondrej Neumann, la France n'est plus vraiment un modèle en la matière... mais "l'affaire Le Monde Vs Kretinsky pose la question de fond", lit-on enfin dans cet article tchèque : "pour qui les journalistes doivent-ils écrire?

Pas en tous cas pour les intérêts financiers de leur propriétaire, et la question est d'autant plus sensible, note The Financial Times, que Daniel Kretinsky a fait fortune, on l'a dit, dans les énergies fossiles, notamment en rachetant des centrales à charbon dans toute l'Europe, France incluse... et ça fait forcément un peu tâche sur un journal, Le Monde, qui se fait fort de mettre les questions d'environnement et de climat au coeur de sa ligne éditoriale.

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