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Le président chilien Sebastian Piñera

Appel à la grève générale au Chili malgré les concessions et remords du président Piñera

6 min
À retrouver dans l'émission

Confronté depuis 5 jours à une intense révolte sociale, le président chilien demande pardon et annonce une série de mesures sociales... sans convaincre les syndicats qui appellent à deux jours de grève générale. La Russie comme arbitre du conflit entre Ethiopie et Egypte sur le cours du Nil ?

Le président chilien Sebastian Piñera
Le président chilien Sebastian Piñera Crédits : HO / Chilean Presidency - AFP

Après cinq jours de révolte sociale violemment réprimée au Chili, le président Sebastian Piñera reconnait qu'il  n'a pas su entendre la colère légitime des Chiliens.

Le changement de discours est radical, pour le milliardaire et chef d'Etat de droite dont les manifestants réclament depuis presqu'une semaine déjà la démission pure et simple. 

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Le week-end dernier encore, nous rappelle El Pais, Sébastian Piñera diabolisait ces manifestants qui selon lui "ne respectent rien ni personne, et sont prêts à faire usage de la violence et de la délinquance sans aucune limite" ; il déclarait que "Le Chili est en guerre contre une ennemi implacable", envoyait l'armée contre les fauteurs de trouble, décrétait état d'urgence et couvre-feu. 

C'est un tout autre homme qui est apparu hier soir à la télévision publique, et que la presse chilienne commente largement ce matin : pour la radio Cooperativa, Piniéra a surtout voulu parâitre à l'écoute des préoccupations sociales des Chiliens, allant même jusqu'à demander pardon pour y être resté sourd jusque-là :

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Sebastian Piñera demande pardon à ses compatriotes "pour ne pas avoir vu, pendant des années,  ces inégalités et ces abus criants qui ont poussé des millions de Chiliens à exprimer leur colère spontanée et authentique. Nous avons écouté la voix du peuple qui a exprimé pacifiquement ses problèmes et son aspiration à une vie meilleure" a même déclaré un peu plus tard le président... clairement radouci.

Il aura donc fallu cinq jours, et 15 morts, pour que Sebastian Piñera reconnaisse la légitimité de cette révolte... et tente d'y répondre.   Il le fait en annonçant un "nouvel agenda social" détaillé par le quotidien La Nacion : 20 mesures fortes parmi lesquelles l'augmentation des pensions de retraite les plus basses, un nouvel impôt pour les plus riches, le renforcement de la sécurité sociale et de l'assurance maladie, l'instauration d'un salaire minimum garanti à 430 euros, le gel des tarifs de l'électricité, etc. 

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En bref, résume El Dia de Coquimbo, tout l'inverse de l'orthodoxie néo-libérale que les gouvernements successifs au Chili ont imposé depuis des décennies à la population, et que cette dernière dénonce dans la rue depuis 5 jours. Pour autant la crise sociale ne semble pas terminée au Chili : les foules à travers tout le pays réclame le départ du président Piñera, sa démission comme marqueur d'un véritable changement de cap politique et économique. 

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D'ailleurs, El Pais America nous confirme que l'appel à la grève générale, lancé par une alliance historique d'une vingtaine de syndicats chiliens, est bien maintenu pour aujourd'hui et demain, malgré les concessions faites par le chef de l'Etat. Le mot d'ordre reste d'actualité, puisqu'il s'agit du rappel des militaires déployés face aux manifestants et de la révocation de l'état d'urgence, autant de mesures répressives du mouvement social auxquelles Sebastian Piñera n'a pas renoncé mardi soir. 

Une question à présent : la Russie est-elle vraiment le nouvel arbitre, voire le nouveau gendarme de la planète ? 

La question passionne et divise géopoliticiens et éditorialistes dans la presse étrangère, à propos de cet accord trouvé hier entre Vladimir Poutine et le Turc Recep Tayiip Erdogan sur le Nord-Syrie, avec ces patrouilles russo-turques qui vont se charger de "pacifier", c'est ce qu'on nous explique, la zone dont les Kurdes ont désormais été chassés. 

Poutine et la Russie en première ligne également sur les dossiers africains : ça, ça se passe aujourd'hui et demain, à Sotchi, avec le Sommet Russie-Afrique qui va mettre en scène l'omniprésence des Russes sur ce continent. Et ça tombe bien, puisqu'il ya un conflit régional sur lequel Vladimir Poutine va pouvoir étrenner son nouveau costume de faiseur de paix : 

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L'Egypte, nous dit l'agence d'Etat russe Ria Novosti, implore une médiation russe face à l'Ethiopie et son chantier pharaonique du Grand barrage de la Renaissance. Ce barrage hydroélectrique, en construction sur le cours supérieur du Nil Bleu alimente des tensions très vives entre Addis-Abeba et Le Caire. Les Egyptiens craignent qu'une fois la retenue d'eau mise en service (c'est prévu pour 2021), les Ethiopiens contrôlent seuls le débit du grand fleuve sans se soucier des pays qui se trouvent en aval.  

Or la BBC nous rappelle que l'Egypte, pays désertique, est extrêmement dépendante de l'eau du Nil, pour donner à boire à ses habitants et  irriguer ses cultures concentrées autour du fleuve. Mais voilà, 85% des eaux du même fleuve prennent leur source en Ethiopie, voisin du sud qui grâce au barrage de la Renaissance espère pouvoir enfin donner accès à l'électricité à sa population qui en est privée à 70%. 

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Il faudrait donc que les deux voisins acceptent de discuter, de s'entendre pour gérer ensemble le cours du fleuve... mais ce n'est pas vraiment ce qui se passe pour le moment. Oon peut même dire, avec le Financial Times, que "la tension n'en finit pas de monter" entre les deux pays : l'Egypte exige d'avoir son mot à dire sur le remplissage du gigantesque réservoir du barrage, qui va se faire en fermant les vannes et donc potentiellement en tarissant le fleuve en aval... mais l'Ethiopie refuse toute implication egyptienne, accusant son voisin du nord de vouloir torpiller son chantier et par là-même tout son développement économique. 

Et c'est là qu'intervient un personnage dont on a beaucoup parlé la semaine dernière : le premier ministre de l'Ehtiopie, Abiy Ahmed (vous savez, il vient de recevoir le prix nobel de la Paix entre autres pour avoir orchestré la réconciliation de son pays avec l'Erythrée). Mais sur le dossier du grand Barrage, il est beaucoup moins conciliant : "aucune force ne nous empêchera de construire notre barrage", dit-il à la BBC, comme une menace à l'Egypte ; en clair, s'il faut aller à l'affrontement, nous y irons ... l'Académie Nobel appréciera. 

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Aujourd'hui donc, Abiy Ahmed et Abdel-Fattah Al Sissi, le président égyptien, doivent se voir à Sotchi en marge du sommet Russie-Afrique. Le Caire, on l'a dit, a demandé au Kremlin de jouer les médiateurs. "Le sort de 245 millions d'habitants de la vallée du Nil en dépend", selon le ministre égyptien des Affaires étrangères cité par Ria Novosti. Voilà donc qui pourrait donner à Vladimir Poutine l'occasion de jouer les réconciliateurs... et ça tombe bien, note le quotidien économique Vesti à Moscou, le président russe veut justement discuter avec l'Ethiopie du remboursement de sa dette. Ilévoque un effacement pur et simple, à condition bien sûr qu'Addis-Abeba renforce sa  coopération économique avec la Russie : une monnaie d'échange toute trouvée pour tenter de faire entendre raison à l'Ethiopie sur la question du grand Barrage.

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