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Noursoultan Nazarbaïev et Vladimir Poutine en août 2018 à Aktau (Kakazhstan)

Démissionner pour mieux conserver le pouvoir : la dernière leçon du "professeur" kazakh Nazarbaïev

6 min
À retrouver dans l'émission

En annonçant sa démission mardi, le président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev garde le contrôle sur sa propre succession politique, une première en Ex-URSS qui pourrait inspirer Vladimir Poutine. En Italie, Matteo Salvini fait intercepter un nouveau navire humanitaire avec 48 migrants à bord.

Noursoultan Nazarbaïev et Vladimir Poutine en août 2018 à Aktau (Kakazhstan)
Noursoultan Nazarbaïev et Vladimir Poutine en août 2018 à Aktau (Kakazhstan) Crédits : Alexey NIKOLSKY - AFP

Comment quitter le pouvoir quand on a dirigé son pays sans partage pendant des décennies ? 

La question est d'actualité, à travers le monde : on pense à la Russie de Vladimir Poutine, à l'Algérie d'Abdelaziz Bouteflika ou à la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Autant de pays où l'on scrute de près ce qui est en train de se passer au Kazakhstan. 

Le Kazakhstan, c'est ce grand pays d'Asie centrale ex-soviétique sur lequel a régné, depuis l'indépendance en 1991, un seul homme : Noursoultan Nazarbaïev. L'ancien ancien chef du parti communiste local devenu président est au pouvoir depuis 29 ans, et hier il a annoncé à la chaîne de télévision nationale Khabar TV, qu'il quitte ses fonctions à effet immédiat. 

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Cette démission du "dernier des grands autocrates de l'ère post-soviétique", comme le décrit CNN, n'a pas franchement surpris, à vrai dire, ceux qui suivent de près la politique dans cette région du monde qui vit dans la sphère d'influence russe. A Moscou, le site d'analyse Rosbalt n'est pas étonné par le fait que Nazabaïev, que l'on sait malade et âgé de 78 ans, s'efface... pour mieux organiser sa succession politique.

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"Depuis un an déjà, les Kazakhs s'attendaient à des élections anticipées" où on leur désignerait un héritier à élire. Il y a un an justement, rappelle Rosbalt, Nazarbaïev limogeait tout son gouvernement, lui reprochant de mauvais résultats économiques, dans un pays à qui la manne gazière et pétrolière a permis (c'est assez rare dans la région pour être remarqué) l’émergence d'une vraie classe moyenne. L'année dernière enfin, nous rappelle la radio kazakhe financée par les Américains Azattyq, le vieux président kazakh se faisait "nommer à vie à la tête du Conseil de sécurité" de son pays. C'était clairement une manière de rester aux commandes du Kazakhstan, même le jour où il quitterait le palais présidentiel. 

Ce jour est donc arrivé, mardi, et l'on a mieux compris que la démission de Nazarbaïev n'est qu'un trompe-l’œil : au-delà du Conseil de Sécurité, il conserve également, et jusqu'à sa mort, le statut honorifique de "Père de la Nation" ; il garde aussi la main sur le parti présidentiel Nour Otan, un quasi- parti unique. 

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En fait, écrit l'éditorialiste Léonid Bershidsky pour Bloomberg, Noursoultan Nazarbaïev montre à son vieil ami et allié russe Vladimir Poutine, "comment rester au pouvoir"tout en le quittant. "Jusque là, poursuit Bershidsky, les présidents d'ex-URSS ne démissionnaient pas : ils mourraient en fonction, comme l'ouzbèke Karimov ou le turkmène Niavov, en laissant derrière eux des régimes aux allures d'anciennes monarchies orientales ; ou bien ils étaient chassés du pouvoir par le peuple révolutionnaire, comme les kirghizes Akaev et Bakiev." 

Noursoultan Nazarbaïev, lui, inaugure une autre manière de gérer sa propre succession.

Une manière pas forcément plus démocratique, mais en tous cas un modèle de transition progressif salué par la Radio Azattyq. Laquelle nous explique que  l'intérêt pour le président c'est que sa famille sera protégée après sa mort, elle qui s'est appropriée au cours des trois dernières décennies l'essentiel des richesses du pays. Et rien que ça, ça pourrait donner des idées à d'autres autocrates qui ont les mêmes problématiques de succession à travers la planète.  

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A commencer donc par Vladimir Poutine, pour qui la question de l'après-2024 commence à se poser très sérieusement dans les coulisses du pouvoir russe. Léonid Bershidsky dans son analyse pour Bloomberg rappelle que le Kazazh Nazarbayev a toujours été vu comme un "professeur", par Poutine. Sa dernière leçon pourrait donc être celle-ci : "comment quitter le pouvoir sans le quitter vraiment, et sans laisser un grand vide derrière soi".

En Italie, le vice-président du Conseil Matteo Salvini est à nouveau accusé d'avoir fait séquestrer des migrants à bord d'un navire humanitaire.   

Cette fois le bateau s'appelle le Mare Ionio, et il a été arraisonné par les gardes-côtes italiens hier sur ordre du ministre de l'intérieur Salvini, alors que son équipage et les 48 migrants secourus au large de la Libye demandaient à pouvoir débarquer en urgence sur l'île de Lampedusa. 

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Dans une vidéo publiée par La Repubblica, on entend l'ordre donné au commandant du Mare Ionio de  couper les moteurs, et l'interdiction de s'approcher des côtes italiennes. "Ni l'équipage ni les migrants ne poseront un pied en Italie", vociférait, au même moment, un Matteo Salvini qui exhibait pour soutenir ses ordres une soi-disant directive qu'il venait de signer et qui criminalise les ONG d'aide aux migrants accusées de "menacer la sécurité du pays en favorisant l'entrée d'immigrés clandestins sur le territoire national". 

Pendant de longues heures mardi les douaniers ont escorté le navire et l'on empêché d'accoster, officiellemnt pour mener des vérifications à bord. Le Mare Ionio a ensuite pu débarquer ses passagers à Lampedusa, contredisant la parole du ministre, lequel a depuis ordonné "que soient arrêtés les responsables".

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Mais déjà cette nouvelle affaire, cette nouvelle démonstration d'intransigeance, de la part de l'extrémiste de droite Salvini en matière d'immigration, elle en rappelle une autre à La Stampa : la mise en quarantaine, en août dernier en Sicile, du Diciotti, un autre navire humanitaire bloqué 5 jours à quai.  Ce mercredi, justement, le Sénat italien doit dire s'il autorise ou non la levée de l'immunité parlementaire de Salvini, qui pourrait être jugé dans ce dossier Diciotti pour "abus de pouvoir" et "séquestration". 

Il y a peu de chance que le Mouvement 5 Etoiles lâche son allié de gouvernement dans cette affaire et vote la levée de l'immunité : Matteo Salvini semble donc hors de danger cette fois-ci, et son nouveau coup d'éclat avec le Mare Ionio illustre bien, selon La Stampa, l'impunité provocatrice dont joue l'homme fort de la Lega et du gouvernement italien. 

A ce propos, dans Il Fatto Quotidiano, la sociologue et juriste Isis Gjergji signe une analyse particulièrement virulente :  elle y examine le pouvoir "autoritaire-populiste" que Salvini installe en Italie, à la lumière de ce que le politologue Ernst Fraenkel écrivait en 1941 sur le régime politique nazi : cet "Etat dual", où la façade démocratique est assurée par le maintien d'un "Etat normatif", mais où se développe, en arrière-plan et souvent contre l'Etat normatif, un "Etat discrétionnaire" qui crée ses propres règles et pratiques autoritaires et liberticides.  

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En signant lundi sa "directive" contre les ONG d'aide aux migrants, Salvini consolide un peu plus son Etat discrétionnaire à lui, écrit Isis Gjergji. Mais la directive, précise la juriste, n'est en fait qu'une circulaire qui n'a pas valeur de loi et ne doit pas être appliquée par les fonctionnaires italiens car elle contredit l'esprit des vraies lois du pays. 

En fait conclut Gjergji, "à l'heure de l'hypermodernité Salvini ajoute un troisième Etat à l'Etat dual de Fraenkel : l'Etat réseau social" ou Etat des médias de masse", celui qui permet de communiquer l'arbitraire de ses règles au plus grand nombre pour en asseoir l'illusion juridique.

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