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Foule faisant ses courses de Noël à Londres le 12/12/20

Faut-il "annuler Noël" au Royaume-Uni ?

5 min
À retrouver dans l'émission

La presse britanique se fait l'écho du dilemme auquel est confronté Boris Johnson : faut-il vraiment relâcher les règles anti-COVID pour Noël et risquer une 3ème vague ? Questions autour du budget et de la mise en oeuvre du plan de vaccination. Portrait d'un virologue uruguayen remarqué par Nature.

Foule faisant ses courses de Noël à Londres le 12/12/20
Foule faisant ses courses de Noël à Londres le 12/12/20 Crédits : Justin Tallis - AFP

Au Royaume-Uni, Boris Johnson est mis sous pression par les milieux scientifiques pour annuler la trève de Noël.

Cinq jours de relâchement dans les règles de distanciation anti-Covid, voulus par le gouvernement pour permettre à chacun de retrouver ses proches le soir du 24 décembre. Cette parenthèse de liberté coupable, selon les experts en épidémiologie, risque fort de provoquer une troisième vague épidémique alors que quasiment tout le reste de l’Europe (à l’exception notable de la France) est en train de se reconfiner assez drastiquement.

"Il faut maintenir Noël",  plaide donc The Times sur sa Une ; "Il est trop tard pour annuler Noël", argumente de son côté The Telegraph, quand The Guardian se contente de constater que, oui, le maintien ou non de la trève de Noël est dans la balance, alors que le gouvernement Johnson doit se réunir dans la journée pour prendre une décision au cours d’une réunion d’urgence.  

Voilà en tous cas qui ramène les Britanniques à la dure réalité de la crise sanitaire. Car il faut bien le dire, depuis que le Royaume-Uni la semaine dernière a frappé un grand coup médiatique en étant le premier pays au monde à lancer sa campagne de vaccination, cette fierté vaccinale savamment orchestrée par Boris Johnson avait pû faire croire à ses administrés qu’ils étaient des champions de la lutte contre le Covid, qu’ils étaient bientôt tirés d’affaire.

Sauf donc qu’un retour à la réalité est en train de s’opérer sur la mise en place de cette vaccination massive. Le défi logistique est colossal, l’organisation est un casse-tête, reconnaît le quotidien The I, mais la réalité c’est que les médecins généralistes du système de santé public britannique le NHS font face, en plus, à des obstacles techniques. 

A commencer par des bugs informatiques à répétition du système qui devrait permettre d’enregistrer et de suivre toutes les doses de vaccins, tous les patients vaccinés. Le logiciel n’arrête pas de planter, les médecins sont obligés de renvoyer chez elles les personnes âgées convoquées pour recevoir la précieuse piqûre, ou alors ils les vaccinent quand même mais en sont réduits à utiliser un papier et un crayon pour garder une trace administrative. Résultats, selon The I, "le NHS n’est pas en mesure de dire aujourd’hui combien de personnes ont réellement été vaccinées". 

Plus largement, poursuit The Guardian, le NHS est mal préparé pour cette vaccination massive, déjà très éprouvé par la pandémie et le manque de moyen chronique ; et pour ne rien arranger, l’institution britannique n’a été impliquée que très tard dans l’organisation du plan de vaccination, alors qu’il en est l’exécutant incontournable. 

De fait "les tensions commencent à s’accumuler autour de la manière dont est pensée et menée cette vaccination" : c’est le titre de cet article signé Rajeev Syal pour The Guardian. Le journaliste évoque un rapport de la Cour des Comptes britannique qui pointe des arrangements "hautement inhabituels" dans ce budget de 13 milliards d’euros qui a été mobilisé pour le vaccin. 

Ce qui alarme The Times, par exemple, c’est que ce coût déjà colossal ne couvre que le programme de vaccination pour 2021, pas la nécessité probable de poursuivre l’effort pendant plusieurs année. The Daily Mail note au passage que même si les contribuables britanniques vont devoir payer ces 13 milliards, seule la moitié d’entre eux pourra se faire vacciner d’ici la fin de l’année à venir, toujours selon les chiffres de la Cour des Comptes. Et dans l’idéal, il faudrait aussi financer le recrutement au NHS de 46 000 nouveaux soignants, nécessaires pour tenir les ambitions vaccinales de Boris Johnson.

Plus grave enfin, selon The Guardian à nouveau, les 13 milliards ne prennent pas en compte quelque chose qui pourrait faire exploser les budgets : les contrats passés avec quatre laboratoires pharmaceutiques sur cinq prévoient que l'Etat devra les indemniser en cas de poursuites en justice suite à des plaintes de patients qui auraient eu à subir des effets secondaires au vaccin. C’est du pain béni pour les labos qui vont donc engranger les bénéfices mais n’auront pas à assumer les risques ; c’est par contre très risqué pour les finances publiques du Royaume-Uni…

La presse internationale s'entiche d’un scientifique uruguayen en première ligne face à la pandémie.

Il s’appelle Gonzalo Moratorio, il a 38 ans  et la revue Nature vient de faire de lui l’un des 10 scientifiques qui ont le plus compté, cette année, dans la lutte contre le coronavirus. Car le virologue qui travaille à l’Institut Pasteur de Montevideo, est à l’origine d’une invention qui, d’après El Pais, est pour beaucoup dans le fait que l’Uruguay ne déplore pas plus de 100 morts du Covid-19.

Avec son équipe de la Faculté des sciences, Gonzalo Moratorio a mis au point un kit de diagnostic simple, efficace et pas cher qui a permis de tester très tôt une grande partie de la population de son petit pays sud-américain, même dans les quartiers et les communautés les plus pauvres. 

Ça lui a valu ce surnom de "chasseur de coronavirus" que reprend à son compte aujourd’hui le journal La Diaria à Montevideo, très fier de compter un compatriote dans la prestigieuse liste de Nature. La revue, elle, dresse du scientifique l’image d’un garçon simple et accessible malgré la célébrité à laquelle il est en train d’accéder : on le reconnaît de plus en plus souvent dans les rues de Montevideo, sur les vagues du littoral qu’il aime surfer ou au bord des terrains de foot où il entraîne les jeunes de son club. 

Allez, pour ajouter à tant de perfection, je dois aussi vous dire que notre homme a travaillé plusieurs années à l’Institut Pasteur de Paris, "la Mecque des maladies infectieuses" comme le décrit lui-même à La Diaria. Il aurait pu rester en France mais a fait le choix de revenir travailler dans son pays en sachant que ça allait probablement freiner sa carrière scientifique. C’est tout l’inverse qui s‘est passé, ça lui fait dire aujourd’hui "heureusement que je ne suis pas resté à Paris"… et on lui pardonne bien volontiers.

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