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Procès Trump au sénat américain

"Obstruction" et "ennui", mots du jour au procès en destitution de Donald Trump

5 min
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La première journée d'audience au procès en destitution du président Trump a vu les sénateurs républicains contrer en bloc les tentatives démocrates d'obtenir la comparution de témoins et la citation de documents retenus par la Maison Blanche. En Floride, alerte météo aux chutes d'iguanes.

Procès Trump au sénat américain
Procès Trump au sénat américain Crédits : CONSOLIDATED NEWS PHOTOS / US SENATE TELEVISION / DPA PICTURE-ALLIANCE - AFP

La première journée du procès en destitution de Donald Trump a joué les prolongations.   

Il est une heure et demi du matin à Washington, l'audience dure depuis plus de 12 heures, et la dernière fois que j'ai regardé elle n'était toujours pas terminée... (mise à jour : elle s'est achevée quelque sminutes après la diffusion de cette chronique).

Comme on s'y attendait, républicains et démocrates s'y livrent à une joute, une bagarre procédurière nous dit même le Washington Post, sur les modalités-même de ce procès "historique" (on le rappelle : c'est le troisième seulement dans l'histoire des Etats-Unis, et Donald Trump y est mis en accusation pour abus de pouvoir et obstruction au travail du Congrès). 

Tout de même, selon ce qu'en retient le New York Times, cette première journée préfigure plutôt bien ce que va être tout ce procès, un affrontement bloc contre bloc, des accusateurs démocrates qui livrent bataille pied à pied pour obtenir un vrai procès : ils ont déposé une douzaine d'amendements pour obtenir l'accès aux documents que la Maison Blanche et les administrations gouvernementales veulent garder secrets et qui selon eux prouveraient les malversations du président, mais aussi pour faire témoigner des proches collaborateurs de Trump devant le Sénat ; en face, des républicains qui font bloc autour des avocats de Donald Trump : ils ont ce mardi rejeté systématiquement les amendements déposés par les démocrates par 53 voix, soit sans qu'aucun sénateur républicain ne fasse défection à ce stade (mise à jour : sur un des derniers vote une voix républicaine a manqué).  

On a déja dit ici que la procédure de destitution n'avait quasiment aucune chance d'aboutir, à moins que des sénateurs républicains ne votent contre leur président. C'est donc cette éventualité qui est tout particulièrement scrutée par les commentateurs du procès comme Aaron Blake du Washington Post : selon lui, les audiences comme celle d'hier soir ne sont que "de l'apparat, des fioritures pour habiller le vrai enjeu", à savoir la position que vont adopter quelques sénateurs républicains dont on sait qu'ils pourraient être tentés de sortir du rang et voter contre la consigne de leur parti qui consiste clairement à empêcher un réel procès.   

Ils ne sont pas nombreux, mais par exemple Aaron Blake cite Mitt Romney, (que l'on connait car il a été candidat à la présidentielle contre Barack obama en 2012 ). Romney, sénateur de l'Utah, ou encore Susan Collins, élue dans le Maine, sont vus comme des modérés au sein du parti républicain, attachés au respect de la Constitution et la Vérité. Ils pourraient, c'est en tous cas ce qu'espèrent encore les démocrates, voter en leur âme et conscience pour autoriser notamment la citation comme témoins d'anciens collaborateurs de Donald Trump ou la révélation de documents cachés par la Maison Blanche (mise à jour : Susan Collins a effectivement voté en faveur du 10e amendement démocrate qui était purement formel). Leur moindres déclarations sont donc analysées par les crhoniqueurs politiques et le moins que l'on puisse dire c'est qu'en cette première journée, ils ont (quasiement) voté le doigt sur la couture du pantalon. The Daily Beast note tout de même qu'ils ont réussi à forcer le chef des républicains au sénat Mitch McConnel à assouplir les règles très strictes qu'ils voulaient poser pour ce procès : il voulait boucler les plaidoiries des avocats en deux jours mais il a finalement consenti à les faire courir sur trois journées...  

Clairement, ce n'est pas ça qui va faire basculer le Sénat en faveur d'une destitution. En tous cas, en attendant un improbable coup de théâtre, un mot domine les analyses c'est celui... d'ennui. Ennui des spectateurs, mais surtout des 100 sénateurs qui, nous rappelle Politico, sont tous tenus par la Constitution d'assister aux séances dans leur intégralité avant de voter, et d'y assister qui plus est dans le silence, sans même pouvoir boire un café ou pire encore sans pouvoir consulter leurs téléphones portables qu'ils laissent dans des casiers à l'entrée de la salle.  Les journalistes de Politico remarquent d'ailleurs à quel point ce calme obligatoire dans l'hémicycle tranche avec l'agitation partisane qui avait consumé les débats à la chambre des représentants à la fin de l'année dernière. 

On ne va pas se mentir, plusieurs sénateurs ont été pris par les caméras en flagrant-délit de somnolence hier soir ; la succession interminable des avocats et de leurs arguties judiciaires à la barre a beau être un moment "historique" de la démocratie américaine... il faut croire que l'histoire en marche c'est parfois profondément ennuyant, surtout quand un camp mène une obstruction forcenée. 

Et s'il y a des sénateurs pour qui cet ennui forcé est encore plus difficile à vivre, note enfin The Daily Beast, ce sont les 4 qui disputent en ce moment la primaire du parti démocrate en vue de la prochaine présidentielle. Amy Klobuchar, Elizabeth Warren, Bernie Sanders et Michael Bennetdevraient être en train de multiplier les meetings à travers l'Etat d'Iowa où se tiendront dans deux semaines les premiers caucus.. mais ils sont donc retenus sur leur siège au sénat pour deux bonnes semaines. 

Dans ce sprint final, le plus important c'est de rencontrer un maximum d'électeurs, d'aller chercher les voix une à une... d'autant que les sondages donnent les 5 favoris au coude-à-coude.  S'il y en qui s'en frottent les mains, vous l'aurez deviné, ce sont Joe Biden et Pete Buttigieg : eux ne sont pas sénateurs, et ils ont élu domicile dans l'Iowa pour leux deux semaines à venir !

Un mot de météo pour terminer...

En l'occurence on regarde le temps prévu pour aujourd'hui en Floride, avec  un coup de froid annoncé sur le sud de la péninsule : selon l'agence météorlogique nationale... il fait autour de 4 à 10 degrés cette nuit là-bas et les prévisions officielles alertent donc, très sérieusement, sur un risque important de chute... d'iguanes. 

Sur CNN, on nous explique que les iguanes ont tendance à se figer, en-dessous de dix degrés, à devenir "catatoniques" selon le terme repris par plusieurs médias floridiens... et donc les reptiles tombent littéralement des arbres où ils vivent. En passant la chaîne télé locale NBC 6 Miami nous apprend que les iguanes verts sont considérés comme une espèce invasive qui prolifère dangereusement en Floride depuis quelques années, et que la ville de West Palm Beach est obligée de chasser ce qui lui coûte près de deux millions de dollars chaque année. 

Bref, il pleut des iguanes cette nuit en Floride... la nouvelle amuse beaucoup la presse internationale ces dernières heures... A priori la France est épargnée par ce phénomène météo, mais je vous livre tout de même les conseils de CNN si vous d'aventure trouviez un iguane gelé sur votre pelouse ce matin : attention il peut sembler mort mais il est bien vivant, et il peut être agressif au réveil ; alors ne le touchez pas et laissez-le se réchauffer au soleil. Oui parce qu'il va faire beau en Floride ce mercredi, enfin entre les averses d'iguanes !

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