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Manifestation pro-choice devant la cour Suprême à Washington en janvier 2019

Dans l'Alabama, les anti-IVG mettent la pression sur la Cour Suprême

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Le Sénat d'Alabama a voté une loi qui interdit quasiment toutes les IVG. Le lobby pro-life veut ainsi forcer la Cour Suprême à remettre en cause le droit à l'avortement. Cuba et sa diplomatie médicale accusés d'esclavagisme devant la CPI. En Algérie, les étudiants ravivent la flamme contestataire.

Manifestation pro-choice devant la cour Suprême à Washington en janvier 2019
Manifestation pro-choice devant la cour Suprême à Washington en janvier 2019 Crédits : SAUL LOEB - AFP

L'Etat américain de l'Alabama vient de se doter d'une loi qui interdit de facto l'avortement. 

Je vous en parlais dès la semaine dernière, mais le vote avait été repoussé parce que la majorité républicaine au Sénat d'Alabama n'arrivait pas à se mettre d'accord. Non pas sur le principe même de cette criminalisation de l'IVG, mais sur les exceptions qui étaient prévues : et voilà donc qu'au final, une semaine plus tard, c'est un texte encore plus restrictif qui a été adopté hier soir. 

La chaîne CBS nous explique que même les femmes qui se sont retrouvées enceintes suite à un viol ou un inceste seront passibles de prison si elles interrompent leur grossesse. Il y a bien sûr eu des voix discordantes : CBS diffuse d'ailleurs, pour preuve, un extrait des débats  au Sénat d'Alabama...   

On entend bien les tentatives d'objection, d'un sénateur de l'opposition démocrate, mais c'était peine perdu. Les républicains étaient largement majoritaires, et ils ont eu ce qu'ils voulaient : la seule exception qui a été finalement retenue, à 25 voix contre 6, c'est pour les IVG pratiquées en cas de danger immédiat pour la vie de la femme enceinte.  

Voilà qui fait dire au New York Times que jamais un Etat américain n'était allé aussi loin dans la répression de l'avortement. Le texte de loi est à présent entre les mains de la Gouverneur d'Alabama, qui est aussi issue du Parti Républicain et ne cache pas son opposition à l'IVG.  Il est donc probable qu'elle ratifiera la loi... qui sera immédiatement contestée devant la justice fédérale, et in fine ce sera à la Cour suprême de trancher.  

Or c'est exactement cela que veulent les pourfendeurs du droit à l'avortement. Pour le Washington Post, qu'on ne s'y trompe pas, "l'amendement voté hier soir n'a que peu à voir avec l'Alabama, mais beaucoup à voir avec la Cour suprême". Le but ultime des anti-IVG, ce n'est pas de voir leur loi appliquée à court terme, elle ne le sera pas puisqu'elle va être contestée en Justice. Non, l'objectif véritable, c'est de donner à la Cour suprême une occasion de remettre en cause l'arrêt Roe contre Wade, qui depuis 1973 fait office de jurisprudence reconnaissant le droit des femmes américaines à l'avortement. 

A lire le site d'info BuzzFeed, on comprend d'ailleurs que les autres lois criminalisant l'IVG, prises ces derniers mois dans plusieurs autres Etats américains, "font en fait partie d'une campagne concertée", menée par les pro-life pour porter l'affaire devant la plus haute juridiction fédérale.  

C'est Politico qui nous le rappelle : depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a nommé deux juges connus pour leurs positions conservatrices, et les anti-IVG y voient une occasion unique de faire basculer la Loi américaine en leur faveur.  Encore faudra-t'il pour cela que la Cour suprême accepte de se saisir de ce dossier ultra-sensible : The Washington Examiner nous rappelle que par 13 fois ces dernières semaines, les juges ont échoué à se mettre d'accord pour savoir s'ils doivent ou non trancher sur la légalité d'un amendement, voté dans l'Indiana en 2016, et qui déjà imposait de sévères restrictions au droit à l'avortement. 

Et si la "diplomatie de la blouse blanche" pratiquée par Cuba cachait en fait un système esclavagiste ?

c'est le sujet d'une enquête publiée par Le Temps, en Suisse. Elle fait écho au dépôt hier d'une plainte devant la Cour Pénale internationale de la Haye, déposée par ONG proche de l'opposition cubaine, contre l'Etat caribéen,  et pour rien de moins que "crimes contre l'humanité pour des faits d'esclavagisme".  

On y évoque les milliers de médecins cubains "forcés" à participer à des missions de coopération à l'étranger, au bénéfice du gouvernement de la Havane, et dans des conditions qui en feraient donc de véritables "esclaves". Le Temps nous apprend que ces missions de médecins, principalement en Amérique du Sud et en Afrique, se sont multipliées ces 20 dernières années au point de devenir à la fois "un outil essentiel de la diplomatie cubaine" mais aussi "le principal revenu de l'île"'. Les blouses blanches envoyées pour exercer dans des pays-amis rapporteraient jusqu’à 9 milliards d'euros, les bonnes années, au régime communiste. 

On compte en ce moment 50 000 médecins, déployés dans une soixantaine de pays, et ce que reprochent les plaignants à l'Etat cubain, c'est de confisquer entre 70 et 90% de leur salaire, sans parler du contrôle incessant auquel ils sont soumis : le régime a tellement peur qu'ils désertent, une fois à l'étranger, qu'ils sont sans cesse surveillés, avec couvre-feu imposé, contacts limités au maximum avec les habitants du pays, impossibilité de partir avec sa famille... Pour ceux qui décident tout de même de déserter (et ils sont nombreux), interdiction de revenir à Cuba pendant 8 ans sous peine d'être emprisonné. 

Voilà donc pour l'envers du décor de cette médecine sans frontières qui a toujours fait la fierté de Cuba. Pour confirmation, on lira sur le site de BBC Newse les témoignages de Dayli et Carlos, deux jeunes médecins envoyés au Venezuela, un pays qui paye ces services médicaux en nature, en livrant du pétrole à la Havane.   

Des nouvelles enfin de l'Algérie : on en parle moins ces dernières semaines, mais la mobilisation populaire n'y a pas dit son dernier mot. 

Et c'est ce que nous dit la Une d'El Watan, photo des manifestations d'hier à l'appui : "les étudiants ne lâchent pas prise", ça c'est le titre : car hier donc ce sont les jeunes Algériens qui ont à nouveau apporté leur énergie à la contestation contre l'Armée qui continue d'accaparer le pouvoir depuis la chute du clan Bouteflika.  

"Les étudiants montent en puissance", renchérit Tout sur l'Algérie, qui note qu'il s'agit là du 12e mardi de mobilisation sur les campus de tout le pays. L'affluence et la détermination que l'on a pu voir dans les cortèges impressionne d'autant plus, ajoute TSA, qu'il s'agit des deuxièmes grandes manifestations depuis le début du ramadan : les militaires espéraient sans doute que cette période de privation saperait la détermination du mouvement... mais c'est raté pour le moment.   

Hier, nous dit le HuffPost Maghreb, les étudiants, par leur détermination sans faille, ont encore fait reculer les forces de l'ordre dans le centre d'Alger.  La revendication, c'est la même que l'on lit depuis février sur les banderolles : le départ des "voleurs et des traîtres", la mise en place d'un pouvoir démocratique civil. S'y ajoute désormais le rejet de l'élection présidentielle prévue le 4 juillet, en tout cas tant que ce sera un gouvernement à la solde de l'ancien régime qui sera chargé de l'organiser.

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