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Manifestants chiliens contre les violences policières

Le pouvoir chilien casse sa tirelire pour calmer l'exaspération sociale

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Le président contesté du Chili Sebastian Piñera annonce un coup de pouce financier aux familles, 112 € par foyer qui semblent loin de répondre à la demande de changement profond exprimée par la rue. La Nouvelle-Zélande s'engage à prendre en compte la question climatique dans ses décisions politiques

Manifestants chiliens contre les violences policières
Manifestants chiliens contre les violences policières Crédits : Federico Rotter - AFP

Quarante sept jours déjà que s'exprime au Chili une colère populaire aussi profonde que violente et violemment réprimée :

On parle d'au moins 23 morts et plus de 2000 blessés. Mais depuis lundi les autorités contestées ont lancé une contre-attaque.... sonnante  et trébuchante : ça a d'abord été, on le lit dans La Nacion de Chile, le gouvernement qui a dévoilé un plan de 5 milliards de dollars pour relancer l'économie sinistrée par la crise sociale ; un plan qui vise principalement les petits entrepreneurs et les classes moyennes considérés, nous dit-on, comme "les premières victimes de la paralysie économique et des destructions causées par les émeutiers".  

Puis c'est le président en personne, Sebastian Piñera (dont la rue réclame la démission depuis mi-octobre) qui y est allé de son cadeau... aux familles chiliennes cette fois. A croire le quotidien La Tercera, qui s'interroge sur les conditions pour toucher ce coup de pouce, il devrait s'élever à 100 000 pesos (soit 112 euros) par foyer, pour environ 1,3 million de familles éligibles.  

Alors bien sûr, toujours dans La Tercera, le chef de l'Etat reconnait qu'il ne s'agit là que d'offrir un "soulagement" aux familles touchées par la crise, que ce genre de petit bonus "ne résoud pas tous les problèmes" ; il en a tout de même profité pour dire qu'après un tel effort qu'il présente comme "maximal" de sa part, il fallait que "la violence" des manifestations cesse enfin, que la "paix sociale" revienne. 

Mais est-ce que ça suffira ?  A lire ce qu'en disent les économistes interrogés par la radio BioBioChile, Sebastian Piñera et son gouvernement sont encore loin du compte : à une contestation de fond de l'organisation sociale néolibérale du pays, ils répondent par un saupoudrage très limité dans le temps là où il aurait fallu "des mesures structurelles avec un financement assuré dans le temps". Ces économistes éminents mettent également en garde contre le fait de relancer l'économie en creusant la dette du Chili. 

Pendant ce temps, nous dit El Diario Concepcion, la police chilienne a du aller "acheter en urgence des recharges de gaz lacrymogène au Brésil, parce que son stock annuel était arrivé à épuisement au bout de 40 jours de répression des manifestations". En quelques semaines, les carabiniers ont utilisé (ce sont les chiffres du ministère de l'Intérieur) plus de 98 000 bombes lacrymo, 18 000 grenades à main et tiré 161 500 cartouches de chevrotine qui ont grièvement blessé aux yeuxprès de 300 manifestants. "La police vise la tête", accusait l'écrivaine chilienne Diamela Eltit dans une tribune publiée en fin de semaine dernière par l'édition sud-américaine d'El Pais. 

Le journal El Libero lui pose enfin la question du soutien de la population chilienne à cette contestation que rien ne semble pouvoir éteindre : selon un sondage, 96% des interrogés réprouvent les pillages et saccages de magasins, tout comme une large majorité condamne les actes de violence ; mais à bien y regarder, 89% se disent toujours favorables à des actions pacifiques comme les concerts de casseroles et 58% soutiennent les mots d'ordre de grève générale. Le soutien populaire reste solide ; il n'est donc pas sûr du tout, que Sebastian Piñera parvienne à l'enrayer avec quelques poignées de pesos.  

La COP 25 s'est ouverte lundi à Madrid et un pays s'affirme en bon élève de la prise de conscience climatique : la Nouvelle-Zélande.

C'est une profession de foi qui frappe les esprits : le ministre du Changement climatique néo-zélandais, l'écologiste James Shaw, affirme sur le site d'info Stuff que désormais toutes les grandes décisions prises par le gouvernement de l'archipel le seront avec "un prisme climatique". Les effets de ces décisions sur l'environnement seront "au coeur des préoccupations de l'Etat", affirme le ministre qui explique que jusque-là on évaluait les impacts des mesures à prendre sur les libertés fondamentales, sur les territoires ruraux, sur les personnes handicapées ou sur l'égalité des genres ; à ces priorités d'action s'ajoutera donc celle de la lutte contre le réchauffement climatique qui deviendra dès lors obligatoire (au-delà d'un certain impact sur les émissions de gaz à effet de serre) et centrale dans le logiciel de la prise de décision politique.

Cette initiative a également attiré l'attention du Guardian britannique qui rappele que le gouvernement mené par Jacinda Hardern a déjà "fixé l'objectif de zéro émission de gaz carbonique à l'horizon 2050 en Nouvelle-Zélande ; il a exclu tout nouveau nouveau permis d'exploration sur terre comme en mer pour les industries pétrolières ou gazières ;  il s'est engagé à planter un milliard d'arbres d'ici 2028 et il force les agriculteurs à polluer moins sous peine de payer des taxes plus importantes. 

Bref, la Nouvelle-Zélande affiche son zèle en matière de lutte contre les causes du réchauffement climatique, et "dans le monde entier, les regards se tournent vers nous", s'emporte même dans une tribune pour Stuff Abbie Reynolds qui vient de quitter ses fonctions à la tête du conseil néo-zélandais pour une économie durable. Elle dit son "optimiste" en voyant ce que l'archipel a déjà accompli et ce qu'il peut encore accomplir grâce à une population vraiment sensibilisée aux questions environnementales. Abbie Reynolds conclut son texte en citant l'auteur japonais Haruki Murakami : " L'horloge tourne, les heures passent, le passé s'accroît et le futur s'amenuise : les possibilités se réduisent et les regrets augmentent". 

Il est donc "temps de passer aux actes", comme un message adressé au gouvernement néo-zélandais au-delà des bonnes intentions affichées.

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