LE DIRECT
Manifestant à Alger le 02 avril 2019

La place de l'armée en question dans la transition démocratique en Algérie

6 min
À retrouver dans l'émission

Les journaux algériens hésitent entre reconnaissance à l'armée de son rôle décisif dans la chute du clan Bouteflika et crainte d'un coup d'Etat militaire masqué. Au Venezuela, l'Assemblée pro-Maduro vote la levée de l'immunité de Juan Guaido. Lori Lightfoot remporte la mairie de Chicago.

Manifestant à Alger le 02 avril 2019
Manifestant à Alger le 02 avril 2019 Crédits : RYAD KRAMDI - AFP

La presse algérienne est unanime : c'est bien l'armée qui a obtenu la démission immédiate d'Abdelaziz Bouteflika.

C'est donc elle qui se retrouve au coeur de la transition démocratique...avec tout ce que cela comporte de risques énoncés par Brahim Tazaghart dans son billet pour Tout sur l'Algérie.  

Bien sûr, écrit le poète berbère, "la revendication du peuple de voir le Chef de l'Etat quitter le pouvoir avant l'expiration de son mandat a été satisfaite, c'est une victoire" pour le mouvement qui réclamait le changement. Mais en ces moments sensibles, "il est important de rester lucides :  l'aspiration au changement radical peut encore échouer, tant que des caciques du système FLN, comme le président du Sénat devenu président par intérim Abdelkader Ben Salah ou le premier ministre Mohammed Bedoui, resteront au pouvoir pour organiser le retour à la légitimité populaire. Le peuple ne s'est pas mobilisé pour leur redonner, à eux, les clés du pouvoir". 

Pas plus qu'il ne veut entendre "le bruit des bottes résonner dans les rues d'Alger et d'ailleurs". L'armée est et doit rester "la garante de la légalité constitutionnelle" , assurer "une vraie liberté aux citoyens" quand il faudra aller élire un nouveau président. Mais la crainte de Brahim Tazaghart, on le comprend bien, c'est que les militaires ne poussent plus loin l'avantage politique qu'ils ont à nouveau démontré ces derniers jours.  

Certains journaux évoquent même un "coup d'Etat militaire" qui ne dirait pas son nom. 

"Un coup d'Etat militaire déguisé juridiquement", c'est bel et bien ce qui s'est passé hier en Algérie, selon Samir Bouakouir du média en ligne Algérie-Part. Pour le journaliste,  en dénonçant "les fraudes et la corruption qu'il a couvertes pendant 20 ans", et en se cachant derrière "le bric-à-brac constitutionnel" des articles 7, 8 et 102, le chef d'état-major Gaïd-Salah "trahit sa volonté de contrôler le processus démocratique, d'imposer au pays une nouvelle alternance clanique". Et Samir Bouakouir de conclure que "si le pouvoir est vraiment au peuple, c'est uniquement à travers l'élection d'une Assemblée constituante qu'il pourra souverainement l'exercer". 

Alors quand l'opposant historique Saïd Saïdi, dans Liberté-Algérie,  appelle les militaires à "se méfier autant de leurs propres démons que de leurs courtisans", Le Matin d'Alger  reconnaît, tout de même, que l'internevtion orageuse de l'armée aura été "salutaire", pour "_mettre fin à l'entêtement du président et de son entourag_e". On aurait voulu que l'armée reste en dehors de cette histoire, mais il a fallu en passer par "ce putsch, car s'en est un", affirme Hebib Khalil.  

Qu'on ne s'y trompe pas pour autant, à présent : le général Gaïd Salah "ne peut pas s'ériger en solution ou en sauveur de la Nation. Il fait partie du problème, et pour beaucoup, son départ n'est pas négociable, tout comme celui des autres hommes d'appareil". 

Au Venezuela, l'Assemblée Nationale Constituante prive Juan Guaido de son immunité parlementaire.  

Et là, il faut un peu s'accrocher parce qu'en plus d'avoir deux président, Nicolas Maduro et donc Juan Guaido reconnu comme chef de l'Etat par intérim par une cinquantaine de pays, le Vénézuela a aussi deux Assemblées qui bien entendu ne reconnaissent pas la légitimité l'une de l'autre. 

La nuit dernière, nous apprend le journal pro-Guaido El Nacional, c'est bien l'ANC, l'Assemblée Nationale Constituante aux mains des chavistes, qui a voté la levée de l'immunité du leader de l'opposition autoproclamé président.  Une séance à sens unique retransmise par la chaîne NTN24.

Dans l'extrait le plus marquant des débats, la député Maria Leon dit à la tribune que pour elle "une simple levée de l'immunité parlementaire, c'est trop peu". Elle demande à l'assemblée : "Comment est-ce qu'on punit les traîtres à la Patrie?" En réponse, quelques députés scandent le mot "paredon", qui désigne en espagnol "le poteau d'exécution".  

Voilà pour l'ambiance... et l'on comprend que,  comme il l'affirme dans El Nacional, Juan Guaido craigne à présent pour sa sécurité. Pour clore le vote tout à l'heure, le n°2 de l'Etat Diosdado Cabello a expliqué qu'à présent que l'immunité de Guaido est levée, "le processus pénal va pouvoir se dérouler." Juan Guaido pourrait être poursuivi et jugé pour plusieurs motifs, pour avoir quitté le Venezuela alros qu'il en avait l'interdiction, mais surtout pour usurpation de la fonction présidentielle.  

A ce stade aucun ordre de détention ou d'inculpation n'a été formulé, mais plus rien ne protège Guaido, à part la conscience, chez plusieurs députés chavistes, que jetter l'opposant en prison serait "une erreur", voire même le meilleur service à lui rendre pour pousser ses soutiens à l'étranger à s'engager plus encore dans la crise vénézuélienne.  

Le spectre donc d'une intervention internationale au Venezuela, pour chasser du pouvoir Nicolas Maduro, c'est vraiment "l'ultime option, le dernier recours", explique El Pais dans un article qui fait le point sur la stratégie du camp Guaido. Dans l'entourage du jeune leader, on continue de croire que "la bataille peut se gagner sur le front intérieur", en mobilisant la population et en retournant l'armée. 

Pour cela il faudra qu'il se passe quelque chose de nouveau, de fort dans l'escalade de cette crise : un arrestation de Juan Guaido, par exemple ? 

La femme du jour, c'est la nouvelle maire de Chicago. 

Elle s'appelle Lori Lightfoot et de son CV, les journaux comme le Financial Times semblent surtout retenir qu'il s'agit de la première femme, démocrate, afro-américaine, ouvertement lesbienne, et syndiquée qui accède au pouvoir municipal dans la 3e ville des Etats-Unis. 

Ca fait beaucoup pour une seule personne, mais il faut quand même ajouter, avec le New York Times, que Lori Lighfoot a remporté une victoire écrasante face à une autre femme afro-américaine, la démocrate Toni Preckwinkle. Mais cette dernière, à 71 ans, incarnait trop l'establishment démocrate, aux commandes à Chicago depuis des décennies, et maintes fois éclaboussé par des affaires de corruption ou de clientélisme. 

Lori Lightfoot a donc surfé, comme c'est original, sur une vague de dégagisme et de renouvellement. Elle qui n'a jamais jusque-là fait de politique, a surtout capitalisé sur sa brillante carrière de juge, en charge notamment de contrôler la police de Chicago, poste où elle a donc été au coeur de nombreux procès,  d'assassinats racistes impliquant des policiers blancs.

Chicago, nous dit enfin USA Today, c'est un ville où les violences, le crime et les inégalités sociales restent criantes ; une ville où finalement, c'est Lori Lighfoot elle-même qui le déclairait à l'annonce de sa victoire, "on se contrefiche de votre couleur de peau ou de qui vous aimez... à partir du moment où vous montrez que vous êtes capable d'aimer".

Chroniques

7H40
38 min

L'Invité(e) des Matins

Un grand débat, pour quels résultats ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......