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Ecole 175 de Kazan, théâtre d'une fusillade meurtrière, Russie le 11/05/21

Après une tuerie dans une école, la Russie s'interroge sur son rapport aux armes

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Un jeune homme désocialisé de 19 ans a tué 9 personnes dans son ancienne école de Kazan ; Vladimir Poutine promet de durcir la législation sur les armes à feu. La NRA américaine pensait échapper à la Justice new-yorkaise en se déclarant en banqueroute... mais un juge fédéral en a décidé autrement.

Ecole 175 de Kazan, théâtre d'une fusillade meurtrière, Russie le 11/05/21
Ecole 175 de Kazan, théâtre d'une fusillade meurtrière, Russie le 11/05/21 Crédits : Roman Kruchinin - AFP

La ville de Kazan dans le centre de la Russie tente encore ce matin de comprendre ce qui s’est passé hier dans son école n°175.

Eh bien, ce qui s’est passé s’étale dans tous les journaux russes : une fusillade, la plus meurtrière qu’ait connu la Russie depuis trois ans avec neuf morts dans cet établissement scolaire qui regroupe tous les niveaux de l’élémentaire jusqu’au lycée. Le tireur est un jeune homme de 19 ans, dont tous les quotidiens tentent de percer à jour les mystères et les non-dits. 

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La Novaya Gazeta a beau chercher des choses "anormales, les traumatismes" dans sa biographie, c’est plutôt l’absence et le vide de sa jeune vie qui frappent l’esprit : l’adolescent avait terminé trois ans plus tôt une scolarité sans remous, sans grand souvenir laissé chez ses anciens professeurs et camarades. Il s’était inscrit à l’université mais il s’était fait renvoyer récemment à force de ne pas assister au cours, de sécher les examens. Ses voisins le décrivent comme discret, au point d’être invisible… pour ne pas dire associal. 

Ces derniers mois, à en juger par son compte sur la messagerie Telegram, consulté par le site d’info Meduza, le jeune Ilnaz Galyaviev (puisque c’est son nom) écrivait qu’il en était arrivé à un point où il détestait les gens, tout le monde, sans distinction. Depuis janvier il ne parlait plus à personne en dehors de ses parents, et encore,  affirme la Rossiskaya Gazeta.

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En fait, "Galyaviev avait acquis la certitude qu’il était Dieu en personne". C’est d’ailleurs ce qu’il avait écrit en rouge sur le foulard noir qu’il a mis sur son visage, ce mardi matin quand il a repris la route de l’école. En chemin, raconte encore la Novaya Gazeta en s’appuyant sur des images de vidéosurveillance, il a croisé des passants, des enfants qu’il a salué, lui qui se promenait tout habillé en noir, masqué et avec un fusil semi-automatique à la main, et personne n’a eu l’air surpris et tous ont continué leur chemin comme s’ils ne l’avaient pas vu.

Un fantôme, à défaut d’être un dieu, dans ce qui apparaît comme une société d’indifférence, de relâchement, où l’on nous explique qu’il n’y avait plus d’agents de sécurité devant l’école depuis que les parents d’élèves n’avaient plus accepté de payer leur salaire, qu’il y avait bien des détecteurs de métaux à l’entrée mais qu’ils n’étaient jamais branché, et que personne parmi les élèves ne connait vraiment le nom de la psychologue scolaire qu’on ne voit en classe qu’une fois tous les deux ans environ.

Au-delà du profil de l’auteur de cette tuerie la presse russe s’interroge, forcément, sur la législation en matière de contrôle des ventes d’armes à feu. Et il est même surprenant de voir à quel point les suites politiques et médiatiques de cette fusillade se calquent sur ce à quoi on est malheureusement trop habitué aux Etats-Unis mais qui reste très rare en Russie. 

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Alors bien sûr, rapporte le journal en ligne Gazeta.ru, juste après qu’Ilnaz Galyaviev se soit rendu aux forces de sécurité qui encerclaient l’école, après qu’on ait compris qu’il ne s’agissait pas d’un acte terroriste organisé comme on avait pu le craindre, Vladimir Poutine a déclaré qu’il fallait d’urgence durcir les conditions d’achat et de détention d’armes à feu en Russie, puisque le jeune tireur de Kazan, étant apparemment en grande difficulté personnelle, avait obtenu son permis de port d’armes et s’était procuré son fusil semi-automatique sans aucun problème. Le parti présidentiel testerait même l’idée de réserver les permis de port d’armes aux seuls militaires et anciens combattants. 

Le problème, pointé par Meduza, est que les mêmes promesses avaient été formulées en 2018 après une précédente tuerie de masse dans un lycée de Crimée,  mais que rien n’a été fait. Deux propositions de loi pour relever à 21 ans au lieu de 18 l’âge légal permettant de se procurer une arme ont été rejetées par le gouvernement fédéral russe.  Argumentant qu’elles étaient contraire aux droits des chasseurs, des tireurs sportifs et des militaires. Pire encore, la limite d’âge a été abaissée à 16 ans, spécifiquement pour les armes destinées à la chasse. 

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Ce mardi, "les élèves de 10e classe de l’école 175 de Kazan [l’équivalent de la première chez nous] ont eu la vie sauve, nous dit enfin Meduza, parce qu’ils étaient partis en stage de formation militaire", où l’on apprend entre autres le fonctionnement et le maniement des armes à feu. Cet enseignement, vestige de l'époque soviétique et remis au goût du jour poutinien, est optionnel depuis 2016 et très populaire en Russie, chez les garçons en particulier…  

Pour rester dans la même thématique, aux Etats-Unis la NRA — le très puissant lobby pro-armes, n’échappera finalement pas à la Justice new-yorkaise.

Il est vrai, confirme The New York Times, que la National Riffle Association, très proche du Parti républicain tendance Donald Trump, pensait avoir trouvé la martingale parfaite pour glisser entre les doigts de la procureur générale new-yorkaise Letitia James, en charge de l’enquête sur des malversations diverses et dépenses somptuaires du chef de la NRA depuis trois décennies Wayne La Pierre : la NRA, dont le siège était donc historiquement à New York, s’était déclarée en banqueroute et voulait se refonder dans l’Etat conservateur du Texas. Elle en avait même fièrement fait un spot publicitaire au début du printemps.

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Dans cette vidéo on voit le sénateur du Texas Ted Cruz, un fidèle parmi le fidèles à Donald Trump, souhaiter la bienvenue au Texas, à ce lobby pro-armes décrit comme persécuté par la magistrate new-yorkaise qui aurait juré d’avoir sa tête. 

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Mais hier soir,  un juge fédéral a donné raison à la procureure James… il a établi, détaille le Washington Post, que la mise en faillite de la NRA n’était pas de bonne foi et avait bien pour but principal d’échapper aux poursuites judiciaires engagées à New-York. C’est un camouflet pour l’association et surtout la promesse d’une bataille acharnée en justice dans les mois qui viennent. S’il devait bien se tenir et déboucher sur une dissolution du groupe d’influence, un procès de la NRA pourrait avoir des conséquences politiques très fortes et faire évoluer les mentalités sur les armes à feu aux Etats-Unis. 

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Mais la NRA n’a pas dit son dernier mot. Le week-end dernier elle défrayait encore la chronique, c’est à lire dans Newsweek en diffusant une carte de vœux pour la fête des mères américaine : une carte dédiée à toutes les mères de familles américaines qui, je cite, se battent pour leur droit à l’auto-défense et savent protéger les leurs… sur la photo on voit une mère et sa fille portant fièrement chacune un fusil, avec ce texte « ma maman n’a pas élevé une victime ».

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