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Le siège de la CIA

Une alliance secrète des services secrets américains et allemands pour espionner une centaine d’Etats pendant quarante ans

6 min
À retrouver dans l'émission

Une enquête du Washington Post révèle comment les services de renseignements américains et allemands ont espionné les conversations cryptées de plusieurs dizaines de gouvernements, amis et ennemis. Le quotidien raille la naïveté des gouvernements étrangers qui ont payé pour être écoutés...

Le siège de la CIA
Le siège de la CIA Crédits : Greg E. Mathieson Sr./MAI /Landov - Maxppp

Nom de code opération Thesaurus, aussi nommée Rubicon, ou comment les services secrets américains et allemands ont espionné jusque dans les années 2000 les conversations les plus secrètes de leurs alliés comme de leurs ennemis, plus d'une centaine de pays au total et cela grâce à une société suisse. C'est le coup du siècle en matière de renseignements, titre le Washington Post, qui détaille dans une enquête menée avec la télévision allemande ZDF et la radio suisse SRF comment les Etats-Unis ont exploité durant des années la naïveté des autres pays, en prenant leur argent et en volant leurs secrets. 

Il faut remonter au sortir de la Seconde Guerre mondiale. La société suisse Crypto AG est alors championne du cryptage des conversations. Tellement douée que la CIA s'inquiète : et si elle ne pouvait plus espionner les gouvernements étrangers ? Alors, dans les années 70, elle décide ni plus ni moins, en lien avec les renseignements allemands, de tout bonnement racheter la société suisse, dans le plus grand secret bien sûr, et d'en truquer les machines qui sont vendues dans le monde entier. Rien de plus facile alors pour les espions américains et allemands que de casser les codes et d'avoir accès aux messages les plus secrets des espions, militaires et diplomates de gouvernements du monde entier, écrit le Washington Post.

Ils ont payé pour être espionnés !

Parmi les clients de la société, l'Iran, l'Inde, le Pakistan, ou encore les juntes d'Amérique latine et le Vatican, précise le journal. La CIA a ainsi pu surveiller la prise d'otages à l'ambassade de Téhéran en 1979, abreuver Margareth Thatcher d'informations sur l'armée argentine durant la guerre des Malouines ou lire les messages de responsables libyens après l'attentat contre une discothèque de Berlin ouest en 1986. Lors des pourparlers de paix à Camp David, les Etats-Unis ont aussi écouté tous les échanges d'Anouar el-Sadate, le président égyptien avec Le Caire... Et en 1989, ajoute El Pais, qui note que l'Espagne fit partie des pays écoutés, l'utilisation par le Vatican de la machine à crypter a été déterminante dans l'arrestation de Noriega, le dictateur panaméen qui avait trouvé refuge à la Nonciature.  

Voilà la neutralité suisse qui en prend un coup. Car c'est justement, outre ses performances reconnues, parce qu'elle était suisse donc considérée comme neutre que la société a gagné la confiance des gouvernements du monde entier. Ils ont payé cher, ironise le Post, le privilège d'avoir leurs conversations les plus secrètes lues par au moins deux et jusqu'à cinq pays étrangers. Tous ne se sont cependant pas fait avoir, la BBC précise que la Chine, l'Union soviétique ou encore la Corée du Nord, méfiantes, n'ont jamais signé de contrat avec la société suisse. Et la presse helvète déprime. Notre réputation est en lambeau, peut-on lire ici, notre neutralité une hypocrisie... 

Voilà, analyse la BBC qui alimente une réputation dont les Suisses voudraient tant se débarrasser : celle qu'ils sont prêts à tout si on y met le prix. Leurs banques, poursuit le journaliste, ont veillé sur les milliards détournés par des dictateurs du monde entier et voilà que leur secteur de haute technologie est dans la tourmente à son tour. Les Suisses ont pris l'argent et vendu des machines truquées. Et maintenant tout le monde le sait.  

Justice pour le Darfour

Parmi les dictateurs, il en est un qui a les honneurs de la presse ce matin. Le Soudanais Omar el-Béchir. Le président déchu, renversé en avril l'année dernière. Son pays accepte de le livrer à la justice internationale. La Cour pénale internationale l'accuse de crimes contre l'humanité au Darfour. 300 000 morts au bas mot, plusieurs millions de déplacés et des exactions à glacer le sang perpétrées par les milices Janjawid. Middle East Eye donne la parole aux responsables des camps de déplacés du Darfour. C'est une victoire de la justice, explique l'un d'eux Osman Adam Khamis, après des années d'oppression, de crimes et d'impunité. C'est la première décision correcte du gouvernement de transition, la première fois qu'il entend les pleurs des victimes du Darfour. Et d'annoncer les préparatifs de marches d'un million pour soutenir cette décision. Nous ne le croirons que lorsque nous le verrons derrière les barreaux. 

Ce qui pourrait prendre du temps, estime la BBC. Les avocat d'el-Béchir refusent de coopérer avec la justice internationale, accusant la cour pénale d'être une instance politique, rapporte ArabNews. Il reste encore de nombreux obstacles à lever, opine le Guardian. On ne sait ni quand ni comment l'ancien président sera remis à la justice internationale. Tout dépend semble-t-il d'un accord de paix entre les autorités et les rebelles. Il est aussi permis de douter, ajoute le journal, du soutien des forces armées soudanaises, toujours très puissantes. 

Covid-19, inquiétante progression

Le Guardian, dans lequel on peut également lire ce matin l'inquiétante interview d'un épidémiologiste de renom qui s'apprête à aller briefer l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé. Il travaille sur le Coronavirus. Covid-19, c'est son petit nom désormais. Le Guardian a rencontré le Professeur Gabriel Leung, qui dirige la chaire de santé publique à l'université de Hong Kong. Ce qui nous donne en titre de l'entretien, "Le coronavirus pourrait infecter 60% de la population mondiale si l'on ne parvient pas à contrôler sa propagation". Il faut notamment, précise le scientifique, évaluer l"efficacité des mesures drastiques de confinement prises par la Chine et, si elles fonctionnent, les autres pays doivent lui emboîter le pas.

Un point positif tout de même, le virus devrait, selon le Professeur Leung, modérer sa létalité car s'il tue tous ceux qu'il infecte, il se tue lui-même. Ceux qui s'inquiètent en tout cas ce matin ce sont les Catalans. Le congrès mondial de la téléphonie enregistre en effet une épidémie de  défections. Lundi ce furent les Japonais Sony, NTT DoCoMo, écrit la Vanguardia, hier, les Américains Intel, Cisco, Facebook, AT&T, Amazon, Nvidia. Sans oublier le Sud-coréen LG, le Suédois Ericsson la semaine dernière. Les autorités de Barcelone font pression sur les organisateurs pour qu'ils n'annulent pas le salon, écrit le quotidien catalan. Une décision sera prise vendredi, à quelques jours de l'ouverture prévue le 24 février.

Chroniques

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