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Des partisans de l'opposition malawite fêtent leur victoire à Lilongwe

La Cour Constitutionnelle du Malawi annule la réélection du "président Tipp-Ex"

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Après neuf mois de contestations, les juges suprêmes du Malawi ont déclaré invalide l'élection présidentielle qui avait vu la victoire du président sortant Mutharika : un exemple à suivre pour d'autres démocraties africaines ? Aux Etats-Unis, les caucus de l'Iowa condamnés par le fiasco démocrate ?

Des partisans de l'opposition malawite fêtent leur victoire à Lilongwe
Des partisans de l'opposition malawite fêtent leur victoire à Lilongwe Crédits : AMOS GUMULIRA - AFP

Le Malawi est-il le phare d'un renouveau démocratique en Afrique ? 

Disons-le d'emblée avec le Financial Times, ce n'est pas tous les jours que ce petit pays d'Afrique australe, surtout connu pour sa production de thé et de tabac à bon marché, secoue le continent entier et passionne la presse internantionale. Et pourtant l'heure de gloire du Malawi  semble bien avoir sonné depuis deux jours...  

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Tout est parti, nous explique The Mail and Guardian depuis l'Afrique du Sud, d'une décision proprement fracassante, "historique", rendue lundi par les juges de la Cour constitutionnelle malawite : neuf mois après l'élection présidentielle qui avait vu la réélection du président Peter Mutharika, ils ont tout bonnement invalidé le scrutin, et convoqué de nouvelles élections sous 150 jours. 

En cause, des irrégularités qui avaient été soulevées par l'opposition, la Cour a en particulier confirmé que des procès-verbaux de dépouillement avaient été grossièrement modifiés avec du correcteur blanc comme celui qu'utilisent les collégiens. Ca vaut d'ailleurs à Peter Mutharika depuis le surnom de "président Tipp-ex" que l'on retrouve en Une du quotidien Nyasa Times, l'un des grands titres de la presse du Malawi selon qui les juges de la Cour Constitutionnelle ont eu la probité de refuser les "20 millions de dollars de pots-de-vins" promis par le camp Mutharika pour fermer les yeux sur les irrégularités du vote.  

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Depuis lundi, la nouvelle s'est propagée dans tous les médias du continent : il suffit de lire ce matin le Journal du Cameroun par exemple pour revivre l'immense joie des partisans de l'opposition malawite qui depuis 9 mois criait à la fraude généralisé et accusait le pouvoir en place de lui avoir volé la victoire. Ce mardi plus de 10 000 personnes ont formé une vague orange (couleur de l'opposition) qui a déferlé sur la capitale, Lilongwe, pour saluer l'indépendance et le courage des juges de la Cour Constitutionnelle. 

Car, comme le précise David Pilling dans le Financial Times, c'est "seulement la deuxième fois dans l'histoire des démocraties africaines que des juges suprêmes annulent la réélection d'un président sortant. Le seul précédent c'était au Kenya en 2017". On sait que ces dernières années, dans de nombreux pays du continent, toute une génération de  présidents élus il y a deux ou trois mandats sont tentés de s'arranger avec leur Consitution ou avec les règles électorales de leur pays pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir ; il n'y a quasiment pas une élection présidentielle qui n'ait été contestée en ce sens par les rivaux de ces chefs d'Etats tentés par la postérité (et l'immunité à vie). 

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D'ailleurs, depuis le Burkina Faso, l'Observateur Paalga ne dit pas autre chose, sous la plume de Hugues-Richard Sama : "Sur ce continent où les dénis de justice, les hold-up électoraux et les tripatouillages constitutionnels sont légion, ce n’est pas tous les jours qu’on voit les Sages ramer à contre-courant des intérêts des puissants du moment".   

Ce qui se passe depuis lundi serait donc un exemple pour le reste de l'Afrique ?  C'est en tous cas un tonitruant "coup de pouce à la consolidation de la démocratie africaine", tel que l'analysent Frank Jomo et Michael Cohen pour Bloomberg. On pourra débattre sur l'existence d'un seul et même modèle démocratique sur un continent aussi vaste et contrasté que l'Afrique, mais avec Andrew Harding de la BBC on reconnaîtra tout de même la clairvoyance des juges de la Cour Constitutionnelle malawite : ils n'ont pas seulement invalidé l'élection d'il y a 9 mois, mais ont aussi déclaré inconstitutionnel le mode actuel de désignation du président, un système uninominal à un tour qui favorise très fortement le président sortant.  

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Le prochain chef de l'Etat du Malawi devra être élu avec 50% des voix, donc possiblement dans un scrutin à deux tours, ça va changer beaucoup de chose dans le jeu politique national... et ça peut servir d'exemple, confirme Andrew Harding, pour d'autre démocraties africaines confrontées au même défidu renouvellement politique, réclamé par les peuples mais confisqué par les élites en place.

En parlant de démocraties chaotiques... nous partons aux Etats-Unis ! 

les mot de "fiasco", de "chaos" s'étalent sur tous les grands titres de la presse américaine pour décrire le lancement du processus de désignation du candidat (ou de la candidate) démocrate à la prochaine présidentielle : les causus de l'Etat d'Iowa inauguraient hier cette grande caravane hypermédiatisée des primaires démocrates, et le spectacle qu'ils ont offert est celui d'un désastre, d'un naufrage... vous avez l'embarras du choix dans le champ lexical de l'échec retentissant. 

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Des résultats repoussés pendant près de 18 heures, pour causes "d'incohérences" sans que l'on sache vraiment lesquelles, puis des résultats dévoilés mais partiels et non consolidés : hier encore loués comme des illustrations d'une démocratie réelle, locale, physique, ou les militants se réunissent dans des salles de sport ou des écoles, doivent se parler, se convaincre, faire corps ensemble pour soutenir un candidat plutôt qu'un autre... ces caucus de l'Iowa sont aujourd'hui assez unaniment condamné par les éditorialistes.  

Walter Shapiro dans The New Republic prononce même le décès, dans la douleur, de ce mode de désignation : "Rest In Peace", les caucus de l'Iowa. Il est temps selon lui d'en finir avec cette survivance d'un passé folklorique, inadapté au jeu politique moderne, en finir aussi avec cette tradition qui donnait un poids politique complètement démesuré à ce petit Etat rural de l'Iowa et à ses assemblées populaires. Hier, conclut Shapiro, "c'était sans doute la dernière fois que je me rendais dans l'Iowa" ; c'est triste mais cet Etat a sans doute vécu ses derniers caucus, soit la seule chose qui le faisait encore exister tous les 4 ans dans la presse nationale. 

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Même son de cloche dans la presse conservatrice, avec l'édito du Washington Examiner qui nous dit que "cette fois on peut espérer que c'est la dernière fois que l'Iowa trompe le pays tout entier". Et de nous rappeler que déjà en 2012 et 2016 les résultats des caucus, aussi bien républicains que démocrates, avaient été sujets à caution. Cette fois le raté est trop colossal pour ne pas signer l'arrêt de mort d'un système apparemment condamné. 

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Dans le New York Times, on nous explique que c'est l'application qui devait permettre de faire remonter les résultats depuis chaque bureau de vote qui ne fonctionnait pas bien, trop récente, pas assez testée à l'avance. La faute est donc rejetée sur la technologie moderne qui forcément se combine mal avec une mode de démocratie aussi archaïque que celui des caucus. Mais finalement c'est peut-être en retrouvant une forme de cohérence dans l'archaïsme que l'on sauvera la démocratie réelle et locale des caucus, semble nous dire en conclusion Robinson Meyer pour The Atlantic : finalement c'est l'application, et donc la modernité qui a pêché hier ; et le jounaliste de plaider pour le retour du bon vieux téléphone filaire pour faire remonter les résultats des bureaux de vote au QG.  

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"Le téléphone, c'est fiable, c'est efficace, c'est indispensable à la vie démocratique, dans l'Iowa comme ailleurs". Se parler, plutôt que de chatter, tweeter ou se textoter : finalement c'est un peu ce que proposent les caucus et leurs assemblées villageoises dans des gymnases face à la généralisation annoncée du votre électronique.

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