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Harvey Weinstein et son avocate

Au procès Weinstein, un verdict fondateur pour #metoo

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Le producteur de cinéma Harvey Weinstein est reconnu coupable de deux viols et risque 29 ans de prison, un verdict vu par la presse américaine comme décisif dans le changement des mentalités sur les violences sexistes. Hommage à Katherine Johnson, une mathématicienne noire pionnière à la NASA.

Harvey Weinstein et son avocate
Harvey Weinstein et son avocate Crédits : SPENCER PLATT - AFP

Les éditoriaux des grands quotidiens américains ce matin reviennent sur le verdict au procès d'Harvey Weinstein. 

Il est tombé lundi soir, ce verdict :  le producteur de cinéma le plus en vue ces trois dernières décennies à Hollywood a été reconnu coupable de deux crimes, deux viols au premier et troisième degré sur deux femmes.

Weinstein, dont le nom est irrémédiablement associé au déclenchement du mouvement MeToo, échappe à la prison à perpétuité (le jury n'a pas retenu la circonstance aggravante de "comportement prédateur") mais il risque tout de même jusqu'à 29 années de détention ; en attendant que sa peine soit fixée le 11 mars, il reste en prison à New York . Voilà pour les éléments factuels rappelés en Une d'à peu près tous les médias américains ces dernières heures. 

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Mais au-delà du verdict, de la reconnaissance de culpabilité, l'onde de choc suscitée par le cas Weinstein est bien plus profonde, et c'est pour ça que le Washington Post par exemple lui consacre son édito :  bien au-delà des deux plaignantes qui ont eu gain de cause, il est désormais de notoriété commune que "l'ex-magnat d'Hollywood a depuis les années 90, profité de son argent et de son influence pour harceler sexuellement et abuser de manière criminelle des dizaines de jeunes femmes". Trois décennies durant lesquelles, et c'est le plus marquant selon le Washington Post, "beaucoup de gens savaient mais regardaient ailleurs".   

Mais hier, dans un tribunal de Manhattan, sept femmes et cinq hommes, les jurés, ont bel et bien décidé de "ne plus regarder ailleurs". En regardant en face la douleur des victimes, en soutenant le regard du criminel Weinstein, ils ont surtout affirmé que "tout homme qui maltraite sexuellement une femme sur son lieu de travail, quel que soit sa richesse ou son prestige, devra désormais rendre des compte". 

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Alors oui, renchérit The Los Angeles Times, ce verdict résonne particulièrement parce qu'il "dit aux victimes qu'elles peuvent être crues". Il y aura toujours des procès, et des avocats, pour mettre en cause leurs comportements et leurs choix à elles, leur soit-disant responsabilité dans ce qui leur est arrivé, leur consentement présumé... mais à la fin, la justice peut triompher des plus puissants. Et avec elle c'est la société américaine, veut croire le Times de Los Angeles, qui pose "une borne, un pierre blanche sur le chemin vers l'égalité réelle entre les sexes".  

Ce verdict contre Harvey Weinstein serait donc aussi un verdict en, faveur de tout le mouvement "metoo" ? C'est l'analyse que posent Meghan Twohey et Jodi Kantor dans les colonnes du New York Times, tant, elles le rappellent, les avocats de Weinstein ont souvent tenté de le dépeindre comme une triste victime de cette "vague qui serait allé trop loin", exigeant à présent la disgrâce publique, le bannissement d'une ancienne idole comme son trophée ultime. 

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Le dossier Weinstein était loin d'être gagné pour les victimes : les principales d'entre elles avaient reconnu avoir eu des relations consenties avec le producteur après qu'il les avait agressées. En général les procureurs sont réticents à poursuivre ce genre de cas où la notion de consentement peut être attaquée par la défense ; mais cette fois "la Justice a repoussé ses propres limites", se félicitent les deux journalistes du New York Times

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Et quand on parle de disgrâce publique... oui, reconnaissent encore Meghan Twohey et Jodi Kantor, il y avait quelque chose de nécessaire dans le fait de voir, pendant le mois qu'a duré son procès, Harvey Weinstein réduit au silence, lui qui avait tout fait pendant si longtemps pour faire taire ses victimes ; Harvey Weinstein humilié par les récits des plaignantes, ou baissant piteusement la tête quand l'une d'elle décrivait les parties génitales du producteur-vedette pour les besoins de son témoignage. C'est aussi comme que l'on change le cours des choses, que l'on change les mentalités et les comportements, dans la Justice comme dans l'opinion.

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Sur ce point il me semble important également de saisir le miroir que nous tend à nouveau, à nous Français, l'actrice Adèle Haenel. C'est une interview qu'elle accorde au New York Times, trois mois après la révélation chez Médiapart des violences sexuelles qu'elle dit avoir vécues, alors qu'elle avait entre 12 et 15 ans, sous l'emprise du réalisateur Christophe Ruggia.  

"La France a complètement raté le coche de metoo", déplore aujourd'hui la comédienne, pointant du doigt les médias et les politiques qui n'ont pas pris compris à quel point notre pays "bouillonne de ces questions".  "La lenteur de la réaction du gouvernement, dit encore Adèle Haenel, laisse penser que les pouvoirs publics tolèrent une marge de violence sur les femmes". Idem pour le milieu du cinéma, avec la cérémoinie des Césars ce vendredi : "distinguer Roman Polanski, c'est cracher au visage de toutes les victimes, ça veut dire 'ce n'est pas si grave de violer des femmes.' [...] Les hommes riches, blancs, rassurez-vous : vous possédez encore tous les moyens de communication" en France", voilà où nous en sommes toujours, donc, selon Adèle Haenel. 

Un procès équivalent à celui d'Harvey Weinstein serait-lui possible ici? En tous cas on ne peut que constater qu'il ne l'a pas été pour le moment.

On reste dans la presse américaine qui rend hommage à une femme, qui elle aussi a su faire évoluer les mentalités.

Cette femme c'est Katherine Johnson, décédée lundi à l'âge vénérable de 101 ans, mais qui n'avait pas attendu la centaine pour l'être, vénérable.  

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The Atlantic nous rappelle à quel point cette petite fille issue d'une famille afro-américaine du sud ségrégationniste des Etats-Unis, n'aura eu de cesse toute sa vie de briser des plafonds de verre. Elle sort du lycée à 14 ans, est l'une des premières femmes, noire de surcroît, à faire des études de mathématiques... Le génie qu'elle démontre dans cette matière, et une bonne dose d'audace, vont lui permettre... toujours pionnière dans les années 60, d'intégrer la Nasa. Au sein du bureau des "colored computers", les "femmes calculatrices de couleur", Katherine Johnson modélisera, à coup d'équations complexes, les trajectoires de fusées qui permettront en particulier aux américains de mettre le pied sur la Lune.  

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Le magazine en ligne Space.com cite le bel hommage rendu hier par le patron de la Nasa : "Katherine Johnson a permis à notre Nation entière de repousser les frontières de l'espace, et les progrès qu'elle a rendu possibles ont également ouvert des portes aux femmes et aux personnes de couleur".  Katherine Johnson était "une héroïne américaine, une précurseure"... selon Reshma Saujani de CNN... mais une héroïne cantonnée à l'invisibilisation médiatique pendant l'essentiel de sa vie : ce n 'est qu'en 2016 qu'Hollywood lui rendra hommage... dans le film "Les Figures de l'Ombre" (qui n'a étrangement pas été produit par Harvey Weinstein).  

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Voilà, "tenter et réussir l'impossible", même quand on est une femme, noire, dans les années 50 à la Nasa, c'était la vie de Katherine Johnson, et vu le nombre d'hommages qui lui sont rendus depuis hier on se dit quil ets là, finalement, l'héritage de celle qu'on appelait "la femme-ordinateur".

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