LE DIRECT
.

2020 : Netanyahu, Trump, Kim Jong-un, Emmanuel Macron, comme un air de déjà-vu

6 min
À retrouver dans l'émission

A lire la presse internationale, il se pourrait qu'on trouve beaucoup de réchauffé en 2020. Comme un petit air de déjà vu, de déjà lu, de déjà entendu...

.
. Crédits : JIM WATSON - AFP

Une phrase prononcée par le Premier ministre britannique, Boris Johnson, hier soir lors de ses vœux pour l'année 2020 interpelle.

Discours qu'on retrouve un peu partout dans la presse anglaise, sur le site du Guardian et de la BBC notamment. Boris Johnson qui dans son message à ses concitoyens commence par dire au revoir à 2019, année de divisions, de rancœurs, et d’incertitudes. Et bonjour à 2020, année qui selon lui va permettre de tourner la page de l'accord de Brexit et de la crise qu'il a entraîné, avec la sortie de l'Union Européenne au 31 janvier prochain, enfin. 

Et pour cela, le Premier ministre utilise une expression pour laquelle il a déjà été largement raillé durant la campagne législative, c'est l'expression "oven-ready deal". Un accord prêt à cuire... Un texte d'accord tellement préparé qu'il n'y a plus qu'à le mettre en oeuvre. Et Johnson de prolonger l'image en expliquant que son accord est tellement prêt qu'il est déjà placé au micro-ondes avec son opercule en plastique déjà percé. Mais on peut aussi voir les choses autrement, voir que Boris Johnson réchauffe ses belles promesses de Brexit émancipateur pour les britanniques, qui apportera unité et prospérité. Seul le temps pourra confirmer ses dires...  

.
. Crédits : ABIR SULTAN - AFP

Et à lire la presse, il se pourrait qu'on trouve beaucoup de réchauffé en 2020. Comme un petit air de déjà vu, de déjà lu, de déjà entendu... Il y a par exemple, nous explique le quotidien israélien Haaretz, comme un petit air de déjà lu dans les propos de Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre a jusqu'à aujourd'hui, 1er janvier -et il semble bien déterminé à saisir l'occasion, pour déposer une demande auprès du Parlement. Demande d'immunité qui lui permettrait d’échapper, temporairement, à ses déboires judiciaires. Netanyahu, on le rappelle, fait face à plusieurs mises en examen pour corruption. 

Et au-delà de la requête d’immunité auprès de la Knesset en elle-même, qui comme le rappelle Times of Israel, est un acte très impopulaire, autant auprès de l'opinion publique que des alliés politiques de Netanyahu au sein de son parti le Likoud. C'est la justification du Premier ministre qui intéresse tout particulièrement le journal Haaretz. Des mots prononcés notamment dimanche dernier, devant un parterre de militants. Bibi parle alors de l'immunité comme de la "pierre angulaire de la démocratie". Et le journal de préciser : selon Netanyahu, l'immunité est la pierre angulaire de la démocratie car elle empêcherait le putsch qui se préparerait contre lui. En l’occurrence, son futur procès mais que lui et ses soutiens qualifient de coup d'état. Haaretz, y voit là un langage très orwellien. L'immunité c'est la démocratie, "deux concepts contradictoires dans une même phrase". Tout comme "la guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force". 1984, même logique. Et même danger pour un pays.

2020 comme 2019, année de tensions et de conflits diplomatiques  

Etats-Unis / Iran ; Etats-Unis / Corée du Nord. Ces deux là en particulier, inondent la presse internationale ce matin. Les journaux rapportent les événements d'hier, l'attaque de l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad en Irak, par des milliers de manifestants pro-Iran au cri de "mort à l'Amérique". Et les réactions de Donald Trump depuis, notamment par tweets comme à son habitude. Avec, comme le soulignent le Washington Post, le New York Times et The Hill, une position difficilement tenable pour le président Trump. 

Celle pour l'administration américaine qui consiste à rétablir une politique de "dissuasion" à l'égard de Téhéran, mais avec un Donald Trump qui ne peut pas se permettre électoralement de trop durcir le ton avec l'Iran, de devoir s'impliquer toujours plus, militairement, dans cette région, de devoir encore faire de l'Amérique le gendarme du monde alors qu'il prêche l'inverse dans ses meetings de campagne pour la présidentielle de cette année. Donald Trump "n'a aucune envie d'entrer dans une sorte de nouveau conflit au Moyen-Orient en 2020", confie un conseiller à la Maison Blanche au Washington Post. Tout cela risque donc de forcer encore une fois Donald Trump à souffler le chaud et le froid toute l'année.  

Technique d'ailleurs largement éprouvée depuis le début de son mandat avec la Corée du Nord. Donald Trump, bien plus positif ces derniers temps envers Kim Jong-un qu'avec le régime iranien. Cette nuit, l'ultimatum fixé par le leader nord coréen, pour que les États-Unis fassent quelques concessions, après 18 mois de diplomatie et des résultats limités, a pris fin. Kim Jong-un a annoncé tout à l'heure aux officiels de Pyongyang réunis en Congrès, la fin du moratoire sur les essais nucléaires et sur les essais de missiles balistiques intercontinentaux, promettant même de révéler prochainement "une nouvelle arme stratégique". 

Un dernier coup de semonce, espère le New York Times, pour inciter le président américain à lever des sanctions dans un contexte, encore une fois, d'élections aux Etats-Unis. D'ailleurs, pas d'animosité dans la réaction de Donald Trump à ces déclarations, comme le notent les sites du Taggesschau en Allemagne ou du Corriere Della Sera en Italie... "Nous avons signé un contrat qui parle de dénucléarisation. Je pense que c'est un homme de parole", répète le leader américain. 

.
. Crédits : STR / KCNA VIA KNS - AFP

Du réchauffé au réchauffement, il n'y a qu'un pas que je me permets de franchir, avec cette étude rapportée par le portail scientifique phys.org. La menace que constitue la fonte des glaces. On en entend encore parler. Dernier exemple avec les glaciers de l'Himalaya qui fondent à vitesse grand V. Trois chercheurs de l'Université de Potsdam rapportent qu'environ 5000 lacs naturels de l'Himalaya se sont formés du fait de la montée des températures et de la fonte des glaces. Ils sont de plus en plus instables et menacent maintenant de s'écouler, d’inonder les régions en aval et ses populations. 

Et puis, du réchauffé en 2020, la France n'est pas en reste... Le Frankfurter Allgemeine Zeitung revient sur l'allocution d'Emmanuel Macron, avec un président qui s'en tient à son projet controversé de réforme des retraites. Pas de quoi stopper les mouvements de protestations et les grèves entamées l'année dernière dit le journal. Et j'en reviens à l'expression de départ utilisée par Boris Johnson. Avec cette question légitime qu'on peut se poser : qu'attendre de 2020 avec des cuisiniers qui s'extasient à l'idée de vous faire goûter des plats réchauffés au micro-ondes... ? Que se souhaite t-on alors ? On peut toujours commencer par bon appétit et bonne année à tous.

Chroniques

7H40
18 min

L'Invité des Matins

Voeux présidentiels : 2020, année sociale ?
L'équipe
Journaliste

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......