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Un soldat américain en Afghanistan en 2017

Les Afghanistan Papers ou la guerre américaine contre la Vérité

6 min
À retrouver dans l'émission

The Washington Post met l'Amérique face aux mensonges de ses dirigeants sur le fiasco de la guerre en Afghanistan : ces Afghanistan Papers auront-ils le même impact que les Pentagon Papers sur le Vietnam en 1971 ? La Birmane Aung San Suu Kyi et le génocide Rohingya face à la justice internationale.

Un soldat américain en Afghanistan en 2017
Un soldat américain en Afghanistan en 2017 Crédits : WAKIL KOHSAR - AFP

Une attaque-suicide a visé tôt ce matin une base militaire américaine à Bagram en Afghanistan : un rappel du bourbier dans lequel les Etats-Unis sont engagés dans ce pays depuis 18 ans.  

Cette guerre d'Afghanistan, c'est tout simplement "le plus long conflit armé dans l'histoire de l'armée américaine", lancé juste après les attentats du 11 septembre 2001 et sur lequel le Washington Post a jeté une lumière particulièrement crue en ce début de semaine. 

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Les Afghanistan Papers, tel que les décrit ici CNN, ce sont 2000 pages de documents officiels que le Washington Post a réussi, après des années de bataille judiciaire, à faire déclassifier. On y trouve principalement les dépositions de centaines d'officiers militaires qui tous, à leur niveau, reconnaissent l'ampleur du fiasco américain en Afghanistan et comment ils ont menti, pendant près de 20 ans, pour masquer ce fiasco.  

Cette guerre, elle a fait des dizaines de milliers de morts côté afghan ; elle a coûté la vie à 2300 soldats US depuis 2001, mais elle est surtout, selon le titre choisi par le quotidien une "guerre menée contre l'idée-même de vérité".  On apprend dans les Afghanistan Papers que depuis les premières années du conflit, l'état-major américain avait des doutes, en interne, sur le bien-fondé de l'intervention, sur ses chances de succès ; très vite est arrivée la conviction que l'Amérique ne pouvait gagner cette guerre mais elle a été consciencieusement cachée à la population et aux médias abreuvés pendant des années de statistiques manipulées pour faire apparaître des "succès" militaires là où il n'y avait que des échecs.  

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Ce fiasco afghan que révèle le Washington Post, il est profond et multi-dimensionnel, tout comme cette enquête dont le nom, Afghanistan Papers, est une référence assumée aux Pentagon Papers du New-York Times en 1971 qui avaient révélé aux yeux des Américains l'ampleur du bourbier Vietnamien. Le premier échec en Afghanistan, c'est celui de la vérité, que les trois présidents successifs, Bush Junior, Obama et Trump n'ont jamais eu le courage d'assumer face à leur Nation  : la vérité, c'est que très vite après 2001, les Etats-Unis "n'avaient plus de stratégie" sinon celle de couvrir leur échec en le prolongeant et en l'aggravant. 

Le second fiasco, c'est celui du grand projet affiché de bâtir en Afghanistan les fondements d'une Nation nouvelle, moderne, démocratique et apaisée. Ils y ont englouti 133 milliards de dollars, pour un résultat quasi-nul voire même contre-productifen ce qu'il a noyé les élites locales de sommes d'argent considérables et alimenté la corruption des chefs de guerre, des groupe criminels et autres cartels de l'opium afghan.   

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Voilà donc l'envers de la guerre révélé au grand jour par ceux-là même qui l'ont menée et continuent de la mener. "Ce sont des mensonges qui nous ont fait rester en Afghanistan et nous y enliser", résume Ross Douthat dans le New York Times. Il note surtout, avec deux jours de recul sur les révélations, à quel point celles-ci suscitent peu d'émotion dans la population américaine. Contrairement aux Pentagon Papers qui en 1971 avaient précipité le retrait complet des troupes du Vietnam, en 2019 le constat de la mystification, de la "guerre à la vérité", n'émeut plus les foules qui il faut bien le dire sont ces derniers jours aimantées vers le grand théâtre de la procédure en destiutution de Donald Trump. 

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"Les Américains ont appris à vivre avec des guerres sans fin", se lamente Ross Douthat. Sans doute ont-ils aussi perdu leurs illusions sur l'idée même de vérité en politique, et en particulier en temps de guerre.   

Peut-on juger une icône ? La question est posée depuis hier à la Cour Internationale de Justice.  

En l'occurence l'icône a depuis longtemps perdu son lustre : la birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix 1991 et ancienne figure réprimée de la défense des droits humains face à la junte militaire, est depuis hier face à la CIJ à la Haye... et elle y est pour y défendre les atrocités commises par ce même régime qu'elle a si longtemps combattu. 

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Cette contradiction est relevée par de nombreux journaux asiatiques, à commencer par The Mainichi au Japon ou The Strait Times à Singapour. On y lit le récit de la première des trois journées d'audience au cours desquels la de facto première ministre birmane doit répondre aux accusations de "génocide" perpêtré contre la minorité musulmane Rohyngias.  La plainte a été déposée devant la Cour Internationale par la Gambie, petit pays africain à forte majorité musulmane, au nom des 57 Etats-membres de l'Organisation de la Coopération islamique. 

Hier, face à ces accusateurs et face aux 16 juges, Aung San Suu Kyi n'a pas pris la parole, elle doit le faire aujourd'hui, mais The Guardian retient à quel point elle s'est murée derrière une façade d'impassibilité... notamment au moment où le ministre de la justice gambien Aboubacar Tambadou a exhorté la Birmane à mettre fin d'urgence au génocide.  

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"Chaque jour d'inaction signifie que plus de personnes sont tuées, plus de femmes sont ravagées, plus d'enfants son brûlés vifs, pour le seul crime d'être nés d'une autre race, d'une autre religion que celle de ceux qui les violent et qui les tuent'". Ces mots, repris par Al Jazeera, n'ont suscité hier aucune réaction visible sur le visage fermé de la "dame de Rangoon", impassible également pendant que l'accusation gambienne a cité des rapports d'experts de l'ONU détaillant les exactions dont sont victimes les Rohingyas dans leur région de Rakhine depuis l'été 2017.  

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Aung San Suu Kyi va donc prendre la parole aujourd'hui pour défendre son pays... et se défendre elle-même, tant la question, nous dit The Guardian, est de savoir si elle était au courant de l'ampleur de ces crimes, si elle a participé à leur organisation, les a couverts ou a tenté de s'y opposer. Ce qui est sûr, à croire la BBC, c'est que la dirigeante bénéficie toujours chez elle d'un soutien populaire très fort nourri par un déni farouche : "S'il y avait vraiment un génocide, alors les Rohyngias n'auraient tout simplement pas pu fuir", voilà ce qu'explique très calmement une supporter de celle qu'elle surnomme "maman Suu" dans une manifestation organisée hier dans la ville birmane de Yangon.

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