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Jeremy Corbyn à la Chambre des Communes

Brexit : Johnson "perd le contrôle", Corbyn hésitant sur des élections anticipées ?

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La presse britannique anti-Brexit accuse Jeremy Corbyn de lâcheté alors que le leader travailliste pose ses conditions à l'organisation d'élections anticipées par Boris Johnson. En Afrique du Sud, des commerçants étrangers sont la cible d'attaques xénophobes qui suscitent la colère jusqu'au Nigéria.

Jeremy Corbyn à la Chambre des Communes
Jeremy Corbyn à la Chambre des Communes Crédits : ROGER HARRIS / UK PARLIAMENT - AFP

Ce matin la presse britannique est unanime sur une chose : Boris Johnson a "perdu le contrôle" du Parlement hier sur le Brexit... Il y en a donc un qui doit se frotter les mains, c'est le leader du Parti Travailliste Jeremy Corbyn.  

Ça fait deux ans qu'il fait tout pour déclencher des élections anticipées, le chef de file du Labour, et il n'a jamais été aussi près du but. Mieux, c'est même son ennemi juré, Boris Johnson en personne, qui se retrouve obligé de déclencher lui-même ce scrutin après qu'il a été mis en minorité hier par 21 députés rebelles du Parti conservateur.  

On imagine donc Jeremy Corbyn buvant du petit lait depuis hier soir... mais dans la presse anti-Brexit, on lit toutefois ceci : le travailliste en chef se "dégonflerait", au dernier moment il refuserait de voter la dissolution du Parlement. "Corbyn prend peur", accuse The Daily Mail ; "Corbyn la lâche fait machine arrière", selon The Daily Express. Lundi, il disait soutenir l'organisation d'élections anticipées "sans aucune condition"... et mardi le voilà qui en pose justement une, de condition, et pas des moindres : il refuse de voter la dissolution du Parlement voulue par Boris Johnson, si n'est pas votée avant la loi qui rendra impossible une sortie de l'Union européenne sans accord. En clair : d'abord écarter l'hypothèse catastrophique d'un "_No-Deal Brexit" (_et si possible obtenir un report de l'échéance auprès de Bruxelles), et ensuite livrer la bataille électorale. 

En fait, nous explique Nicholas Cecil dans The Evening Standard, de nombreuses voix au sein du Parti travaillistes, à commencer par l'ancien premier ministre Tony Blair, ont averti Jeremy Corbyn : attention à ne pas se laisser griser par la promesse d'une élection qui pourrait lui ouvrir les portes du 10 Downing Street, ce scrutin anticipé pourrait bien être un piège tendu par Boris Johnson. Ce dernier voulant organiser le vote le 14 ou le 15 octobre, soit deux semaines avant la date prévue de sortie de l'UE, le nouvel exécutif se retrouverait pris de court et possiblement contraint, faute de temps pour négocier à Bruxelles et  faute de consensus au Parlement, à accepter sans le vouloir un Brexit sans accord.  D'où la condition posée hier par "Corbyn le lâche" selon la presse eurosceptique, à moins que ce ne soit plutôt "Corbyn l'enfin raisonnable".

En Afrique du Sud, depuis dimanche on assiste à une poussée de violence xénophobe dans les rues de Johannesburg.  

Le quotidien The Citizen allait même jusqu'à titrer hier sur "l'anarchie" qui se serait emparée de la ville... avec photos, à l'appui, de foules en train de piller des magasins. Et de préciser très vite que ce sont des boutiques tenues par des commerçants étrangers qui sont la cible de cette vague de haine soudaine : les échoppes de propriétaires sud-africains sont miraculeusement épargnées...  

Si seulement il ne s'agissait de pillages... mais non : The Mail and Guardian nous confirme qu'il y a eu au moins cinq morts depuis dimanche ; et si la police est intervenue, lundi, arrêtant environ 200 personnes, son peu de réaction pose question au Daily Maverick qui cite une association de migrants selon laquelle les policiers de Johannesbourg avaient été avertis, dès dimanche, que des violences xénophobes allaient être commises, mais elle a pour le moins tardé à intervenir.  

C'est vieux comme le monde :  ceux qui se rendent coupables de ces violences, selon le Maverick "le font parce qu'ils sont désespérés, qu'ils vivent dans la misère, qu'ils ont faim, et qu'il est toujours plus facile de blâmer l'étranger, celui qui vient voler votre pain et votre travail".  Et s'ils passent à l'acte, collectivement sous forme de foules haineuses, c'est, affirme The Star (évoquant de précédentes attaques contre des chauffeurs de taxis étrangers), en pensant rendre la justice eux-mêmes, parce qu'ils considèrent que "l'Etat ne fait pas ce qu'il faut pour améliorer leur situation à eux, pendant que des travailleurs étrangers qui eux n'attendent rien de personne et qui ne ménagent pas leurs efforts arrivent à monter leurs petits commerces en bas de chez eux".  

Sur le fait que l'Etat n'apporte pas de réponse à la détresse sociale et au chomage endémique en Afrique du Sud, The Star comme The Citizen  semblent donner raison aux émeutiers, sans bien sûr cautionner leur flambée de violence, mais en sommant le président Cyril Ramaphosa de ne pas s'en tenir à des discours de condamnation, mais à engager de vraies politiques sociales et économiques en faveur des plus pauvres.   

Cette affaire rencontre aussi un fort écho dans d'autres pays africains, à commencer par le Nigeria d'où sont originaires beaucoup de migrants attaqués à Johannesbourg. Dans les colonnes de The Punch, à Lagos, on apprend que la chaine de supermarchés sud-africaine Shop-Rite a vu plusieurs de ses magasins attaqués, incendiés, en représailles. Le président nigérian Muhammadu Buhari demande des comptes à son homologue Cyril Ramaphosa accusé de ne pas suffisamment assurer la sécurité de ses compatriotes installés en Afrique du Sud ; l'affaire "empoisonne les relations entre les deux pays" d'après ce qu'en dit The Nation, toujours à Lagos.  

Pour ne rien apaiser, on lira enfin cette analyse signée par l'universitaire Segun David, dans The Punch selon qui les violences contre des migrants africains sont courantes depuis la fin des années 90 en Afrique du Sud : elles auraient fait selon lui plus d'une centaine de morts au fil des années. "La xénophobie, nous dit-il, a pris là-bas la place de l'apartheid [...] avec les mêmes ressorts collectifs, et surtout le même silence la majorité des citoyens, qui condamnent ces actes mais ne font rien pour qu'ils cessent". Et de citer, en conclusion, la fameuse phrase d'Edmund Burke : "La seule chose qui permet au mal de triompher, c'est l'inaction des hommes de bien".

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