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Au centre, Larry Fink reçu à l'Elysée en juillet 2019

La conversion de BlackRock à la finance verte ne convainc pas

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La société BlackRock qui gère 7000 milliards $ d'investissements jure de promouvoir une finance respectueuse de l'environnement, mais devrait continuer à investir massivement dans les énergies fossiles. Boris Johnson cherche 500 000 £ pour faire résonner les cloches de Big ben le jour du Brexit.

Au centre, Larry Fink reçu à l'Elysée en juillet 2019
Au centre, Larry Fink reçu à l'Elysée en juillet 2019 Crédits : MICHEL EULER - AFP

Une profession de foi n'est pas passée inaperçue hier dans le monde de la finance. 

Cette grande prise de conscience écologiste, on la doit  au plus gros acteur mondial en matière d'investissements et de gestion d'actifs, j'ai nomméé Larry Fink, le grand patron du géant américain BlackRock dont on a pas mal parlé ces dernières semaines en France pour l'influence qu'on lui a prêté sur la réforme des retraites et la promotion d'un système par capitalisation. 

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BlackRock donc, nous rappelle le Financial Times, fait la pluie et le beau temps dans le monde de la finance, car la société gère pour le compte de ses clients plus de 7 mille milliards de dollars d'actifs à travers la planète. Autant dire que la lettre annuelle de bonnes résolutions que son PDG envoie chaque mois de janvier à ses investisseurs a bien plus d'influence que toutes les mesures économiques des gouvernements et des banques centrales réunies. 

Or donc cette année, salue le Wall Steet Journal, BlackRock jure de verdir sa politique d'investissement, de privilégier les entreprises qui seront vraiment engagées contre le réchauffement climatique et transparentes sur leur impact sur l'environnement. L'argent colossal géré par BlackRock, qu'on se le dise, sera désormais réservé aux bons élèves de la transition écologique, car, nous explique Larry Fink, "le changement climatique est en train de redéfinir complètement la finance internationale", et il est temps de promouvoir une économie vraiment soutenable en la matière.  Pour le New York Times qui se faisait hier l'écho de cet équivalent de la  'bénédiction urbi et orbi' rapporté au monde de l'argent, il y a là de quoi "refonder entièrement la manière dont on fait du business en Amérique".  

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A priori c'est une bonne nouvelle, reconnaît le Financial Times dans son éditorial. On y remarque tout de même que ça fait des années que BlackRock alerte régulièrement sur les risques liés au climat, mais a jusque-là échoué à mettre en pratique, dans ses choix d'investissement, ces grandes déclarations d'intention : en fait, une ONG qui a surveillé ses activités estime que les engagements déjà pris à la même période l'an dernier n'ont été tenus qu'à 12%... ce qui laisse une sacrée marge de progression. 

Plus sceptique encore, l'analyste Matt Levine, pour Bloomberg, imagine comment la lettre et les recommandations écologistes de Larry Fink vont être accueillies, par exemple, par les dirigeants de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco dont BlackRock est le principal actionnaire étranger : vont-ils trembler et se convertir soudain à la doxa climatique, bannir les énergies fossiles et se lancer à corps perdu dans le renouvelable ? 

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On connait déjà la réponse, nous dit Matt Levine en nous rappelant que l'an dernier les recommandations de BlackRock à ses clients pour qu'ils adoptent "une gouvernance plus éthique" et s'engagent pour "rendre la société meilleure" n'ont pas empêché l'Arabie Saoudite (entre autres méfaits) de faire assassiner le journaliste Jamal Khashoggi, ce qui d'ailleurs n'a pas empêché BlackRock ensuite de renforcer encore sa participation au capital de Saudi Aramco.  

Car BlackRock est (et devrait rester) le plus gros investisseur au monde dans les énergies fossiles, avec des profits conséquents qui lui sont notamment assurés par ses parts aux capitaux d'ExxonMobil, de Glenncore et de Chevron, les principaux acteurs du pétrole américain. Le géant de la finance aura beau verdir sa façade, tranche Edward Ongweso Jr. pour Vice News, il ne pourra se passer de cet argent-là. Alors, "plutôt que de louer la clairvoyance de ses dirigeants, on ferait mieux de les traîner en justice, pour crimes contre l'humanité", écrit le journaliste  qui poursuit : "Toutes les décisions prises jusque-là par l'entreprise, ont privilégié son profit, au détriment de la planète et de ses habitants... ses investissements ont accéléré le réchauffement climatique et précipité l'effondrement qui vient, et sur lequel les scientifiques nous alertent pourtant depuis des décennies.

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Moins accablant tout de même, dans les colonnes de Bloomberg Matt Levine conclut sur ce qu'est réellement BlackRock : une société qui, quel que soit son poids et son influence, a perpétuellement besoin d'attirer plus d'argent et donc plus de clients.  Pour cela, elle fixe ses caps en matière d'investissement au gré des vents dominants du moment ; une sorte de caisse de résonnance qui amplifie en les déformant les préoccupations de l'époque. Aujourd'hui BlackRock investit donc, de manière symbolique, dans la soi-disant finance verte... mais qu'on se le dise, ça ne l'empêchera pas de continuer à soigner ses clients pollueurs.

On reparle à présent du Brexit, et d'un Boris johnson qui veut soigner les détails du D-day toujours prévu pour le 31 janvier.

Et parmi ces détails pour le grand jour... le Premier ministre britannique semble tenir à ce que les cloches de Big Ben, à Londres, résonnent au moment précis où sera effective la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Le soucis, il l'a reconnu hier dans une interview à la BBC... c'est que cette coquetterie a un coût vraiment pas donné.  

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Un demi-million de livres sterling, soit près de 600 mille euros, c'est un peu cher pour un carillon, avoue Boris johnson mais "c'est ce que veulent beaucoup de Britanniques", dit-il... et c'est vrai que dans les milieux pro-Brexit, on argumente sur la nécessité de ce symbole, dont The Daily Express fait même sa Une ce matin. 

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Oui mais voilà, nous explique The Guardian, la tour de Big Ben, au Palais de Westminster, est en rénovation depuis deux ans ; le battant de la célèbre cloche a été retiré pour les travaux., et il n'était pas prévu de le remettre en service avant l'an prochain. Mais pour célébrer comme il se doit le Brexit, le Premier ministre veut qu'on remonte le mécanisme, qu'on installe un plancher temporaire sous la cloche, bref une facture totale de 500 000 livres pour quelques "bongs", tout' historiques soient-ils. "Ca fait tout de même 50 000 livres par coup de cloche", remarquait lundi le nouveau speaker de la chambre des Communes, quand celle-ci a refusé, en commission, de débloquer la somme, déraisonnable selon les députés. 

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Mais Bojo n'a pas dit son dernier mot : sur le plateau de la BBC hier, il évoquait donc l'idée d'un financement par les citoyens, une campagne participative qu'il propose d'appeler "Bung a bob for a Big Ben bong" :  ça sonne bien, et ça se traduirait, l'allitération en moins, par "une petite pièce pour faire sonner Big Ben".

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