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Combattants du GNA libyen près de Tarhunah, le 19 avril 2020

Alors que le monde regarde ailleurs, la guerre s'intensifie en Libye

6 min
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Le GNA de Fayez Al-Sarraj a lancé ces derniers jours une offensive sur les troupes du maréchal Haftar et semble sur le point de faire céder le siège que ce dernier lui impose depuis un an autour de Tripoli. Au Liban la révolution entamée en octobre semble renaître, attisée par la crise du Covid-19.

Combattants du GNA libyen près de Tarhunah, le 19 avril 2020
Combattants du GNA libyen près de Tarhunah, le 19 avril 2020 Crédits : HAZEM TURKIA - AFP

Ce matin nous délaissons la chronique pandémique pour nous intéresser à un pays où la guerre civile a repris de la vigueur ces derniers jours.

Ce pays c'est la Libye, de l'autre côté de la Méditerranée : pendant que le monde compte les masques et les morts du coronavirus, là-bas les forces armées du GNA, le gouvernement soit-disant d'entente nationale reconnu par l'ONU et dirigé par Fayez Al-Sarraj, ont relancé l'offensive dans l'ouest du pays contre les positions de l'armée rebelle du maréchal Khalifa Haftar. 

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Pour le GNA, décrypte Al Jazeera, il s'agit de desserrer l'étau autour de la capitale Tripoli, de reprendre le contrôle de plusieurs localités côtières, ce qui a été fait en plusieurs attaques successives menées, au sol et dans les airs. Ca fait un an qu'Haftar, ses mercenaires russes et son arsenal (fourni en sous-main par des grandes puissances occidentales et du Golfe via les Emirats Arabes Unis) tentent d'arracher au GNA le contrôle de Tripoli, et du pouvoir sur tout le pays.

Sarraj, appuyé en particulier par une Turquie qui menaçait dès l'automne dernier de lancer une grande offensive terrestre en Libye, a donc choisi son moment pour lancer sa contre-attaque, ce moment d'accalmie mondiale où les grands fauves lèchent leurs plaies, ou plutôt comme le décrit plus prosaïquement Al Jazeera,  ce moment où "l'Occident est complètement distrait par la pandémie".

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Résultat, après deux semaines d'offensive, nous dit Roland Oliphant dans les colonnes du Daily Telegraph, le gouvernement de Fayez Al-Sarraj affirme qu'il est sur le point de faire céder le siège de Tripoli imposé depuis un an par son ennemi... et le GNA ne compte pas déposer les armes avant d'avoir éliminé complètement la rebellion d'Haftar.  

D'autant qu'il peut plus que jamais compter sur l'appui de la Turquie, laquelle a une nouvelle fois montré les muscles vendredi dernier. C'est le très pro-Erdogan Daily Sabah qui nous raconte ça : vendredi ont décollé en même temps, de deux bases aériennes turques, des avions de chasse, toute une flotte turque qui comptait parmi elle au moins un bombardier. Il n'en a pas fallu plus pour que tout ce que la Méditerranée compte d'analystes militaires retiennent leur souffle, attendant l'entrée en guerre tant annoncée et redoutée de l'aviation turque en Libye. 

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Mais finalement l'armada a fait demi-tour après avoir consciencieusement survolé les côtes libyennes ; ce n'était officiellement qu'un exercice aérien, mais c'était bien plus sûrement un message de soutien tonitruant adressé à Fayez Al-Sarraj et au GNA, doublé d'une menace réitérée au maréchal Haftar et à ses discrets mais puissants alliés. Pour le Daily Sabah, on est surtout en droit d'y voir "une répétition en costumes" de ce que déclenchera Ankara si les sponsors internationaux de la rébellion persistent à armer cette dernière.

Quelle sera l'issue de cette nouvelle montée en intensité du conflit lybien ? 

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Si, comme le prédisent certains analystes stratégiques, les mercenaires étrangers d'Haftar devaient être décimés, d'ici un mois, par le Covid-19, alors cela pourrait conforter une réelle et complète reprise de la main par les forces du GNA. On n'en est pas encore là : pour le spécialiste des affaires libyennes Hussein Ibish, à lire sur le site de Bloomberg, "la Libye glisse de plus en plus perceptiblement vers une issue fatale, la partition de son territoire en en deux", l'Ouest à Sarraj, l'Est à Haftar. Aucun gagnant, puisque les rebelles d'Haftar ne semblent pas en mesure de vraiment prendre la capitale.

En attendant, comme le constate Die Welt en Allemagne, elles semblent bien loin, les timides promesses de négociations et de paix en Libye, ébauchées sous l'égide d'Angela Merkel lors de la conférence internationale qu'elle avait organisé avec les deux belligérants et leurs alliés à Berlin en janvier. La reprise des combats sur le terrain depuis deux semaines, c'est une "trahison" pour la chancelière allemande. 

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Et l'une des principales conséquences, avertit encore Die Welt, c'est le retour d'une autre catastrophe  humanitaire : celle des migrants vers l'Europe, fuyant les combats en Libye en s'embarquant sur la Méditerrannée alors que, pour cause de coronavirus, tous les ports italiens et maltais sont fermés à triple tour.  

De la Libye nous passons au Liban où les mesures prises contre le coronavirus n'empêchent pas un réveil de la contestation sociale.

Au Liban "la révolution semble de retour, malgré le Covid-19" :  c'est le grand titre de Une de l'Orient-Le Jour ce mardi, et ça va prendre la forme de deux journées de mobilisation aujourd'hui et demain, des manifestations en voiture, dans les principales villes du pays. Mais pas question de dénoncer la dictature des mesures sanitaires, comme nous l'évoquions hier aux Etats-Unis : non, la démarche des Libanais se veut avant tout civique et soucieuse de santé publique ; si les manifestations auront lieu sur deux jours, c'est pour ne pas rassembler trop de monde en même temps avec des règles strictes :  aujourd'hui pour les véhicules immatriculés pair, demain pour les impairs, deux personnes maximum par voiture et masques autant que possible pour tout le monde.  

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Voilà donc comment la contestation veut se donner les moyens d'exister en ces temps d'épidémie et de confinement, elle qui depuis le 17 octobre (six mois déjà) et exige le départ de la classe politique qui dirige le Liban depuis trois décennies, se partageant le pouvoir et ses privilèges entre confessions religieuses et entre grandes familles.  

La colère populaire, on l'a déjà souvent dit ici, est aussi bien évidemment économique, sociale, avec des Libanais qui s'appauvrissent toujours plus... et en la matière ce dernier mois de crise sanitaire et de mise à l'arrêt de l'économie n'a fait qu'aggraver les choses, écrit Jeanine Jalkh dans l'Orient-Le Jour. Alors le mouvement de révolte, qui était en sommeil, se réveille depuis dimanche, parce que, disent ses organisateurs, « la souffrance est la même et parce que la faim n'a pas de religion ».  

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La révolution acte deux, donc au Liban, c'est un peu ce qu'annonçait dès hier Liz Sly, du Washington Post, dans un article où elle prédisait justement la reprise des mouvements de colère qui ont agité la planète cet hiver. En Irak également c'est la faim qui ravive la colère, avec des manifestations spontanées la semaine dernière dans les quartiers pauvres de Nassiriyah et de Bagdad. Au Chili, la trève imposée par le coronavirus tient encore mais le président contesté Sébastian Piñera en a profité pour faire bâtir des murs protégeant les quartiers riches de la capitale Santiago.

Un peu partout il faut donc craindre des "explosions sociales", conclut l'article du Washington Post, si la crise et l'enfermement économique autant que physique des populations les plus démunies devaient se poursuivre trop longtemps.  Et ce ne sont pas les couvre-feux et quarantaines, derrière lesquels se réfugient certains leaders en délicatesse avec leur peuple, qui suffiront cette fois à étouffer la colère de ce dernier.

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