LE DIRECT
Donald Trump reçu à Buckingham Palace par Elisabeth II

"Bas les pattes de notre santé publique", disent les journaux britanniques à Donald Trump

6 min
À retrouver dans l'émission

Quoi que l'on pense de la prestation de Donald Trump face à la famille royale, dans la presse UK on s'inquiète : les Américains veulent-ils faire main basse sur le NHS, la santé publique britannique ? Mobilisation massive à Prague pour exiger la démission du PM Andrej Babis accusé de corruption.

Donald Trump reçu à Buckingham Palace par Elisabeth II
Donald Trump reçu à Buckingham Palace par Elisabeth II Crédits : Dominic Lipinski - AFP

Avec les commémorations du 75e anniversaire du débarquement allié en Normandie, s'achève la première phase de la visite d'Etat de Donald Trump au Royaume-Uni.

Une première phase londonienne et royale, qui a donc vu le président américain se frotter au protocole très tatillon de Buckingham Palace. Forcément, les médias américains comme britanniques se délectaient par avance de voir comment l'intenable Donald Trump allait se prendre les pieds dans l'épais tapis des convenances royales...  mais finalement, à l'heure des premiers bilans The New Yorker, sous la plume d'Anthony Lane, constate que Trump s'est plutôt avantageusement fondu dans la pompe et l'apparat londoniens.  

Certes on retiendra qu'il n'a pas eu droit à la traversée de la capitale dans le carrosse doré, ni à la nuitée à Buckingham Palace. Mais tout de même, écrit Anthony Lane, les Britanniques ont appris une chose aux Américains : à en juger par son inhabituelle retenue depuis lundi, le fait qu'il ait paru presque "modeste et ouvert" (sic) face à la Reine et aux siens,il semblerait  donc qu'il soit "possible d'amadouer l'indomptable président., de "le désarmer poliment au moyen de sourires convenus, de conversations anodines, et d'un fastueux banquet". On transmettra la recette aux démocrates américains... 

Beaucoup moins encourageante, carrément acerbe même, Kathleen Parker pour The Whasington Post étrille la prestation londonienne de Trump sous ce titre sans appel : "Décidemment l'argent ne peut pas acheter la classe, et le président vient de le prouver face à la famille royale". Les Elisabeth II, Charles et consorts ont eu beau tout faire pour rester "stoïques au point de ressembler aux célèbres  statues de cire de Madam Tussauds", rien n'y a fait, Trump n'a pas réussi à contenir bien longtemps son "naturel de pequennaud new-yorkais", tout fortuné soit-il.  

Heureusement qu'il y a la presse britannique pour nous parler des enjeux politiques de cette visite. 

... Et à voir les Unes des journaux ce matin, ça tient en trois lettres : NHS, comme National Health Service, la santé publique britannique, au coeur de toutes les préoccupations. Le risque est réel, nous dit The I, que les Américains veuillent faire main basse sur ce fleuron du welfare à l'anglaise, qui pourrait donc être ouvert aux capitaux américains dans le cadre de ce futur accord commercial post-Brexit entre Royaume-Uni et Etats-Unis. 

Trump, avant de partir pour Londres, avait évoqué cette possibilité comme une belle opportunité pour les fonds de pensions américains, et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'a pas réussi à rassurer ses hôtes sur le sujet.  Lors d'une conférence de presse mardi avec Theresa May, voilà ce qu'il a d'abord déclaré ( à 2m55 dans cette vidéo de SkyNews):  

"Je pense que quand on négocie un accord commercial, tout doit être mis sur la table des négociations", affirme, Trump "le NHS doit être mis sur la table comme tout le reste, bien plus que ça même".  

Vous imaginez la levée de bouclier que cette perspective a suscité, avec par exemple le tabloïd The Daily Mirror qui titre ce matin "Bas les pattes Trump [traduction euphémisée par soucis de décence, NDLR], n'imagine même pas que tu vas faire de l'argent avec notre système de santé bien-aimé".  

Les autres Unes sont du même tonneau, et l'on verra si l'interview télé du président américain, diffusée ce matin sur ITV, calme un peu les esprits. Car il semble déjà y avoir change de discours.  

Et voici donc cette fois un Donald Trump qui affirme qu'il n'imagine pas, le NHS compris dans le cadre des négociations de libre-échange... il explique que tout ce qui relève du commerce doit être sur la table mais que la santé publique, ça ne relève pas du commerce".  Et voilà comment on se contredit en l'espace de quelques heures... 

Heureusement, on peut toujours compter sur le tact et l'indulgence du Guardian, le quotidien note poliment ce matin que le président américain semble "hésiter", qu'il a "revu sa position après avoir vu quelle levée de boucliers il avait suscité".

La revue de presse internationale nous emmène aussi ce matin en République Tchèque.  

... Et plus précisément sur la place Venceslas de Prague, qui "_n'avait pas vu autant de manifestants depuis des années, presque même depuis la Révolution de Velours en 198_9", nous dit le Prazsky Denik. 120 000 Tchèques manifestaient donc mardi soir au coeur de la capitale, à l'appel du mmouvement anti-corruption Milion, pour exiger la démission du Premier ministre Andrej Babis et de sa ministre de la Justice Marie Beneshova. 

Les Ceske Noviny ont beau nous rappeler que des manifestations de ce genre, il s'en tient une par semaine depuis un mois et demi, à Prague ou ailleurs dans le pays...  tout de même, l'ampleur exceptionnelle du rassemblement d'hier attire l'attention, à l'étranger, en particulier du Financial Times. C'est lui qui nous explique, que Babis, deuxième fortune tchèque devenue Premier ministre, est accusé d'avoir détourné via ses entreprises, des millions d'euros d'aides agricoles européennes auxquelles il n'aurait pas du avoir droit. 

C'est l'affaire dite du "Nid de cigognes", du nom de cette ferme ultra-moderne établie au sud de Prague, grassement subventionnée par la PAC, et dont Babis s'était bien gardé de dire qu'il était le propriétaire. Depuis qu'il est devenu chef du gouvernement, l'homme d'affaires  a bien fait mine de se séparer de sa holding agricole, mais récemment un audit commandité par Bruxelles a estimé que cette séparation n'était pas suffisante pour éviter les conflits d'intérêts. The Financial Times nous rappelle aussi que la justice tchèque a recommandé en avril qu'Andrej Babis soit jugé pour corruption... mais la procédure semble bloquée par la ministre Beneshova.

 En fait ce qui pousse les foules dans la rue, croit comprendre Martin Fendrych sur le site Aktualne Ceske, c'est l'exaspération face à un chef politique et chef d'entreprise qui sait qu'il est un conflit d'intérêt à lui tout seul, qui s'en vante même depuis des années, et qui ne voit pas où est le mal du moment qu'il "n'en abuse pas" comme il l'expliquait en mars 2016.  Martin Fendrych pose la question de l'exemple que cela donne à la population de ce pays membre de l'UE, quand son leader lui dit en substance "Allez-y, faites comme moi, piétinez les règles" ? 

Andrey Babish, lui  se dit victime d'une cabale politique, d'une "attaque de Bruxelles contre son pays à travers lui", et  il  s'accroche à son poste avec la bénédiction du président Miloch Zeman (les deux hommes se sont longtemps fréquentés sous la bannière communiste).  

Dernier rappel, enfin, du Financial Times : il y a 10 jours le parti du Premier ministre, étiqueté populiste de centre droit et nommé "Action des citoyens mécontents", est arrivé en tête des élections européennes.  Alors décidémment non, à l'inverse des 120 000 manifestants d'hier et des sans doute plusencore des prochains jours, Andrej Babis ne voit vraiment pas où est le mal.

Chroniques

7H40
44 min

L'Invité(e) des Matins

Coupe du monde féminine de football : le sport est-il sexiste ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......