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Le président américain se présente en martyr, victime d’une « croisade »

Impeachment : Donald Trump aggrave son cas en tentant de se défendre

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Un long et colérique tweet de six pages : voilà comment la presse américaine qualifie la lettre adressée par Donald Trump mardi à la leader démocrate Nancy Pelosi, à la veille du vote à la Chambre des représentants. Aux Samoa, autopsie d'une épidémie de rougeole qui a tué 76 enfants.

Le président américain se présente en martyr, victime d’une « croisade »
Le président américain se présente en martyr, victime d’une « croisade » Crédits : SOPA Images - Getty

Depuis le temps qu'on en parle : c'est ce mercredi soir que la Chambre des représentants aux Etats-Unis doit voter la mise en accusation de Donald Trump dans la procédure en destitution qui  le vise. 

Et sauf énorme surprise, Donald Trump va devenir le troisième président dans l'histoire des Etats-Unis à devoir affronter un procès en impeachment devant le Sénat : ce sera là aussi sans surprise, au début de l'année qui vient, et à la fin Trump devrait être maintenu à son poste par la majorité républicaine chez les sénateurs. Sachant cela, Donald Trump aurait pu traiter toute cette procédure par le mépris ou l'indifférence, mais c'est tout l'inverse qu'il a fait, hier encore, en se fendant d'une lettre officielle rageuse adressée à la speaker démocrate de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi. Six pages décrites par le Los Angeles Times, comme un "réquisitoire irascible et injurieux" contre la procédure en impeachment.  "Une sorte de compilation de ses tweets les plus colériques, de ses sorties les plus incontrôlées et les plus malhonnêtes proférées en meeting".  

L'enquête en destitution y est décrite par le président comme une "croisade partisane et abusive" menée par les démocrates, une "guerre ouverte contre la démocratie américaine", une "tentative de coup d'Etat insensée et dangereuse" : rien de bien nouveau dans la formulation, mais un condensé de rage et mystifications, publié à la veille du vote au Congrès, qui fait sortir de sa réserve jusqu'au d'ordinaire très modéré Los Angeles Times. Dans son édito du jour, le deuxième quotidien le plus lu du pays explique donc que si, jusque-là, il s'était refusé à céder à l'hystérie de l'impeachment, parce qu'il craignait qu"il ne divise plus l'Amérique qu'il ne serve sa démocratie". Après avoir lu la lettre de Trump à Pelosi, la rédaction du journal s'exprime en faveur d'un procès en bonne et due forme, "dans la dignité et l'esprit de justice"... Bref, tout le contraire du "cirque d'auto-justification hasardeuse et de manipulation" qui caractérise le texte présidentiel.  

Cette fameuse lettre passionne l'ensemble de la presse américaine depuis hier soir : pour David A. Graham, sur le site du mensuel The Atlantic, ce courrier est la preuve qu'il ne sert à rien, comme on a cherché à le faire depuis 2016, de vouloir "dissocier Donald Trump l'auteur compulsifs de tweets à l'emporte-pièce, et le président dans l'exercice de sa fonction". En adressant avec en-tête de la présidence une lettre qui n'a rien à envier aux-dits tweets, Trump lui-même met en pièce ce "mythe des deux Trump" : quand il critique les démocrates pour soi-disant abuser de leurs pouvoirs à des fins partisanes, pour leur manque de respect des institutions démocratiques et de l'héritage des pères fondateurs, l'argument est difficilement recevable tant il peut être retourné contre le président. 

Cette lettre, commente Dana Milbank pour The Washington Post, c'est "comme si un homme accusé de trafic de stupéfiant essayait de vendre un sachet de cocaïne à ses jurés", à l'ouverture de son procès. En multipliant les affirmations de mauvaise foi dans sa défense, il confirme les soupçons contre lui, il "répète le crime" dont il est accusé. Alors face à tant de références pompeuses et hasardeuses au droit et à la Constitution américaine, la BBC a fait le choix de se tourner vers une spécialiste en la matière : la juge à la Cour suprême Ruth Bader Ginsberg. Elle n'est pas, loin s'en faut, dans le même camp politique que Donald Trump, et quand on lui demande ce qu'elle pense des arguments juridiques développés par le président pour contrer l'impeachment sur Twitter, elle répond avec un sourire narquois : "Trump n'est pas un avocat, il n'a aucune formation juridique". C'est laconique mais sans appel : par sa lettre hier encore Donald Trump a montré qu'il avait sa propre interprétation du droit américain, celle d'un pouvoir présidentiel qui ne souffre aucune contestation.  

C'est Politico qui insiste sur ce point, sous la plume de Natasha Bertrand : à plusieurs reprises dans sa lettre, le président invoque des "privilèges accordés à l'exécutif par la Constitution". Une manière pour lui de repousser l'accusation d'obstruction au travail de la commission d'enquête du congrès. Ce point-là fait débat chez les juristes et constitutionnalistes américains, tant il porte en lui une conception presqu'absolutiste du pouvoir présidentiel. C'est aussi cela, ce questionnement fondamental sur l'équilibre des pouvoirs dans la démocratie américaine, qui est en jeu dans cette procédure en destitution.

Retour à présent sur une épidémie qui continue de frapper l'archipel des Samoa. 

On est donc là en Océanie,  presqu'au milieu du Pacifique : les Samoa comptent les morts de cette épidémie de rougeole qui frappe les îles depuis deux mois. Dernier bilan publié, ce mercredi par la RNZ la radio publique néo-zélandaise : 76 morts dont la plupart sont des enfants de moins de 4 ans. Le gouvernement samoan vient de prolonger l'urgence sanitaire jusqu'à la fin du mois, signe que la maladie n'est pas encore maîtrisée. 

La rougeole tue donc massivement à l'autre bout du monde, alors une équipe de reporters du Guardian britannique s'est rendue sur place pour tenter d'expliquer une telle hécatombe. Le titre  de leur enquête publiée ce mercredi : "Ces bébés n'auraient pas du mourir". Où l'on comprend vite d'où est venue la faille dans le protocole de vaccination systématique des nouveaux-nés : en juillet 2018, deux bébés sont morts après une injection de vaccin anti-rougeole ; leur décès n'avait rien à voir avec le vaccin-même, il s'agissait d'une fausse manipulation des infirmières, mais ça on ne l'a appris que plus tard. Entre temps, l'affaire a fait beaucoup de bruit dans cette micro-société insulaire de 200 000 habitants ; les anti-vaccination s'en sont emparés, et fin 2018 il n'y avait plus que 31% de bébés vaccinés alors que selon l'OMS il faudrait un taux de vaccination de 95% pour exclure toute épidémie. 

Il a donc suffi de quelques mois d'interruption du protocole de santé publique, résume The Guardian, pour que la maladie se reconstitue chez les bébés samoans, et que l'épidémie se déclare. Après, ça a été le cercle vicieux, d'autant plus vicieux que c'est en se ruant dans les hopitaux et cliniques avec leurs enfants malades que les parents inquiets ont participé malgré eux à propager la maladie. 

A présent une nouvelle campagne de vaccination obligatoire a été lancée,  le pic épidémique semble passé, nous dit le Samoa Observer qui nous laisse sur une image glaçante : celle de dizaines de petits cercueils blancs qui viennent d'être acheminés sur l'archipel. Car forcément, il a fallu les importer de Nouvelle-Zélande pour faire face à cette demande soudaine et contre-nature.  Deux mois après le début de l'épidémie, le temps du deuil ne fait que commencer aux Samoa.
 

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