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Des talibans montent la garde à Kaboul le 16 août 2021.

Que risque la Chine après la prise du pouvoir des talibans en Afghanistan ?

6 min
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Pékin fait maintenant "face à la menace de l'instabilité à sa frontière" et craint un afflux de djihadistes dans la région.

Des talibans montent la garde à Kaboul le 16 août 2021.
Des talibans montent la garde à Kaboul le 16 août 2021. Crédits : WAKIL KOHSAR - AFP

Les Américains évacuent Kaboul dans la panique, Joe Biden est la cible de sévères critiques, "la rapide victoire talibane porte un coup à l'arrogance des États-Unis", se réjouit le Global Times, le journal du Parti communiste chinois en anglais. Pourtant, dans le même article, le quotidien temporise et indique que la Chine doit de son côté rester "prudente". Car comme l'écrit le Washington Post, Pékin fait maintenant "face à la menace de l'instabilité à sa frontière". Elle n'est pas bien longue cette frontière sino-afghane, à peine 70 km de montagnes presque infranchissables relève le journal japonais Nikkei Asia. Mais elle sépare désormais le régime islamiste des talibans de la région Xinjiang hautement sensible pour la Chine, où le Parti communiste chinois réprime brutalement plus de 10 millions de Ouïghours, majoritairement musulmans. Environ un million d'entre eux seraient internés dans des camps. Un programme concentrationnaire qui répond à la définition de "génocide" selon les États-Unis rappelle le Washington Post.    

Pékin est préoccupée par un hypothétique afflux de djihadistes dans la région explique Nikkei Asia, voire par une infiltration de militants au Xinjiang via une frontière plus longue et plus difficile à contrôler : celle avec le Tadjikistan, pays adjacent à l'Afghanistan. La diplomatie chinoise a exprimé ses craintes fin juillet, raconte le Washington Post "lorsque le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a accueilli de hauts responsables talibans" en Chine dont le co-fondateur du mouvement Abdul Ghani Baradar. "Lors de la réunion", rapporte le quotidien de la capitale américaine, "Wang Yi a exigé que les talibans rompent tout lien avec le Mouvement Islamique du Turkestan Oriental", une organisation djihadiste Ouïghour que Pékin accuse d'avoir mené plusieurs attaques sur son sol ces vingt dernières années. 

Cette chinoise n'est pas récente. Le Washington Post se souvient du rapport de Wang Yaning, professeur à l'Académie des forces de police armées chinoises, publié en 2002. Ce dernier s'inquiétait déjà de l'entraînement au combat par les talibans de plus de 400 "séparatistes" de la région du Xinjiang. Selon le journal américain, les responsables chinois sont effrayés par la perspective d'un Afghanistan redevenu un refuge pour les groupes djihadistes, dont le Mouvement islamique du Turkestan oriental. Mais ce risque est-il vraiment d'actualité ? Le Wall Street Journal se pose la question. N'est-ce qu'un prétexte utilisé par Pékin pour mener sa politique de "suppression des Ouïghours", s'interroge le quotidien new-yorkais. Dans ses colonnes, on lit que le Mouvement islamique du Turkestan oriental aurait disparu depuis le début des années 2000. Son dirigeant historique a été tué en 2003 par un drone au Pakistan. 

D'après le Wall Street Journal il n'existe quasiment pas de traces indiquant que des Ouïghours s'entraînent à l'étranger et retournent en Chine pour organiser des attaques. D'ailleurs l'année dernière les États-Unis ont radié le Mouvement islamique du Turkestan oriental de leur liste des organisations terroristes avançant "qu'il n'y avait aucune preuve crédible de son existence depuis plus d'une décennie".  Mais pour le chercheur Andrew Small, interrogé par Nikkei Asia, le djihadisme Ouïghours s'est réorganisé autour d'une autre structure, le Parti islamique du Turkestan, dont la plupart des cadres seraient bien originaires du Xinjiang, et dont plusieurs centaines de membres auraient combattu en Syrie au milieu des années 2010. Dans le Washington Post un autre chercheur, Haiyun Ma,  juge la menace "réelle" même si pour l'heure "aucune recherche fiable n'a été effectuée sur le nombre de militants islamistes Ouïghours en Asie centrale", et que les autorités chinoises ont intérêt à exagérer leur nombre. Le quotidien en veut pour preuve l'attentat suicide contre l'ambassade de Chine au Kirghizistan en 2016, ou encore les violences de ces dernières années contre des travailleurs et des intérêts chinois au Pakistan. 

Quoi qu'il en soit, écrit le Wall Street Journal, même si la Chine craint que la prise de pouvoir des talibans ne déstabilise la région, elle rechigne à s'engager dans ce contexte instable. "Les dirigeants chinois semblent hésiter à intervenir dans une situation politique volatile où ils ont peu d'expérience", relève le Wall Street Journal. Toute intervention militaire reste formellement exclue, la Chine ne veut pas que le piège afghan se referme sur elle, après avoir observé les revers subis par les Soviétiques, et les Américains. 

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