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Svetlana Alexievitch à Bogota en avril 2016

Svetlana Alexievitch, un prix Nobel menacé au coeur du printemps biélorusse

6 min
À retrouver dans l'émission

L'écrivaine biélorusse Svetlana Alexeievitch est convoquée par la police pour sa participation à la contestation contre le président Loukachenko. Dans une interview à El Pais, elle dit sa crainte de voir son peuple seul face à un pouvoir aux abois. En Irlande le GolfGate lève une tempête politique.

Svetlana Alexievitch à Bogota en avril 2016
Svetlana Alexievitch à Bogota en avril 2016 Crédits : Guillermo Legaria - AFP

Ce matin nous sommes avec un grand témoin de l'histoire biélorusse, cette histoire dont une nouvelle page, vous le savez, est en train de s'écrire depuis les dernières élections présidentielles. Le peuple biélorusse semble bien déterminé à en finir avec 26 années d'Alexandre Loukachenko au pouvoir... et comme à chaque fois, depuis 4 décennies, la Biélorussie (et plus largement l'ex-URSS) peut compter sur la plus loyale des scribes, l'écrivaine Svetlana Alexievitch, à nouveau au coeur de l'histoire. 

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La prix Nobel 2015 de littérature, donne une courte mais rare interview à El Pais. Elle y dit une chose qui résonne plus que toutes les autres : "à tout moment ils peuvent sonner à la porte et m'emmener en prison". Eux, ce sont les hommes du président Loukachenko : policiers, services de sécurité, ou désormais aussi simples soldats. Car Svetlana Alexievitch, si elle a toujours été une voix dissidente contre le régime liberticide biélorusse, est devenue au fil du présent mouvement l'une de ses figures tutélaires. Membre du Conseil de transition, mis en place la semaine dernière par l'opposition, elle a reçu ce lundi  une convocation devant la police de son pays mercredi pour y répondre à des questions, nous dit le site russe Meduza, dans le cadre d'une enquête criminelle pour atteinte à la sécurité nationale, des faits passibles de 5 ans de prison.  

C'est peut-être donc demain qu'"ils" viendront sonner à la porte de l'écrivaine pour l'emmener. Sera-t-elle protégée par son statut de sommité mondiale de la littérature ? Dans l'interview qu'elle donne à El Pais, Svetlana Alexievitch ne semble plus guère se faire d'illusion : "le ton a beaucoup changé depuis dimanche", la nouvelle manifestation-monstre exigeant le départ de Loukachenko et la réponse de ce dernier toujours plus obstiné et menaçant. 

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"Ce qui nous arrive, c'est un vrai cauchemar", poursuit l'écrivaine : elle vient d'apprendre que deux des leaders du Conseil de transition comme elle ont été arrêtés, eux sans sommation, alors qu'ils allaient, comme précise le Financial Times, soutenir des ouvriers en grève dans la grande usine de tracteurs de Minsk. Elle s'inquiète aussi du sort de ces milliers d'ouvriers licenciés du jour au lendemain pour avoir voulu faire grève, ou  de ces professeurs, qui ont rejoint les rangs des manifestants, et que le président aux abois jure de purger des écoles du pays.   

"Loukachenko et sa garde rapprochée, analyse encore Svetlana Alexievitch, semblent avoir basculé dans un gouffre de folie" proportionnelle à leur peur de se voir balayés par la rue. Pour preuve, elle en veut ces images, soigneusement mises en scène et très largement diffusées dimanche, du président et de ses fils descendant de leur hélicoptère pour rejoindre le palais présidentiel, armés de fusils de chasse et équipés comme des membres de commandos militaires, comme s'ils allaient eux-mêmes en découdre avec ces manifestants qu'ils qualifient allègrement de "rats".  

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"Qu'est-ce qui a bien pu passer à travers la tête de Loukachenko, fait mine de s'interroger le journal en ligne biélorusse Naviny, quel message a-t-il voulu envoyer au monde quand il a décidé que ce serait une bonne idée de mettre une kalachnikov, pour la mise en scène, entre les mains de Nikolaï, son plus jeune fils agé de 15 ans ?" Avec ces images-là, conclut le site d'info, plus rien ne subsiste de l'image d'Alexandre Loukachenko comme le bon père du peuple biélorusse... il n'y a plus qu'une sorte de "mauvais remake européen du dictateur vénézuélien Nicolas Maduro". 

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Et comme Nicolas Maduro au Venezuela, Alexandre Loukachenko peut encore arriver à sauver sa peau, si la Russie de Vladimir Poutine le permet, estime  Svetlana Alexievitch toujours dans El Pais. Depuis son appartement de Minsk où elle guette les bruits de bottes sur le palier, la romancière et journaliste le dit : elle est fière de ce que les Biélorusses ont entrepris après 26 ans de léthargie, mais aujourd'hui la situation est critique, "il n'y arriveront pas tous seuls." L'interview s'achève donc sur un appel à l'aide... mais quelle aide ? "Je ne le sais pas encore"; confesse enfin l'auteur de La Supplication. 

De Biélorussie nous passons à l'Irlande où un dîner mondain fait trembler l'élite du pays. 

Des ministres, des députés, des sénateurs, des vedettes des médias... rattrapés depuis ce week-end par le scandale dit du GolfGate soulevé par  le quotidien Irish Examiner : le GolfGate fait référence à une soirée prestigieuse donnée mercredi dernier pour un peu plus de 80 personnes triées sur le volet,à l'invitation du golf-club du Parlement pour fêter les 50 ans de cette institution.  

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Tout ça n'aurait pas fait une vague si l'Irlande, comme le rappelle l'Examiner, n'était pas soumise depuis début août à un reconfinement parmi les plus stricts d'Europe contre l'épidémie de Covid-19 : mardi dernier les réunions de plus de 6 personnes, en intérieur, ont été interdites... mais le lendemain, les 80 membres du golf-club du Parlement tenaient leur dîner de gala, comme si tout cela n'existait pas, sans aucune mesure d'éloignement ou de protection sanitaire. 

Dans ces conditions, tempête l'éditorial de The Irish Times, comment voulez-vous ôter aux Irlandais cette image d'une élite déconnectée qui se croit au-dessus des lois et des réalités? Le scandale rebondit donc depuis maintenant trois jours au gré des personnalités impliquées. : il a déjà coûté leur poste au ministre de l'agriculture et à un célèbre présentateur de JT, mais sa principale victime semble bien être Phil Hogan, le commissaire européen au commerce qui représente l'irlande dans les négociations du Brexit. 

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Hogan faisait aussi partie des invités mercredi soir ; aujourd'hui sa survie à Bruxelles est bel et bien sur la sellette d'après le site Politico Europe selon qui Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission, a pris ombrage de ce GolfGate et demande des éclaircissement à son commissaire irlandais.  

Il faut dire, avec l'Irish Independent, que le cas Hogan est particulièrement sensible : il a non seulement festoyé au golf-club mais a aussi violé les règles du confinement pour se rendre dans la ville fermée de Kildare... et pour couronner le tout, il y a été arrêté par des policiers alors qu'il utilisait son téléphone en conduisant. 

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Forcément, tout mis bout à bout, ça commence à faire beaucoup, et les excuses de Phil Hogan dimanche n'ont pas convaincu grand-monde. Dans The Guardian, la journaliste Una Mullaly écrit qu'après des mois de sacrifices consentis dans le cadre de la lutte contre la pandémie, "la colère des Irlandais contre leurs dirigeants est palpable", et qu'au-delà du commissaire Hogan, elle pourrait bien emporter également le fragile gouvernement de Micheal Martin, arrivé au pouvoir en juin après des mois de crise politique.

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