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Le Boeing 737 Max 8 en accusation

Crashs aériens : le 737 Max de Boeing a décidément du plomb dans l'aile

6 min
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Le rapport préliminaire d'enquête sur le crash d'un 737 Max d'Ethiopian Airlines confirme des dysfonctionnements graves sur le moyen-porteur de Boeing ; une nouvelle défaillance est pointée par l'agence américaine FAA. En Ukraine l'entre-deux tours de la présidentielle vire aux jeux du cirque.

Le Boeing 737 Max 8 en accusation
Le Boeing 737 Max 8 en accusation Crédits : SCOTT OLSON - AFP

A lire la presse mondiale ce vendredi on se dit que les avions 737 Max construits par Boeing ne sont pas prêts de revoler. 

Ils sont plus de trois cents à travers le monde à avoir été cloués au sol, par mesure de précaution, depuis le crash d'un 737 Max 8 en Ethiopie le 10 mars dernier. La catastrophe aérienne avait fait 157 morts, et le journal The Reporter, à Addis Abeba, nous livrait hier soir les conclusions du rapport préliminaire d'enquête, sur les causes de l'accident. 

Les pilotes, tout d'abord, sont totalement dédouanés : ils étaient parfaitement qualifiés et formés, ils ont réagi selon les procédures définies par Boeing ; ils ont même tout fait, pendant 6 interminables minutes, pour tenter de stabiliser manuellement l'avion qui prenait anormalement de l'altitude puis plongeait vers le sol, mais "ils n'avaient aucune chance" d'arriver à reprendre le contrôle d'un appareil désorienté à cause d'une sonde défectueuse et du système d'assistance automatique au pilotage, le MCAS, qu'il était impossible de débrancher. 

En clair, le scénario qui se dessine est bien le même, que lors du crash d'un autre 737 Max 8 en Indonésie en octobre... et ce n'est pas une bonne nouvelle pour Boeing, décrypte The Washington Post.  Le quotidien de la capitale américaine ajoute même sa part, aux accusations contre l'avionneur : il cite des sources de la FAA, l'agence de sécurité aérienne, selon lesquelles un autre dysfonctionnement a été découvert sur le modèle d'avion incriminé. Pour nous la faire courte, le Washington Post parle d'un nouveau problème dans le logiciel de vol, qui n'est pas lié au premier, mais qui affecte les volets, sur les ailes, et d'autres équipements indispensables au contrôle du vol.   

La FAA, citée également par le Financial Times, parle donc d'un "dysfoncitionnement critique pour la sécurité des avions", et ordonne à Boeing de le réparer au plus vite. 

Du coup, l'affaire fait la Une, non pas des médias américains qui restent très mesurés dans leurs critiques du géant national de l'aéronautique, mais de la presse européenne, allemande en particulier. 

La Frankfurter Allgemeine Zeitung par exemple se fait l'écho de ce nouveau bug détecté sur les 737 Max 8 ; elle confirme le fait "qu'aucun de ces avions ne pourra revoler tant que ces dysfonctionnement n'auront pas été corrigés". La FAZ ne semble pas croire les dirigeants de Boeing qui hier encore affirmaient qu'il ne s'agit là que de "problèmes relativement mineurs, qui seront rapidement résolus", et qu'ils restent "confiants dans la sécurité intrinsèque du 737 Max".  

Plus l'enquête avance, plus l'on comprend que l'un des deux plus gros avionneurs au monde a vendu par centaines des avions qui n'étaient pas fiables, mais qui ont pourtant transporté des centaines de milliers de passagers jusqu'à ce que deux crashs et la mort de 346 personnes n'oblige la société à reconnaître ses torts. 

Car qu'on ne s'y trompe pas, "le désastre est désormais total" pour Boeing. C'est le titre de Die Welt qui offre tout de même une maigre consolation aux Américains : ils ne devraient pas voir leur rival européen Airbus tirer profit de leurs difficultés, "pas à court terme en tous cas : les compagnies ne peuvent pas changer de fournisseur d'avion aussi vite, et le carnet de commandes d'Airbus est plein pour des années". Et puis de toute façon, nous explique Die Welt, "l'industrie aéronautique n'a aucun intérêt à tomber dans une forme de monopole : la concurrence Boeing-Airbus a donc encore de beaux jours devant elle".

Terminons cette semaine de revue de presse comme nous l'avions commencée, avec l'inénarrable campagne présidentielle en Ukraine.  

On pourrait en sourire, si l'Ukraine n'était pas un pays en guerre, depuis 5 ans, amputé d'une partie de son territoire par la Russie.

Le journal Kyiv Post, nous tient tout de même au courant de ce grand spectacle un brin effrayant qu'est devenue la politique ukrainienne : l'entre-deux tours vire aux jeux du cirque, et à la bataille des vidéos virales tout autant que viriles  entre les deux prétendants à la présidence. 

Et l'initiative de cette dérive, sans surprise, on la doit à Volodymyr Zelensky, cet humoriste télévisé, novice en politique mais très aguerri aux médias de masse, qui a traversé l'écran il y a quatre mois pour devenir candidat : il a récolté plus de 30% des voix au premier tour, soit le double de son adversaire au second, le président sortant Petro Porochenko.  

La victoire tent les bras à Zelensky au second tour dans deux semaines, mais avant celà il y a une épreuve qui lui pose problème, le débat d'entre-deux tours. En face-à-face avec le vieux briscard Porochenko, impossible de se défiler comme il l'a fait pendant toute la campagne sur tous les sujets politiques ou géopolitiques brûlants qui ne manquent pas en Ukraine.  

Alors toute la semaine, nous raconte Radio Free Europe, "le débat aura tourné autour du débat", en particulier sur les conditions de cet affrontement médiatique. Zelensky, fort de son score dimanche dernier et de son image de candidat jeune, atypique, de "show-man", a litteralement convoqué son adversaire à débattre  au milieu du stade olympique de Kiev.

Défi lancé "devant 70 000 spectateurs et toutes les caméras du pays, avec épreuves physiques et médicales obligatoires, notamment des test d'alcoolémie et de détection des drogues".  

Zelensky terminait cette vidéo en forme de bande-annonce pour une émission télévisée, en donnant 24h à Porochenko pour répondre. Le président sortant aura mis moins de 10 heures pour le faire, et il relèvele défi, dans une réponse également filmée et postée au milieu de la nuit suivante. 

"Si c'est le stade que vous voulez,  alors ok pour le stade, j'y serai !" déclare calmement Porochenko ; ça ressemble de plus en plus à une provocation en duel, mais en rentrant dans le jeu de Zelensky, le président sortiant  a retourné l'attaque contre lui, nous dit aujourd'hui Ukrainska Pravda : il lui a donné rendez-vous ce matin au stade Olympique, pour faire le test antidrogues dans le laboratoire assermenté: mais Zelensky a fait savoir qu'il ne s'y rendrait pas, son équipe de campagne remet en cause l'objectivité du laboratoire.  Le bluff semble bien se retourner contre le candidat-humoriste, à en juger par la dernière vidéo en date postée par Porochenko:  

"Ne fuyez pas, il ne faut pas avoir peur de débattre, c'est ça la politique" dit Petro Porochenko qui semble très content d'avoir repris la main : il appelle son jeune rival à "ne pas se chercher d'excuses ou poser de conditions pour fuir l'affrontement. Soyez un homme! ", voilà pour l'injonction virile qui sous-tend toute cette séquence, certes surréaliste, mais qui redonne un peu de souffle à Porochenko dans la course aux (très nombreuses) voix qui lui manquent pour l'emporter le 21 avril.

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