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Missiles iraniens dans le ciel irakien ce 07 janvier 2020

L'Iran frappe les troupes américaines en Irak, quel risque d'escalade ?

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Les Gardiens de la Révolution iraniens ont tiré des missiles sur deux bases irakiennes où sont positionnés des soldats américains, en représailles à l'assassinat du général Soleimani. Dans l'attente d'un bilan humain fiable, tous les scénarios sont envisageables entre Téhéran et Washington.

Missiles iraniens dans le ciel irakien ce 07 janvier 2020
Missiles iraniens dans le ciel irakien ce 07 janvier 2020 Crédits : HO / IRIB - AFP

Le monde ce matin a les yeux braqués sur l'Iran, qui a tiré cette nuit une quinzaine de missiles contre deux bases militaires où se trouvent des soldats américains en Irak. 

Quel que soit le titre de la presse internationale en ligne que vous ouvrirez ce matin, vous y lirez que l'Iran (plus précisément le corps des Gardiens de la Révolution) a mené ses représailles, cinq jours après l'assassinat du Général Major iranien Qassem Soleimani par un drone américain. 

Ces représailles, on savait qu'elles allaient arriver, mais on ne savait pas où elles allaient tomber reconnaît le New York Times, qui nous en dit plus sur ces cibles choisies par Téhéran, ces deux bases militaires irakiennes où stationnent certains des 6000 soldats américains en Irak. La plus symbolique c'est celle d'Eïn-Al-Assad, celle-là même qu'avait choisi Donald Trump, à la Noël 2018, pour sa première visite à ses troupes en zone de conflit. La deuxième, du côté d'Erbil dans le nord de l'Irak, est moins importante, mais est connue notamment pour avoir été le point de départ des 8 hélicoptères américains de l'opération commando qui a permis de tuer le leader de Daech Abou Bakr Al-Baghdadi, en octobre dernier en Syrie. 

L'inconnue, et de taille, ce matin, c'est l'ampleur des dégâts, des éventuelles pertes humaines causées par les missiles iraniens. Le Washington Post cite un tweet de Donald Trump selon lequel le Pentagone est en train de dresser ce bilan, humain en particulier, mais que "pour le moment tout va bien" ; dans la suite de son tweet le président annonce qu'il va s'adresser à la Nation pour rassurer ses concitoyens, ce qui vous en conviendrez n'est pas franchement rassurant. 

Alors forcément la question sur toutes les lèvres, c'est celle de la possible escalade des représailles qui pourrait s'enclencher entre Etats-Unis et Iran. Sur ce point, ça peut sembler surprenant mais, pour reprendre l'expression de Donald Trump, "so far, so good", les analystes semblent plutôt rassurants. Les Iraniens, par la voix de leur organe d'information internationale PressTV, font savoir que les frappes en Irak constituent une réponse "proportionnée, et achevée" à l'assassinat par les Américains de leur "martyr" Qassem Soleimani. 

Il s'agissait pour les Iraniens, lit-on dans le quotidien russe Kommersant, de faire valloir leur légitime-défense, en se réferant au droit international et à l'article 51 de la Charte des Nations Unies : Trump avait menacé de frapper 52 sites iraniens dont des sites culturels protégés, cela aurait constitué "des crimes de guerre" selon Téhéran, donc l'Iran s'est autorisée à frapper les positions américaines en Irak. 

On a envie de répondre que les Etats-Unis auraient beau jeu d'invoquer les mêmes principes, légitime défense et frappes préventives, pour justifier leur éventuelle riposte... Mais on en revient à l'optimisme relatif des commentateurs internationaux, "l'hypothèse de l'escalade du conflit n'est pas la plus probable" selon Aaron David Miller à lire dans The Los Angeles Times. Cet ancien conseiller diplomatique, spécialisé dans le Moyen-Orient, en a vu d'autres, des crises de ce genre avec l'Iran, et il reconnaît être "habitué à envisager le pire". 

Mais là, il nous explique que, s'il se confirme qu'aucun Américain n'a été tué dans les frappes de cette nuit, Trump devrait arriver à se retenir de frapper en retour.Car le président américain "n'est pas plus suicidaire que l'ayatollah Khamenei, tous deux veulent rester au pouvoir". La guerre, c'est de l'incertitude, politique, économique et financière : Trump et son monde n'ont rien à y gagner. 

Alors n'allez pas faire dire à Aaron David Miller qu'il croit en la réconciliation par la diplomatie, tout de même pas. Mais le plus probable selon lui c'est le retour à un "équilibre trouble", entre Washington et Téhéran, fait de ce qu'il appelle une "compétition de l'intimidation et de la dissuasion... de l'affaiblissement mutuel", certes, mais à petit feu. 

"Trump est beaucoup de chose mais pas un faiseur de guerre à tous prix", confirme Kaylee McGhee dans le journal conservateur The Washington Examiner. Même pronostic : si le bilan humain côté américain s'avère réduit ce matin, alors les Etats-Unis ne devraient pas se ruer dans l'engrenage de l'escalade militaire. Reste à savoir ce que seraient des pertes "acceptables" pour la Maison Blanche : en Iran le quotidien Mashregh évoque au moins 5 morts américains ; la télévision publique iranienne en annonce 80. Informations très contradictoires, mais déterminantes dans la guerre des nerfs et de la communication qui se joue 8 heures après les frappes iraniennes.

Et justement passons à notre minute "fact-checking" pour démonter une (fausse) information venue de Finlande et qui a beaucoup circulé ces derniers jours.  

Vous avez peut-être vu passer des articles, dans les médias français et européens, sur la nouvelle Première ministre de gauche finlandaise, Sanna Marin. A en croire ces articles, la chef de gouvernement de 34 ans venait de décrêter la mise en place d'une mesure révolutionnaire : la semaine de travail de 4 jours pour tous, et qui plus est des journées de 6 heures, le tout bien entendu pour un salaire égal.  

Pour n'en garder qu'un, citons le quotidien britannique The Independent, qui est tombé dans le panneau de cette fake-news et qui s'en repent aujourd'hui : non, cette mesure n'est pas d'actualité en Finlande, en fait elle ne figure même pas sur le programme du parti social-démocrate de Sanna Marin ; il s'agissait en fait juste d'une idée, qu'elle avait évoqué l'été dernier lors d'une table ronde de son parti, propos relevé sà l'époque par le Helsinki Times. "La semaine de quatre jours, la journée de 6 heures au lieu de 8, pourquoi ce ne serait pas la prochaine étape du progrès dans nos vies professionnelles ?", s'était interrogée celle qui était à ce moment-là simple ministre. Sanna Marin avait ajouté que "ça semblait être une utopie aujourd'hui mais que ça pourrait devenir une réalité dans le futur". 

De là à en conclure qu'une fois arrivée à la tête du gouvernement elle allait immédiatemment la mettre en place, il y a donc une sacrée distorsion de réalité, une fausse information, donc confirmée par Le Soir en Belgique où la nouvelle avait aussi beaucoup fait réagir. 

C'est d'ailleurs peut-être ça qu'il faut retenir de toute cette affaire:  vu l'écho que cette fausse mesure finlandaise a eu dans l'opinion européennne, il y a sans doute un désir partagé de repenser notre temps de travail. Avis à nos décideurs (et décideuses) politiques : qui sait, c'est peut-être pour lancer ce débat-là, que l'obscur site d'info New Europe avait lancé le premier la fausse information il y a une semaine ?

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