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Joe Biden en son épouse commémorent les 500 000 morts du Covid-19, Washington, 22/02/21

500 000 morts du Covid-19 : les États-Unis face à l'incommensurable deuil

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Le demi-million de morts de la pandémie est franchi aux États-Unis où le président Biden insiste sur la nécessité de "se souvenir des disparus pour guérir collectivement". Mais comment la presse rend-elle compte de l'ampleur du deuil ? La flamme du "Hirak" renaît en Algérie, deux ans après.

Joe Biden en son épouse commémorent les 500 000 morts du Covid-19, Washington, 22/02/21
Joe Biden en son épouse commémorent les 500 000 morts du Covid-19, Washington, 22/02/21 Crédits : Saul Loeb - AFP

Dans cette pandémie qui nous abreuve quotidiennement de statistiques, il y a certains chiffres qui marquent plus que d'autres. 

Comme par exemple ce triste bilan d'étape marqué lundi aux États-Unis, ce cap des 500 000 morts du Covid-19 désormais officiellement dépassé. 

Un demi-million de décès, a noté Joe Biden, repris par CNN, c'est plus en un an que n'en avait connu l'Amérique pendant les deux guerres mondiales et celle du Vietnam incluse. C'est aussi plus que n'importe quel autre pays au monde depuis le début de la pandémie. Alors hier cette journée de commémoration, à Washington, a été rythmée par ce son :

Le glas de la cathédrale nationale de Washington qui a résonné 500 fois, une pour chaque millier de morts : voilà une manière de donner une mesure, dans le temps et dans l'espace, à ce chiffre qui peut sembler irréel, à force. C'est tout le défi pour l'Amérique, de ne pas se cacher l'ampleur du drame humain derrière l'insaisissable statistique... Et c'est justement ce sur quoi a insisté le président Joe Biden dans son discours très sobre et sombre, presque chuchoté, note le Washington Post.

Plus que tout, dit Joe Biden, "nous devons éviter de nous engourdir face à tant de douleur, de nous insensibiliser. Nous devons résister à la tentation de ne plus voir chaque vie perdue derrière les statistiques, de ne plus voir que du flou, ou une simple information dans le journal. Nous devons honorer nos morts, mais pour protéger les vivants, aussi, pour que tout ça s'arrête, pour guérir, nous devons nous souvenir... Et nous devons le faire collectivement, en tant que Nation unie". 

Voilà donc pour le voeu pieux du président américain, mais comment vraiment garder la mesure de ce demi-million de morts du Covid-19, s'interroge The New York Times. On se souvient que le quotidien avait, fin mai 2020, fait une Une spéciale au moment des 100 000 morts, avec la liste des noms des personnes disparues. 

Une spéciale du NYT pour les 100 000 morts du Covid-1ç, le 24 mai 2020
Une spéciale du NYT pour les 100 000 morts du Covid-1ç, le 24 mai 2020 Crédits : www.nytimes.com

Neuf mois et 400 000 victimes plus tard, la tâche est devenue trop colossale, une page de journal n'y suffit plus, alors le Times, il faut bien le dire, se perd en tentatives de faire des comparaisons de chiffres : 500 000 morts, nous assène-t-il, c'est "trois fois le nombre de victimes d'accidents, tous types confondus et route comprise, pour l'année 2019 ; c'est plus de huit fois le nombre de personnes qui ont succombé à une pneumonie ou une grippe l'an passé, c'est 10 fois plus que le nombre total de suicides aux Etats-Unis en 2020", etc .  

Tout cela n'a plus vraiment de sens, à force... Et c'est justement ce dont il est question : seul le Seattle Times persévère dans l'entreprise qu'il s'est assigné depuis un an : entretenir en ligne un mémorial numérique baptisé "Des vies remémorées", où l'on voit défiler, en silence, des milliers de photos portraits de disparus. Pour la plupart, il n'y a que ces images alignées qui évoquent une infinie diversité de visages et de moments de vie. Pour certains, on trouve une notice biographique. 

Ça rappelle ce qu'il s'était fait en France après les attentats terroristes de 2015, et l'auteure de ce site dédié, Paige Cornwell explique à la BBC News qu'il est important de se confronter à ces visages, "ne serait-ce que pour voir qu'ils nous ressemblent ou ressemblent à nos proches". 

Se souvenir pour rester vigilant et pour guérir collectivement, comme le disait Joe Biden. Cette initiative du Seattle Times nous rappelle aussi que depuis un an les rubriques nécrologiques de nos quotidiens, aux Etats-Unis comme partout ailleurs, occupent plus de place que jamais auparavant. La preuve, on en parle même dans cette revue de presse internationale... Et ce n'est clairement pas une bonne nouvelle pour notre Humanité.  

Une autre commémoration  : les deux ans du début du "Hirak", la révolution inachevée en Algérie. 

De quoi nous redonner un peu d'espoir, tout de même, sous la plume de Makhlouf Mehenni dans Tout sur l'Algérie: "certains le croyaient mort, emporté lui aussi par la pandémie de Covid-19,  ce mouvement populaire né le 22 février 2019 pour dégager Bouteflika et exiger un changement radical de système politique". Mais non, il l'a prouvé hier, "le Hirak algérien est de retour", et la journée de ce lundi a été comme un remake de la même, il y a deux ans : la même place de la Grande Poste d'Alger noire de monde, des jeunes, des femmes, des slogans où seul le nom du président a changé. 

Car la réalité politique de l'Algérie reste la même, malgré les millions de manifestants chaque semaine jusqu'à ce que les marches soient suspendues à cause de la crise sanitaire : des centaines de militants ont été arrêtés et jetés en prison, la répression est toujours là malgré les signes d'apaisement et les libérations ordonnées la semaine dernière par la présidence. "Rien n'a changé" clament les manifestants eux-mêmes, alors logiquement, note El Watan, "l'aspiration au changement des Algériens reste intacte. Le début de démocratisation qu'ils avaient cru obtenir en avril 2019 s'est depuis transformé en un véritable cauchemar", écrit Madjid Makhedi qui complète ce sombre tableau : "les espaces de liberté sont de plus en plus limités, les médias sont fermés à toute voix discordante..." .

"La situation ne fait qu'empirer depuis un an ... mais l'espoir est toujours là", chez cette "génération de février" comme la surnomme Hassane Ouali de Liberté-Algérie qui a repris le flambeau et la rue hier. Le Hirak, conclut l'éditorialiste, c'est "une révolution copernicienne qui tend à changer la face du pays et à le ramener sur la voie de l'émancipation", un "moment qui arrache définitivement le peuple à la fatalité mortifère". Il construit un écosystème nouveau, et en ce sens, il était "évident qu'il allait faire des erreurs, se tromper ou trébucher". Mais "il finira par triompher un jour, et le pays avec", veut croire Hassane Ouali pour qui le Hirak c'est l'espoir-même, c'est tout simplement "l'Algérie en devenir".

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