LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
distribution de nourriture das un camps de réfugiés tigréens, Soudan, le 12/12/20

Non, la guerre du Tigré en Éthiopie n'est pas terminée

5 min
À retrouver dans l'émission

Il y a deux mois le Premier ministre d'Éthiopie Abiy Ahmed annonçait la fin des combats contre les rebelles du Tigré. Mais tout indique que les exactions s'y poursuivent et s'étendent même à d'autres régions d'Ethiopie. A Washington, le FBI est sur les dents à J-1 de l'investiture de Joe Biden.

distribution de nourriture das un camps de réfugiés tigréens, Soudan, le 12/12/20
distribution de nourriture das un camps de réfugiés tigréens, Soudan, le 12/12/20 Crédits : Yasuyoshi Chiba - AFP

Une guerre un peu trop vite oubliée se rappelle à notre attention.

La guerre au Tigré, cette région du nord de l’Éthiopie où l’armée éthiopienne est intervenue en novembre pour mater la rébellion du FLPT, le Front de Libération du peuple du Tigré. Il y a presque deux mois, nous remémore le Globe and Mail canadien, le Premier ministre de l’Éthiopie Abiy Ahmed (celui-là même qui avait déclenché l’offensive trois semaines plus tôt) avait déclaré au monde que les combats étaient finis, que le FLPT était vaincu ; il avait décrété le retour à la normale, et le monde avait commencé à regarder ailleurs. 

Mais depuis quelques jours, note le quotidien de Toronto sous la plume du chef de son bureau africain Geoffrey York, il n’est plus possible de regarder ailleurs : les rapports de l’ONU et de l’Union européenne sur place se multiplient et tous nous alertent sur le fait que oui, des exactions et crimes de guerre sont toujours commis au Tigré, des camps de réfugiés sont systématiquement attaqués et incendiés (c’est ce qu’a démontré l’agence américaine Bloomberg la semaine dernière en publiant des images satellite), un entrepôt d’aide alimentaire a été détruit par le feu… ou encore des hôpitaux, attaqués par de mystérieux hommes en armes. 

Les populations civiles, elles, poursuit Al Jazeera, continuent de fuir. Mais surtout, d’après la coordination des ONG humanitaires qui tentent d’accéder à la zone pour venir en aide aux victimes, on commence à voir se multiplier les cas où des villageois meurent de faim, dans tout le nord de l’Éthiopie. La coordination internationale des ONG critique au passage l’inaction des autorités éthiopiennes, censées avoir repris le contrôle de la région mais qui peinent à répondre à cette crise alimentaire entraînée par leur guerre. D’où cet appel des humanitaires : "Laissez-nous, d’urgence, accéder à ces régions pour y sauver des vies".

Bien au-delà désormais du Tigré, la presse d’Addis-Abeba nous alerte ces derniers jours sur une région en particulier où les tensions culminent : celle du Bénishangul-Gumuz, à l’ouest du Tigré et donc collé à la frontière soudanaise. Là-bas, détaille l’Addis Standard, dans le secteur de Metekel la semaine dernière un nouveau massacre a été commis par une groupe d’hommes armés, faisant au moins 60 voire 80 morts, enterrés ces derniers jours dans des fosses communes, et depuis un couvre-feu a été instauré pour tenter d’éviter de nouveaux bains de sang. 

Car ce massacre, le deuxième depuis Noël dans la région, est de toute évidence "un massacre ethnique", selon Simon Marks et Declan Walsh du New York Times. Ce sont les minorités Ahmaras et Agaws qui auraient été ciblées par des miliciens auto-proclamés de l’ethnie majoritaire Gumuz. 

Tout cela nous montre, en tous cas, qu’en lançant une offensive punitive (et elle-même non dénuée de fondements ethniques) contre le peuple du Tigré, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, pourrait bien avoir réveillé et nourri un monstre : celui des tensions inter-ethniques en Éthiopie qui menacent aujourd’hui, de plus en plus clairement, la fragile unité du pays.

Le Tigré, région au coeur de la politique éthiopienne.
Le Tigré, région au coeur de la politique éthiopienne. Crédits : Laurence Saubadu, Nioucha Zakavati - AFP

Direction Washington à présent, à la veille de la cérémonie d’investiture de Joe Biden.

Je ne vous refais pas la description de la capitale fédérale américaine transformée en "forteresse", selon l’image du Washington Post, vidéo à l’appui.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Pour vous donner une idée du niveau de tension sécuritaire et de paranoïa qui entoure les préparatifs de cette investiture, je retiens surtout cette info reprise entre autres par la chaîne CBS News : le FBI a déclenché ces derniers jours, en plus de tout son travail habituel sur les risques de terrorisme intérieur lié à l’extrême-droite suprémaciste, une enquête complémentaire pour vérifier les dossiers des quelques 25 0000 soldats de la Garde nationale qui y sont déployés pour protéger Washington... Avec la crainte bien réelle, confirme Politico, qu’il puisse y avoir parmi eux des éléments acquis à la cause de l’insurrection pro-Trump et qui pourraient, de l’intérieur, tolérer des débordements ou même, en provoquer.

Se protéger contre ceux qui nous protègent, ce n’est pas de la paranoïa, c’est juste de la vigilance poussée à son plus haut degré, et même si le Pentagone garantit à BuzzfeedNews qu’il n’y a pas eu de signalement de menace précise, même si le gouverneur Abbott du Texas s'indigne sur la chaîne texane NBCDFW de cette "offense" faite aux soldats soupçonnés... Mieux vaut être deux fois plus prudent, d’autant qu’au Capitole le 6 janvier on s’en souvient l’une de victimes était une ancienne militaire devenue adepte des théories conspirationnistes d’extrême-droite telles que les désormais célèbres QAnons.

D'après le Washington Post, le FBI craint d’ailleurs aussi que des fanatiques de QAnon ne tentent demain de se faire passer pour des soldats de la garde nationale, pour se glisser parmi eux pour inflitrer la cérémonie d’investiture. Le sujet a en tous cas été plusieurs fois évoqué sur leurs forums de discussion en ligne selon donc le FBI.

Avec tout ça, vous comprenez mieux pourquoi, comme le raconte CNN Business, la directrice de la rédaction du Los Angeles Times, Kimbriell Kelly n’a pas acheté des carnets de note et des stylos, cette fois, pour équiper ses reporters envoyés à Washington : elle leur a fourni des gilets pare-balles et des masques à gaz.

Chroniques
7H40
18 min
L'Invité(e) des Matins
Brexit, campagne de vaccination, crise économique : Michel Barnier est l’invité des Matins
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......