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"Le machisme tue plus que le coronavirus", à Madrid le 8 mars 2020

COVID-19 : la justice espagnole s'interroge sur le maintien du 8 Mars à Madrid

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Une juge espagnolemet en cause des responsables politiques et le gouvernement socialiste pour leur possible responsabilité dans la mise en danger des 120 000 personnes, lors des défilés du 8 Mars à Madrid. Aux Etats-Unis, comment mener collectivement le deuil des victimes de la pandémie?

"Le machisme tue plus que le coronavirus", à Madrid le 8 mars 2020
"Le machisme tue plus que le coronavirus", à Madrid le 8 mars 2020 Crédits : Julia Galan - AFP

Une date déchaîne les passions politiques depuis deux jours dans la presse espagnole.

Cette date, c'est celle du 8 mars 2020, journée internationale des droits des femmes : El Pais se charge de nous rappeler que Madrid avait vu défiler ce jour-là pas moins de 120 000 manifestantes et manifestants, dont on sait aujourd'hui que "leur santé a été gravement mise en danger", au moment où le coronavirus avait déjà contaminé plus de 1500 personnes en Espagne et fait une trentaine de morts. Six jours plus tard seulement, le gouvernement de Pedro Sanchez allait décrêter l'état d'urgence... dont le pays n'est toujours pas sorti.

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Ces défilés du 8 mars et des jours suivants auraient-ils du être annulés, interdits par les autorités de la ville et le gouvernement fédéral ? Voilà la question que se posent, à posteriori, tous les médias espagnols depuis le début de la semaine, depuis que la juge Carmen Rodriguez Medel a lancé des poursuites contre plusieurs décideurs politiques : elle a en particulier annoncé la mise en examen du délégué du gouvernement auprès de la Commune autonome de Madrid, José Manuel Franco. Et comme celui-ci n'est autre que le premier dirigeant du parti socialiste dans la capitale, forcément l'affaire commence à faire beaucoup de bruit à et à éclabousser le gouvernement dirigé, on le rappelle, par les socialistes.  

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Ce même gouvernement donne l'impression d'attiser la polémique en tentant maladroitement de l'éteindre : pour preuve, la destitution, annoncée par le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, d'un des plus hauts responsables de la Guardia Civil espagnole, Diego Perez de los Cobos. Il dirigeait jusqu'à lundi la section de police judiciaire de la garde civile madrilène, et c'est son service qui a rédigé le rapport d'enquête qui a permis à la juge Rodriguez Medel de lancer cette procédure sur le 8 mars.

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La presse de droite, à commencer par El Mundo, voit dans ce limogeage fracassant une punition pour avoir osé invoquer la responsabilité du gouvernement et critiquer sa gestion du début de la crise sanitaire. L'entourage du colonel de los Cobos, cité par El Pais, affirme qu'il a été harcelé de coups de téléphones et de pressions ces derniers jours pour que son rapport épargne les autorités centrales. Le ministre Marlaska a eu beau répêter hier devant les journalistes d'El Periodico que ce départ n'avait "rien à voir avec les investigations sur le 8 mars", personne n'y croit vraiment de l'autre côté des Pyrénées, et la crise couve désormais ouvertement entre le puissant corps militaire qu'est la Guardia Civile et le gouvernement Sanchez.

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L'opposition de droite s'engouffre dans cette crise pour s'en prendre elle aussi au gouvernement: il suffit de lire les éditos du jour d'ABC et d'El Mundo pour s'en convaincre. Les deux exigent la démission du ministre de l'Intérieur Marlaska accusé d'avoir commis une faute grave en destituant le colonel de los Cobos pour de sombres raisons politiciennes. 

El Pais est plus indulgent et remet en cause la véracité du rapport accablant sur la responsabilité du gouvernement, le rapport qu'elle juge biaisé et trop à charge. Selon le quotidien madrilène les ministères n'avaient pas été informés avant le soir du 8 mars de la gravité de la crise sanitaire encore naissante dans la capitale. Dans un autre article, le même journal nous dit que la plupart des épidémiologistes espagnols s'accordent à dire que ces manifestations du 8 mars n'ont joué qu'un rôle "marginal" dans la propagation du coronavirus. 

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El Pais enfin dans son éditorial en date de ce 27 mai, met aussi en garde contre une "dérive dangereuse" selon lui, celle qui consiste à "vouloir faire de la politique dans les tribunaux". Faut-il demander aux juges de dire, à posteriori, si nos dirigeants ont pris les bonnes décisions au bon moment ? "Tout ce qui peut en ressortir, c'est un discrédit complet du pouvoir exécutif, avec tous les risques démocratiques" que l'on voir déjà à l'oeuvre dans de nombreux pays du globe.

Dans ce contexte politico-judiciaire pas vraiment apaisé, l'Espagne entame ce mercredi un deuil national de dix jours en mémoire des victimes de la pandémie.

… Et c'est l'un des très rares pays pour le moment à décrêter un tel deuil national, comme le fait remarquer The Guardian. Et au moment où le nombre de morts de la Covid-19 atteint 350 000 à travers le monde, c'est vrai qu'il y a pas mal de pays où les médias s'interrogent sur la manière de mener collectivement un tel deuil.

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C'est particulièrement vrai aux Etats-Unis : aujourd'hui ou demain c'est le cap des 100 000 morts qui va être franchi là-bas, et comme le constate The Boston Globe, la somme des deuils individuels, si durs soient-ils à mener dans le contexte actuel, ne constitue pas à elle seule une démarche collective de deuil. Alors oui, nous dit le quotidien de Nouvelle-Angleterre, "l'Amérique a besoin d'une journée au moins de deuil national pour mesurer l'ampleur des pertes de cette pandémie ; sans cela, nous ne pourrons pas nous en relever en tant que nation".  

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Cette démarche, elle devrait être initiée par le gouvernement fédéral, mais Donald Trump semble très réticent à l'idée de marquer ce deuil national : le week-end dernier il a surtout été très critiqué pour avoir consacré l'essentiel de ses journées à jouer au golf, pendant que des millions d'Américains profitaient du Mémorial Day (le jour du souvenir des combattants morts pour le drapeau) pour marquer à leur manière la mémoire des disparus de la Covid-19.

Pourtant, écrit Craig Timberg dans The Washington Post, le deuil collectif est nécessaire pour "remettre du sens, de l'humain, dans le terrible décompte quotidien du nombre de victimes".  

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A l'initiative de Donald Trump, "l'Amérique a célébré ses héros, soignants et autres, en première ligne contre la pandémie. Mais pourquoi tant de réticence à honorer les morts ?" s'interroge le journaliste du Post. Certainement pour ne pas devoir accepter l'ampleur également des échecs de la gestion de cette crise par le pouvoir politique.

Et si (comme la question se pose en Espagne) Donald Trump ne devrait pas avoir à répondre de sa responsabilité devant un tribunal, il aura à le faire face aux électeurs américains, lors de la présidentielle de novembre prochain.

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