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Pierre Nkurunziza lors de sa prestation de serment en 2005

Burundi : l'ombre de la Covid-19 derrière le décès du Pierre Nkurunziza

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Officiellement le président burundais est décédé d'un arrêt cardiaque mais la presse africaine estime que c'est la Covid-19 qui l'a emporté, lui qui n'avait de cesse de minimiser sa gravité. Le NYT reconnaît que les accusations de fraudes électorales contre le bolivien Evo Morales étaient fausses.

Pierre Nkurunziza lors de sa prestation de serment en 2005
Pierre Nkurunziza lors de sa prestation de serment en 2005 Crédits : JOSE CENDON - AFP

Vous revenez ce matin sur la mort, officialisée hier, du président burundais Pierre Nkurunziza.

Survenu lundi à l'âge de 55 ans, c'est "un décès inopiné qui pose beaucoup de questions", selon le titre choisi pour son article par la spécialiste Afrique du Soir belge Colette Braeckman.

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Beaucoup de questions, d'abord, sur les circonstances de ce décès officiellement du à une "crise cardiaque" mais justement l'insistance de la presse internationale à bien dire que c'est la cause "officielle" du décès, nous met la puce à l'oreille : quand du Washington Post à Al Jazeera, en passant par la BBC, on nous dit en grand titre que Pierre Nkurunziza est mort "d'un arrêt cardiaque" entre guillemets, ou "selon les autorités burundaises", c'est une manière de nous dire sans le dire qu'en fait il y a de fortes chances pour qu'il soit mort d'autre chose... et plus précisémentde la Covid-19.

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C'est le journal en ligne nigérien The Cable qui met les pieds dans le plat, en citant deux sources, la radio burundaise RPA et le quotidien rwandais Taarifa selon qui, donc, cela ne fait guère de doute : Pierre Nkurunziza, le président autoritaire et tout-puissant du Burundi depuis quinze ans a succombé à cette épidémie qu'il avait tant pris soin de minimiser et de mépriser ces derniers mois auprès de sa population. On se rappelle notamment que le Burundi et son président avaient expulsé les équipes de l'OMS, les accusant d'ingérence au moment de la récente élection présidentielle.  

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C'était le 20 mai, alors qu'on savait pertinemment que le coronavirus faisait déjà des dégâts dans cette région africaine des grands lacs : Pierre Nkurunziza avaient tenu à maintenir de scrutin qui avait sans surprise donné la victoire au dauphin qu'il s'était lui-même choisi, le général-major Evariste Ndayishimiye.

Pour le quotidien sud-africain The Mail and Guardian,  c'est cette légereté coupable avec laquelle Pierre Nkurunziza a traité la pandémie qui l'a finalement emporté. "Il a mis la politique avant la santé de son pays, et il maintenant il est mort", conclut sans appel l'auteur de cette nécrologie Simon Allison. On savait la femme du président contaminée et soignée avec trois de leurs gardes du corps depuis une dizaine de jours au Kénya ; à présent c'est donc le président lui-même qui succombe d'un mystérieux arrêt cardiaque deux jours après s'être mêlé, comme si de rien n'était, à la foule d'un match de volley.  

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"Tout le monde meurt d'un arrêt cardiaque", écrit Marie-France Cros dans La Libre Afrique, reconnaissant à son tour que "cette formulation officielle à l'avantage de ne pas mettre le défunt en face de ses contradictions" des derniers mois au sujet de la Covid-19. Par contre, quid des obsèques nationales que le Burundi ne devrait pas manquer d'organiser pour son défunt "guide suprême" ? Il y a un risque bien réel qu'elles n'accélèrent encore la propagation de l'épidémie...

Mais l'autre grande question que pose le décès de Pierre Nkurunziza, c'est celle de sa succession au sommet du pouvoir burundais. Tout juste élu, le dauphin Evariste Ndayishimiye aurait pu prétendre à une prestation de serment plus rapide que prévue ; mais finalement c'est le président de l'Assemblée nationale qui va assurer l'intérim en attendant la cérémonie prévue le 20 août. La Constitution du Burundi sera respectée... faut-il y voir avec la Libre Afrique "le reflet d'une lutte entre pouvoir civil et influence des militaires", ces généraux habitués à codiriger le pays derrière le président ? 

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Ce qui est sûr c'est que l'élection du général-major Ndayishimiye a été vivement critiquée par l'opposition qui n'a pas reconnue le résultat du scrutin. Est-ce que la mort du "guide" Nkurunziza  va redonner de la vigueur à ceux qui contestaient son pouvoir et ont subi ces 5 dernières années une répression féroce ? Il y a là, veut croire Simon Allison dans le Mail and Guardian, "une chance pour le Burundi de prendre enfin au sérieux l'épidémie de Covid-19 et de renverser le système politique pourri et violent auquel présidait Pierre Nkurunziza".

Pas si sûr : mardi soir, rapporte la Libre Afrique, la police a procédé dans les bars de Bujumbura à des arrestations de Burundais qui avaient commis le crime de laisser un peu trop éclater leur joie à l'annonce de la mort du président.

Nous reparlons à présent de la Bolivie, où le climat politique se tend un peu plus avant la présidentielle prévue le 6 septembre.

On l'avait évoqué ici-même la semaine dernière, cette date du 6 septembre retenue finalement pour un scrutin qui devait avoir lieu en mai maisavait été reporté pour cause de coronavirus par la présidente par intérim Jeanine Anez.

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Et si le climat se tend plus encore en Bolivie, c'est à la suite d'un article en forme de mea culpa publié dimanche par The New York Times. Le grand quotidien américain y fait part en toute franchise de ses doutes, désormais très forts, sur la version des faits qu'il avait lui-même véhiculé, avec le reste de la presse internationale et nous compris, au moment de la précédente élection présidentielle bolivienne, en octobre dernier. 

Le président sortant de gauche Evo Morales avait été accusé d'avoir manipulé les résultats du vote pour se maintenir au pouvoir dans un quatrième mandat. Une enquête de l'Organisation des Etats Américains (l'OEA) avait apporté les soi-disants preuves de ces fraudes électorales ; elle avait renforcé, en Bolivie comme à l'étranger, ceux qui contestaient violemment les résultats, et elle avait au final poussé Evo Morales à quitter le pouvoir et le pays.  

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Sauf que, reconnaît à présent le New York Times, à bien y regarder l'énquête de l'OEA semble ele-même "faussée" dans sa démonstration statistique des manipulations de vote. Une contre-expertise menée par des universitaires à partir des données récoltées à même les bureaux de vote démonte toutes les soi-disant preuves qui ont conduit à discréditer Evo Morales et les siens. Ces chercheurs ne disent pas pour autant que l'élection du 20 octobre a été un modèle de démocratie, il  a eu des "problèmes"... mais apparemment pas à l'échelle de ceux dénoncés immédiatemment après le vote par l'OEA, et qui ont construit le discours de rejet du président socialiste bolivien.

Et cela, forcément, rebat les cartes, en vue de l'élection cette fois du 6 septembre ; Evo Morales, depuis son exil argentin, peut à nouveau crier, dans l'interview qu'il accorde à Pagina 12, au "coup d'Etat" mené contre lui par Washington et ses alliés  les présidents de droite dure qui ont pris le pouvoir en Amérique du Sud (à commencer par le Brésil). En face, le gouvernement de Jeanine Anez accuse Morales de "terrorisme et de déstabilisation politique", rapporte le média argentin également Telam

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Rarement le cimat politique pré-électoral en Bolivie n'avait été aussi toxique et polarisé, résume Fernando Molina dans El Pais America. Et il reste encore trois mois avant le vote du 6 septembre.  

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