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Canons azéris en action au Haut-Karabakh, le 28/09/20

L'inéluctable reprise des hostilités au Haut-Karabakh

6 min
À retrouver dans l'émission

La reprise du conflit caucasien du Haut-Karabakh a fait une centaine de morts en deux jours. Des signes avant-coureurs annonçaient ce regain de tension depuis des semaines, de Bakou à Erevan en passant par Ankara et Moscou. Donald Trump, produit dérivé de la télé-réalité selon le New York Times.

Canons azéris en action au Haut-Karabakh, le 28/09/20
Canons azéris en action au Haut-Karabakh, le 28/09/20 Crédits : Azerbaijani Defence Ministry - AFP

C'est un conflit gelé depuis plus de 25 ans entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, et pourtant des combats meurtiers y ont repris ce dimanche : la république autoproclamée du Haut-Karabakh fait à nouveau parler d'elle... et nous aurions pu prévoir cet embrasement. 

Nous aurions pu, si nous avions lu les journaux des deux pays voisins du Caucase qui s'affrontent à nouveau depuis trois jours pour le Haut-Karabakh. Ce n'est pas un reproche mais c'est un constat que l'on trouve sur le précieux site spécialisé Eurasianet, un article de fond signé Joshua Kucera, et selon lequel depuis juillet, pour qui prenait le temps de déceler les premier symptômes, tout laissait présager qu'une offensive de l'Azerbaïdjan était inéluctable et qu'elle irait au-delà des régulières passes d"armes qui secouent la région mais s'apaisent aussi vite qu'elles ont commencé. 

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Non, cette fois, comme le rappelle ce matin la BBC, il y a de quoi craindre une guerre d'une ampleur bien plus préoccupante, avec une centaine de morts déjà sous le déluge de bombes que l'armée azérie fait pleuvoir sur les villes de ces vallées peuplées majoritairement de familles d'ethnie arménienne. 

"Les combats sont féroces", plus seulement des démonstrations de force entre soldats à la frontière : dans la petite ville de Stepanakert qui tient lieu de capitale à la région autoproclamée, les habitants se terrent dans les sous-sols pour tenter d'échapper au pillonage... voilà qui rappelle vraiment le conflit de 1994, quand les Arméniens, soutenus par la Russie avaient obtenu le contrôle de facto de cette enclave en territoire azéri. 

On le comprend, pour revenir à la démonstration d'inéluctabilité tentée par Eurasianet, il y avait là tous les éléments pour qu'à un moment donné le conflit s'embrase à nouveau, il suffisait d'une volonté politique de la part des pays impliqués. En l'occurence, l'Azerbaïdjan (soutenu par son grand-frère turc décidémment très entreprenant dans son étranger proche par les temps qui courent) n'a eu qu'à souffler un peu sur les braises mal éteintes pour faire repartir les flammes.

Et comme souvent rien de mieux pour souffler sur ls braises comme vous dites qu'une bonne campagne de propagande : c'est bien ce que le pouvoir à Bakou a fait, donc depuis juillet et un premier regain de tensions frontalières. Des obsèques en grande pompe réservées à un officier mort au combat, des manifestations de dizaines de milliers de personnes réclamant la guerre et la récupération par l'Azerbaïdjan des terres occupées par les séparatistes Arméniens, un gouvernement un peu débordé par cette poussée ultra-nationalistes mais qui s'y est très rapidement converti... 

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Ajoutez à celà, selon Al Jazeera, une intense campagne de désinformation qui culmine ces jours-ci avec ces récits complètement invérifiables, selon lesquels l'Arménie aurait fait venir au Haut-Karabakh des mercenaires issus des rangs des combattants kurdes du PKK pour affronter les alliés turcs de l'Azerbaïdjan. Cette soi-disant information, rien d'étonnant, on la retrouve ce matin sur la première page du site d'info turc Daily Sabah qui est un fidèle relai de la propagande d'Ankara ; il sert clairement de prétexte à la Turquie pour justifier son ingérence dans le conflit caucasien. 

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En face, il faut le dire aussi, on trouve ces mêmes histoires de mercenaires dans la presse arménienne : des combattants djihadistes syriens et irakiens auraient été acheminés dans le Karabakh par les Turcs, affirme également le journal grec Greek City Times, jamais à court ces derniers temps de choses à reprocher à la Turquie.   

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Précisons que les deux belligérants rejettent ces histoires de mercenaires en les qualifiant de "fake news , mais quelle que soit leur véracité leur but est clair : justifier la reprise des hostiliés dans les opinions publiques azérie et arménienne.  

On en est là : à lire leurs journaux respectifs, on apprend que l'Azerbaïdjan vient de décrêter la mobilisation partielle de sa population masculine et que l'Arménie a interdit de quitter le pays à tout homme de moins de 55 ans et donc en âge d'être mobilisé. 

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Et "ni Bakou ni Erevan ne semblent prêts pour le moment à négocier un arrêt des combats", constate le quotidien russe Izvestia. Le fil du dialogue diplomatique semble rompu, et dans les rues de Moscou il devient de plus en plus fréquent de voir des groupes d'Arméniens en venir aux mains face à des membres de la diaspora azéri, elle aussi très présente en Russie. Officiellement Moscou appelle les deux parties au calme et joue le rôle de force d'interposition... mais en réalité la Russie penchre clairement du côté arménien dans ce conflit, et on peut être sûr qu'elle ne laissera pas la Turquie remporter une telle victoire dans son pré carré du Caucase.  

Pendant ce temps, aux Etats-Unis les avis d'imposition de Donald Trump sont publiés dans le New York Times et révèlent bien plus que les arrangements fiscaux du président.   

En ce jour de premier débat télévisé entre Donald Trump et Joe Biden, le New York Times va plus loin dans ces révélations fracassantes entamées ce dimanche : après avoir épluché les déclarations de revenus de l'homme d'affaires devenu président, le quotidien en vient à démonter ce qu'il qualifie de "canular Trump". 

Tout est dans le titre de l'article : ce n'est pas  son succès dans les affaires qui a fait la gloire de Donald Trump, "c'est la télé-réalité qui lui a permis de bâtir ce mythe" du milliardaire à qui tout réussit, ce tycoon passé maître dans "l'art du deal". A lire les documents fiscaux de Trump ces dix dernières années, on comprend que l'essentiel de ses revenus, soit 427 millions de dollars qui lui ont permis de rester à flots, il ne les doit pas à ses entreprises dans l'immoblier new-yorkais mais bien aux émissions de télé qui l'ont remis en selle et où il a cultivé cette légende médiatique (bidon) qui allait le mener in fine à la Maison Blanche. 

Ca a donc commencé avec l'émission The Apprentice, ça a continué avec des pubs pour des biscuits chocolatés et des pizzas industrielles, puis l'essor de la marque Trump...  et de fil  en aiguille l'image savamment construite sur les écrans s'est imposée dans l'opinion américaine, alors que pendant ce temps les affaires du businessman ne lui rapportaient que des faillites, des pertes et des dettes (toujours selon ce qu'il déclarait au fisc). 

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Voilà qui nous en dit long sur la prépondérance du récit médiatique et de l'image dans ce qu'est devenue la démocratie américaine. Une réflexion aussi sur cette soi-disant "réalité" auto-réalisatrice que nous vend la télé-réalité, sur la gloire qu'elle crée et qui devient l'unique richesse de ceux qui lui doivent tout et bâtissent sur elle des empires d'imposture. 

Donald Trump ne serait donc rien d'autre qu'un pionnier qui a montré la voie aux Paris Hilton et Kim Kardashian d'aujourd'hui. Reste à savoir si ce modèle leur donnera, à elles, des idées et des ambitions présidentielles pour 2024 ?

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