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Un homme en quarantaine imposée dans un hôtel de Moscou

Des milliers de Moscovites dénoncent les ratés de leur application "StopCovid"

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L'application de "monitoring social" lancée par les autorités moscovites est sous le feu des critiques car elle a dressé des milliers d'amendes injustifiées ; les plaintes d'utilisateurs se multiplient. En Chine, la Covid-19 aura-t-elle raison d'un art de la table millénaire et convivial ?

Un homme en quarantaine imposée dans un hôtel de Moscou
Un homme en quarantaine imposée dans un hôtel de Moscou Crédits : Dimitar DILKOFF - AFP

En attendant l'application "StopCovid" lancée par le gouvernement français, nous partons en Russie où son équivalent moscovite est sous le feu des critiques.  

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L'application officiellement dite de "monitoring social" (parce qu'on pouvait difficilement l'appeler "application de contrôle des citoyens") a été lancée début avril par le maire de Moscou Serguei Sobianin. Et si elle fait beaucoup parler d'elle, dans les médias russes depuis quelques jours, c'est parce qu'avec près de deux mois de recul, et alors que la capitale russe commence à sortir du pic de contagion et de mortalité, le bilan de cette application semble... pour le moins problématique.

Dans Kommersant, je lis par exemple que même le Conseil russe des Droits de l'Homme, placé sous l'autorité de Vladimir Poutine, estime qu'il y a eu de sérieux ratés dans la manière dont fonctionne cette application. En fait, elle est censée accompagner les personnes diagnostiquées Covid-19 ou SRAS, dans le suivi des règles de leur quarantaine obligatoire... mais elle peut aussi dresser des contraventions si la géolocalisation de l'appareil utilisé signale que le malade est sorti de chez lui. 

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Or, poursuit Vedomosti, selon un premier bilan dévoilé la semaine dernière, sur 60 000 personnes qui ont téléchargé l'application, au moins 54 000 amendes ont été dressées, pour un montant total de qui dépasse les 200 millions de roubles soit 2 millions et demi d'euros. Certains utilisateurs se sont vus verbaliser une quinzaine de fois, alors que dans cette même période ils étaient cloués au lit pour cause justement de Covid-19 ; certains se voient même réclamer des amendes parce qu'ils sont sortis de chez eux... pour être hospitalisés.

Voilà donc de nombreux Moscovites qui se retournent aujourd'hui contre leur administration municipale et qui dénoncent un programme de "contrôle anti-social".

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C'est le titre d'une enquête publiée par le site de reportages I-Stories qui dénonce en particulier la manière dont les autorités municipales ont la plupart du temps forcé les personnes malades à installer l'application en leur expliquant que c'était obligatoire, dans le cadre de leur quarantaine imposée, alors qu'ils avaient tout à fait le droit de refuser le programme, surtout quand on sait que donner son accord à l'application c'était lui donner l'accès et le contrôle quasi complet sur le téléphone utilisé (la géolocalisation bien sûr, mais aussi les photos, les appels, les contacts, les messages, etc). Il s'est même trouvé des cas où des Moscovites qui n'avaient pas téléchargé l'application ont tout de même reçu des amendes pour non-respect des règles de confinement.

Tout cela est bien évidemment illégal, insistent des avocats russes qui ont créé des groupes Facebook pour recueillir les témoignages et organiser la contestation en justice. Selon Kommersant, pas plus tard qu'hier il y avait près de 2 000 plaintes enregistrées devant la Cour de justice de la ville de Moscou. 

Une riposte citoyenne s'organise donc, appuyée par des ONG comme Human Rights Watch, citée par le journal en ligne américain Business Insider, et selon qui beaucoup d'amendes injustement réclamées sont dus à l'un des principes de fonctionnement de l'application : elle envoie, à intervalles aléatoires, des pushs, des messages exigeant de ses utilisateurs qu'ils se prennent en photo pour prouver qu'ils sont bien chez eux. Le système est automatisé, et si vous n'avez pas envoyé votre selfie dans le temps de réponse prévu (pour une raison X ou Y), vous recevez une amende pour violation de la quarantaine.  Certains racontent au site d'info indépendant Meduza que, malgré la maladie, ils ont "renoncé à dormir en journée pour ne pas rater un selfie" et en sont réduits à "prendre des somnifères pour retrouver le sommeil la nuit"...

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Sous le poids des critiques et des plaintes, les autorités de Moscou ont déjà été obligées de reconnaître, en partie, leurs torts : selon l'hebdo Argumenty i Fakty, la ville a fait savoir que des milliers d'amendes injustifiées allaient être annulées... mais elle continue de faire la réclame pour son application dans les journaux, disons, les plus poreux à la communication officielle (comme donc Argumenty i Fakty). 

Mais plus largement la Russie ne semble pas franchement en tirer les leçons qui s'imposent ,sur les risques pour les libertés individuelles de faire basculer vers des solutions numériques le contrôle des citoyens : Meduza nous apprend que le Ministère russe des communications veut tester, à Moscou dès juillet, le remplacement du passeport en version papier par une application, là encore, qui utiliserait l'identification électronique du téléphone portable pour identifier son propriétaire, dans ses déplacements par exemple. Il n'y a pas à dire, Big Brother pourra dire un grand merci au coronavirus !

Le New York Times s'intéresse à la manière de manger des Chinois en ces temps de pandémie.

Cette fois, l'article nous permet de nous interroger sur l'impact que le coronavirus a sur nos modes de vies,... jusqu'à table, donc.  

En Chine, explique la journaliste Amy Qin, les autorités tentent de convaincre leurs administrés qu'il faut cesser de manger comme le veut la tradition chinoise, en piochant, chacun avec ses baguettes, dans des plats disposés pour tout le monde au milieu de la table. Des campagnes d'information sanitaire sont donc menées, dans les restaurants en particulier, pour vanter les mérites des couverts de service à l'occidentale et des plats individuels plutôt que collectifs. 

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Cela permet de limiter la diffusion des microbes et autres virus, mais ça contrevient complètement à l'art de la table millénaire et convivial des Chinois ; d'ailleurs, après l'épidémie de SRAS au début des années 2000, les mêmes campagnes de sensibilisation avaient donné des résultats plutôt mitigés, les vieilles habitudes avaient très vite repris le dessus. A l'inverse de  la distanciation sociale, la distanciation culinaire ne semble franchement pas convaincre les Chinois.

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