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Le coronavirus relance l'offensive anti-avortement aux Etats-Unis

Quand les anti-IVG tentent de profiter de la crise du coronavirus

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Alors que la période nous invite à louer l'engagement des femmes en première ligne contre la pandémie, certains droits comme celui à l'avortement sont remis en cause sous prétexte d'urgence sanitaire. Aux Etats-Unis, Donald Trump retarde l'envoi de l'aide sociale pour une coquetterie électoraliste.

Le coronavirus relance l'offensive anti-avortement aux Etats-Unis
Le coronavirus relance l'offensive anti-avortement aux Etats-Unis Crédits : SAUL LOEB - AFP

Les femmes mises en avant, avec ce que cela signifie de responsabilités, de prise de risque mais aussi d'honneur reçus quand le monde se rend enfin compte que oui, ce sont des femmes, comme l'écrit Claire Provost sur le site d'Al Jazeera, qui tiennent le front, qu'elles soient soignantes, préparatrices en pharmacie, caissières, agent d'entretien... ou chef d'Etat. 

Le magazine américain Forbes le notait hier : si l'on regarde qui dirige les pays ayant pour le moment apporté la réponse la plus efficace au coronavirus, on constate qu'ils sont tous dirigés... par des femmes.

La Nouvelle-Zélande de Jacinda Ardern, Taïwan et sa présidente Tsaï Ing-Wen, l'Allemagne d'Angela Merkel, l'Islande de Katrin Jakobs-dottir, la Finlande de Sanna Marin.

Tous ces pays affichent des données sanitaires qui rendent jaloux leurs voisins, très peu de morts... et quand avec Forbes on cherche un point commun pour expliquer ce succès... on trouve celui-ci : le fait d'être gouverné par des femmes.

Alors il y aurait une tendance sexiste, essentialiste, à attribuer ces succès à des qualités qui seraient par nature féminines, la compassion, l'instinct de protection, la coopération, la prévoyance, mais The Guardian évite cet écueil et nous propose une autre façon de voir les choses : pour accéder aux postes de direction, les femmes doivent en général être meilleures, on est plus exigeants avec elles qu'avec leurs homologues masculins... pas de droit à l'erreur... Ces pays ont donc élu les personnes les mieux qualifiées pour les diriger, et ils en constatent aujourd'hui le résultat

La période n'est pas pour autant très propice pour les droits des femmes

Le paradoxe que soulève Claire Provost dans sa tribune sur AlJazeera.com : elle nous alerte sur le fait que plusieurs gouvernements tentent d'utiliser le coronavirus pour restreindre ces droits à commencer par l'un des plus disputés, le droit à l'avortement. Cela a commencé en Argentine le mois dernier, avec le report sine die du vote, historique, qui devait entériner le droit à l'IVG dans ce pays.

En Pologne, renchérit The Guardian, il y a de quoi s'inquiéter aussi : la session du parlement qui s'ouvre aujourd'hui prévoit un vote sur un texte, déposé par des organisations anti-IVG, qui restreindrait drastiquement les possibilités d'avortement avec l'argument qu'il faudrait désengorger les hôpitaux en n'autorisant que les actes médicaux essentiels, l'IVG n'étant donc pas selon eux un acte essentiel, ce qui mérite clairement débat. Sauf que les rassemblements et manifestations sont interdites en ce moment en Pologne.

Selon la Wibortzcha Gazeta à Varsovie, même le gouvernement très conservateur dominé par le Pis ne soutient pas ce texte et devrait appeler la majorité des députés à voter contre tout à l'heure.

Bloquer le matériel médicale pour lutter contre le coronavirus afin d'annuler les interruptions médicales de grossesses

Mais la Pologne n'est pas là seule ou les ligues anti-IVG tentent de profiter de la crise actuelle. Et ça nous amène, comme souvent sur ce dossier aux Etats-Unis.

Pas plus tard qu'hier, il a fallu qu'une cour d'Appel s'y reprenne à deux fois pour finalement bloquer l'interdiction, prise par l'Etat du Texas, de pratiquer des interruptions médicales de grossesses. L'argument là encore, explique le Los Angeles Times, c'était qu'il faudrait réserver le matériel et les personnels hospitaliers à la lutte contre la Covid-19. Cela pourrait s'entendre, si les médecins spécialistes, les lieux d'interventions et les appareils utilisés étaient les mêmes pour une IVG que pour la réanimation d'un patient Covid en état d’asphyxie sévère... Ce qui, je ne suis pas spécialiste, mais laisse tout de même à désirer comme démonstration.

En tous cas, après avoir dans un premier temps validé l'interdiction de l'avortement médical au Texas, les juges ont finalement autorisée l'IVG médicamenteuse, plus compatible avec l'urgence sanitaire et le confinement. C'est une maigre victoire, mais c'est une victoire toute de même, à laquelle s'ajoute celle, dans l'état cette fois d'Oklahoma, ou de la même manière l'interdiction de la plupart des avortements, prise au départ jusqu'au 30 avril, a été cassée par une cour fédérale.

Trump fait ajouter son nom à des chèques envoyés à 70 millions d’Américains

C'est "jour de paie" aujourd'hui comme l'écrit USA Today avec ironie, ou plutôt c'est le jour où devraient arriver dans les foyers les premiers chèques d'aide sociale d'urgence qui constituent l'essentiel de la réponse de l'administration Trump à la crise sociale qui accompagne la crise sanitaire.

Des millions d'Américains ont perdu leur travail (et leur source de revenu) du jour au lendemain. Il s'agit de les aider eux et leurs familles, mais aussi de sponsoriser la demande, d'éviter l'effondrement de la consommation et donc de toute l'économie américaine. 80 millions de personnes vont donc bénéficier d'un chèque de 1 200 dollars, soit environ 1 100 euros.

Le souci est de savoir quand ces chèques vont vraiment arriver, et là, le Washington Post nous explique qu'il y a eu des retards, que certains bénéficiaires vont devoir attendre plusieurs jours avant de pouvoir aller faire les courses, car le Trésor Américain a suivi une procédure inédite : à la demande expresse de la Maison Blanche, il a fallu modifier le format-standard du chèque d'aide sociale pour qu'y apparaisse le nom de Donald Trump... Le président qui apparemment tenait à ce que cette générosité de l'Etat fédéral soit surtout présentée comme sa générosité personnelle... auprès de millions de foyers démunis.

Une telle personnification, c'est du jamais-vu, The Washington Post n'est pas dupe de la manœuvre électoraliste pour Trump à huit mois de la présidentielle. Sauf que, on le répète cette coquetterie a compliqué le travail du Trésor, et donc retardé le versement de l'aide sociale.

Tout ça, finalement, analyse The New York Times, est assez cohérent avec l'attitude de Donald Trump, obsédé par son image et de la campagne pour sa réélection, et qui tente de faire oublier les critiques de plus en plus vives sur la gestion de la crise coronavirus, en multipliant les coups de comm et les tentatives de diversion... la dernière en date étant bien sûr l'arrêt la nuit dernière de la participation financière américaine à l'OMS... L'organisation mondiale de la santé, accusée par Trump d'avoir tardé à lancer l'alerte mondiale, de s'être laissée embobiner par les mensonges chinois... en somme un bouc émissaire bien pratique, en ces temps troublés pour le président américain.

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