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Le général algérien chef d'Etat-major Ahmed Gaid-Salah en 2012

L'armée reprend l'initiative en Algérie mais ne convainc pas la rue

5 min
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Le chef d'Etat-major algérien a surpris, en proposant que soit lancée une procédure d'empêchement du président Bouteflika, mais les leaders du soulèvement populaire restent méfiants. La réforme du droit d'auteur approuvée au Parlement Européen ; les GIFs et les memes sont sauvés !

Le général algérien chef d'Etat-major Ahmed Gaid-Salah en 2012
Le général algérien chef d'Etat-major Ahmed Gaid-Salah en 2012 Crédits : BILLAL BENSALEM - AFP

L'armée va-t-'elle sauver la démocratie en Algérie? L'opposition et la rue ne semblent pas vraiment prêtes à s'en remettre aux militaires. 

Et pourtant hier c'est bien le chef d'Etat-major de l'armée algérienne, le général Ahmed Gaid Salah qui a repris l'initiative, en proposant le déclenchement d'une procédure d'empêchement du président Bouteflika. Et je dis bien "en proposant", car, comme le rappelle Tout sur l'Algérie, l'armée algérienne a beau avoir énormément de pouvoirs, l'article 102 de la Constitution, celui qui prévoit que pourra être reconnue la vacance du pouvoir avec organisation d'élections présidentielles sous trois ou quatre mois, cet article 102 ne peut être déclenché que par le Conseil constitutionnel. 

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Or, c'est le site Algérie Part qui nous le confirme : malgré les rumeurs qui ont circulé, aucune réunion ne s'est tenue hier soir chez les Sages d'Alger. Pour Maghreb Emergent, qui s'en remet à une lecture stricte de l'Article 102, la balle est donc toujours dans le camp présidentiel, et l'entourage d'Abdelaziz Bouteflika, qui a clairement été pris de court par le général Gaid Salah, peut théoriquement lancer une contre-offensive  en relevant de ses fonctions le chef d'Etat-major. Mais cette option est compliquée à mettre en oeuvre, et improbable, toujours selon Maghreb Emergent.  

Tout sur l'Algérie prend donc les paris sur la suite des événements, affirmant, avec l'avocat spécialiste des droits de l'homme Farouk Ksentini, que "le Conseil Constitutionnel va sans doute se réunir pour appliquer l'Article 102". 

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Dans El Watan, toutefois, un autre avocat bien connu des Algériens, Me Mostefa Bouchachi, ancien bâtonnier d'Alger et figure de proue de la contestation depuis un mois,  rejette en bloc l'initiative du général Gaid Salah. Pour lui, laisser la main sur la transition politique aux militaires et à leurs "frères" du système Bouteflika,, c'est "un danger pour le soulèvement populaire"; il accuse même le chef d’État-major de vouloir "avorter" la colère de la rue, en sacrifiant le soldat Bouteflika pour mieux sauver le système.  

Plus généralement, les réactions de l'opposition algérienne que l'on peut lire dans les journaux sont franchement négatives.    Elles sont notamment compilées par Lounès Guémache, dans cet autre article de Tout sur l'Algérie : on y dénonce une "tentative de coup d’État" militaire, et on y appelle à la poursuite des manifestations pour contraindre l'armée à respecter la volonté populaire.  

L'opposition algérienne, explique Lounès Guémache, garde "un mauvais souvenir de l'intervention de l'armée dans la politique : en 1992, nous rappelle le journaliste et directeur de TSA, les généraux n'ont tenu aucune des promesses faites aux Algériens. Au lieu de l'ouverture promise, ils ont confisqué le pouvoir, se sont enrichis, et pour finir, ils ont installé Bouteflika à la présidence".  

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Aujourd'hui, le peuple veut un changement de régime, et pas seulement le départ de Bouteflika. L'armée nationale populaire est clairement partie intégrante de ce régime dénoncé depuis plus d'un mois par la rue.  Et comme le dessine Dilem dans Liberté-Algérie, le peuple n'a pas besoin de l'article 102 pour que soit reconnue l'incapacité de Bouteflika à mener le pays, ce qu'il réclame c'est que soit respecté l'article Premier de sa Constitution : "L'Algérie est une République... et ce n'est pas à toi de décider" : voilà ce que crie la foule au général Gaid Salah dans le dessin d'Ali Dilem.

Les eurodéputés ont adopté hier la réforme du droit d'auteur sur internet, mais les avis restent partagés à travers la presse européenne.  

"Plus protectrice pour les créateurs européens, plus vigilante face à l'hégémonie numérique des GAFA, cette réforme est une bonne réforme" indique d'emblée la Frankfurter Allgemeine Zeitung, mais "que le processus d'adoption aura été douloureux ! " Un véritable "combat dans la boue", où les pratiques les plus agressives ont été mises en oeuvre par les lobbyistes financés par les géants du net. 

Campagne de désinformation, boîtes mails et téléphones d'eurodéputés saturés de messages, Youtubers mobilisés pour mettre en images les inquiétudes de leur plateforme... les détracteurs de la directive copyright en ont clairement trop fait, allant jusqu'à crier de manière irresponsable à la "censure institutionnalisée", et par ces excès, selon la "FAZ", ils ont transformé "le lobbying, moyen légitime de participation démocratique, en un instrument de sabotage" de cette même démocratie.  

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Mais si le lobbying des GAFA n'a pas fonctionné cette fois, c’en est un autre qui l'a emporté, nous dit le site d'infos spécialisé netzpolitik.org, toujours en Allemagne : pour le rédacteur en chef du site Markus Beckedalh, la nouvelle directive droit d'auteur n'est pas bonne, en ce qu'elle est passéiste, déjà obsolète : "elle sert les intérêts des vieux médias", des grands groupes européens de distribution des contenus, mais n'est pas adaptée aux petits créateurs, comme par exemple les journalistes freelance dont la proportion est de plus en plus importante dans la presse, et qui vont devoir partager les royalties avec leur diffuseur. 

"Si jamais l'argent des Google et consorts doit ruisseler quelque part (ce que promet la Commission Européenne mais que refuse de croire Markus Beckedalh), ce sera dans les poches des acteurs déjà bien établis sur le web et pas dans celles des vrais artistes et créateurs d'aujourd'hui et demain". 

Mais finalement,  de ce vote d'hier sur la directive droit d'auteur ce que retiennent surtout la BBC en Grande-Bretagne, l'Avvenire en Italie ou encore El Mundo en Espagne... c'est que les GIFs et les "memes" sont sauvés! 

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Les GIFs, les memes, ce sont ces petits détournements d'images, souvent satiriques, que n'importe quel internaute peut créer et diffuser de manière virale sur les réseaux sociaux. La campagne de dénigrement de la nouvelle directive avait fait circuler l'idée qu'ils seraient dorénavant interdits ou en tous cas soumis au paiement de droits d'auteurs. 

C'est faux, nous rassure donc l'Avvenire, le texte adopté hier par les eurodéputés prévoit, dans son article 17, que l'utilisation de ces contenus à titre personnel sera exempte de royalties. Idem pour les extraits et liens vers des articles de presse, postés sur votre compte personnel ; idem enfin pour  les contenus des encyclopédies en ligne comme Wikipedia, ceux des sites de musées, de bibliothèques, et enfin des sites éducatifs.

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