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Le futur Kanal Istanbul permettra d'accueillir une bonne partie du trafic maritime du Bosphore

En Turquie, le débat fait toujours rage autour du grand projet de canal d'Istanbul

6 min
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Alors que les travaux doivent démarrer en juin, le Canal d'Istanbul continue d'animer les débats entre le pouvoir et l'opposition. Un rêve "fou", qui aura potentiellement des conséquences néfastes pour la région, mais qui rendra le pays plus fort sur la scène internationale.

Le futur Kanal Istanbul permettra d'accueillir une bonne partie du trafic maritime du Bosphore
Le futur Kanal Istanbul permettra d'accueillir une bonne partie du trafic maritime du Bosphore Crédits : Metin Pala - AFP

C'est un vieux projet, rappelle le site du quotidien Takvim, qualifié de "fou" par le président Recep Tayip Erdogan, ce qui ne l'empêche pas de le porter à bout de bras. Son nom : Kanal Istambul. Il s'agit de la construction d'un canal maritime entre la mer Noire et la mer de Marmara, reliant ainsi la mer Noire à la mer Méditerranée, un chemin parallèle et à seulement quelques kilomètres du détroit du Bosphore, où se trouve la capitale économique du pays, Istanbul. Pour le président turc et les journaux proches du pouvoir, ce projet est le plus grand et le plus ambitieux de l'histoire de la République. Ce qui n'est pas totalement faux d'un point de vue architectural, puisqu'il va falloir creuser sur une distance de 45km une voie de 300m de large et créer des infrastructures industrielles, commerciales, routières et d'habitation tout le long. 

Tout cela a fatalement un impact sur la faune, la flore, l'environnement et les alentours. Mais si l'on en croit le quotidien Sabah, absolument pas. Le journal dévoile les éléments du dernier rapport du ministère de l'Environnement et de l'Urbanisme. Le projet est l'un des projets de transformation les plus respectueux de l'environnement au monde, peut-on lire, plus de la moitié des aménagements étant consacrés aux espaces verts, aux sentiers pédestres et cyclables, aux jardins publics et aux couloirs écologiques. C'est également le plus grand projet de ville intelligente au monde, nous dit sans retenue le journal, avec des dizaines de centres de recherche et développement, des universités, un haut-lieu d'industries technologiques. Toutes les critiques, tempête le journal, ne sont que des mensonges, relayés notamment par l'opposition au président Erdogan. Le rapport balaye les craintes pour la destruction de la biodiversité, la problématique de l'approvisionnement en eau de toute la région d'Istanbul et enfin, le risque de bâtir à proximité d'une faille active et de déclencher des tremblements de terre. En revanche, le nouveau canal amènera tranquillité au détroit du Bosphore, lieu de passage saturé, où les accidents et opérations de secours sont réguliers. 

Le plus critique est le maire d'Istanbul

Ekrem İmamoğlu est membre du premier parti d'opposition, le Parti républicain du peuple. Pour lui, rapporte Deutsche Welle (la radio internationale allemande), il ne s'agit pas d'un projet d'état, mais d'un projet électoral qui renforce le président turc et d'un projet d'argent, qui doit coûter 80 milliards de dollars à construire, mais doit également rapporter beaucoup, avec la création de dizaines de milliers d'emplois. Voila qui ferait un beau bilan social pour le chef de l'Etat. Et puis, le Détroit du Bosphore, précise le Frankfurter Allgemeine Zeitung, est une voie de navigation internationale gratuite au milieu des eaux territoriales turques, réglementée par la Convention de Montreux datant de 1936. Mais ce ne sera pas le cas du Kanal Istanbul, avec à la clé donc, de possibles belles rentrées d'argent. Ce fut justement l'objet de critiques, il y a quelques jours, de plusieurs amiraux turcs retraités. Une prise de parole récompensée par une colère noire de Recep Tayip Erdogan, et d'une arrestation par la police. 

Enfin, au-delà de l'aspect économique, qui n'est pas négligeable... Il y a une dimension géopolitique majeure, comme le souligne le quotidien israélien Haaretz, si le rêve du président turc se réalise - et il devrait se réaliser puisque les premiers travaux doivent en théorie démarrer en juin - il pourrait bouleverser la région, renforcer sa position internationale. Au grand dam de la Russie, la Turquie pourrait enfin décider par elle-même, le trafic autorisé sur cette voie de navigation qui conduit à la mer Noire. Le passage de navires militaires américains par exemple, en échange de faveurs de la Maison Blanche. 

Sans surprise, le procès Chauvin fait ce matin la une des journaux du monde entier 

Avec un titre qui revient sans cesse : Derek Chauvin, déclaré coupable du meurtre de George Floyd. Pour compléter, il y a les images que je vous invite à regarder, celles des foules massées dans les rues sont à retrouver en photos sur le site du grand quotidien de l'Etat, le Star Tribune. Le soulagement, les sourires, les pleurs... Comme ceux de Darnella Frazier, dans le Guardian, cette jeune fille de 18 ans, qui le 25 mai 2020, se tenant toute proche de George Floyd quand il est mort, a sorti son téléphone pour filmer les 9 minutes et 25 secondes qui lui ont été fatales. Mais une fois passées ces réactions à chaud, les analystes dans la presse se projettent rapidement dans l'avenir. Justice a été rendue, constate USA Today, mais il aura fallu une montagne de preuves accablantes pour qu'enfin, un jury décide de condamner un policier. Et ces preuves ne seront pas toujours réunies dans le futur, quand cela se reproduira. 

Ce verdict, poursuit ABC News, doit servir de point de départ à une réforme de la police. C'est ce que demandent depuis des années avocats et militants des droits civiques aux Etats-Unis. La condamnation de Derek Chauvin donne un nouveau challenge à Joe Biden : passer de "consoler in chief", qui passe des coups de téléphone à la famille Floyd, à réformateur en chef. Les jolis mots et l'empathie ne sont pas suffisants pour s'attaquer au racisme institutionnel. Il doit être, commente ABC, celui qui fera naître un consensus politique autour de ces sujets. Avec une opposition du camp Républicain qui ne manque pas une occasion de faire front au Sénat, ce ne sera en aucun cas facile, peut-on lire. Et il y a urgence, rappellent les journaux américains. Tous citaient ces derniers jours le dernier drame, le jeune Daunte Wright tué par une policière à quelques kilomètres de Minneapolis, et dont les funérailles auront lieu demain. Un autre drame vient ternir ce matin les unes des sites d'informations. Au moment même où le verdict contre Derek Chauvin était lu par le juge, Ma’Khia Bryant, une afro-américaine de 16 ans perdait la vie, à Columbus dans l'Ohio. Au milieu d'une dispute violente entre jeunes, elle aurait, selon ses proches, sorti un couteau pour se défendre. La police arrivée sur place, et croyant voir une menace, a ouvert le feu sur la jeune fille à quatre reprises.

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