LE DIRECT
Doses de vaccins AstraZeneca, Italie, 11/02/21

L'Europe décriée pour avoir bloqué une exportation de vaccins

6 min
À retrouver dans l'émission

L'Italie avec l'accord de Bruxelles a bloqué l'expédition vers l'Australie de 250 000 doses de vccin AstraZeneca produites près de Rome, sous pretexte de contrer la pénurie vaccinale dans l'UE. La Chine vante ses prouesses économiques mais ignore la détresse de millions de travailleurs silicosés.

Doses de vaccins AstraZeneca, Italie, 11/02/21
Doses de vaccins AstraZeneca, Italie, 11/02/21 Crédits : Tiziana Fabi - AFP

L’Union européenne a les oreilles qui sifflent ce matin.

C’est vrai qu’on ne dit pas que du bien de l’UE ce matin en particulier dans la presse australienne, suite à cette décision prise en Italie mais validée par Bruxelles de bloquer l’exportation de 250 000 doses de vaccins AstraZeneca produites dans une usine près de Rome et commandées par le gouvernement d’Australie. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Dans le quotidien de Sydney, The Australian, on précise bien que c’est en application d’un mécanisme européen de contrôle des exportations de vaccins que cette exportation a pu être interceptée. Souvenez-vous, on en avait parlé ici-même : fin janvier, comme AstraZeneca annonçait de très importants retards dans ses livraisons européennes, la Commission avait riposté en instaurant cette validation obligatoire par les douanes, pour tout lot de vaccins produits sur son sol et vendus hors-UE. 

C’est donc bien, confirmait hier La Repubblica à Rome, pour lutter contre la pénurie de doses en Europe que Mario Draghi a décidé d’empêcher l’envoi des 250 000 précommandées par l’Australie, autant de doses qui vont être réparties parmi les pays membres de l’Union… au grand dam donc des Australiens eux-mêmes.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Alors bien sûr, ils sont assez fair-play, en apparence en tous cas, ces Australiens : sur la chaîne ABC News on entend leur ministre de la Santé Greg Hunt rassurer, dire que cette livraison arraisonnée par les Européens ne va pas ralentir le programme des vaccinations qui débutent tout juste sur l’île ; et de toute façon (c’est dit avec un peu de condescendance par le site news.com.au), il faut bien reconnaître que l’Italie et ses voisins européens sont aux abois avec leur gestion du Covid-19 et des vaccinations, avec 20 840 nouveaux cas détectées rien que ce mercredi en Italie… contre 8 le même jour en Australie. Alors oui, sans doute les Australiens peuvent-ils comprendre qu’il faillent laisser la priorité aux pauvres Européens...

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Mais de là à faire main basse à la frontière sur un colis de vaccins, dans un mouvement que l’on peut difficilement qualifier autrement que de nationaliste ou empreint de protectionnisme vaccinal, c’est tout de même un peu fort, analyse Bevan Shields, pour le Sydney Morning Herald, déplorant au passage que l’Australie, qui n’a rien demandé à personne, se retrouve "victime collatérale du conflit commercial entre l’Union européenne et AstraZeneca"… à moins que ce ne soit tout simplement "l’Europe qui cherche à désigner un coupable de l’échec au démarrage de sa campagne de vaccination".

Au final, faut-il s’en étonner, ce sont les journaux britanniques qui ont la dent la plus dure contre l’Union Européenne. Dans leur pages, c’est un florilège : "disgrâce totale", "honte absolue", "comportement de petit voyou", "égoïsme", voilà comment le blocage européen est qualifié, du Daily Mail au Daily Express, des tabloïds qui ont, il faut le préciser, leur déclinaison dans les kiosques australiens. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

On sait que la question de la vaccination et d’AstraZeneca est un sujet de fierté et de chauvinisme en cet immédiat après Brexit pour les Britanniques, on sait aussi qu’ils adorent en comparaison du succès de leur campagne de vaccination de masse, se moquer des retards européens… mais les journaux d’outre-Manche font tout de même remarquer, à juste titre, que Bruxelles fait bloquer l’envoi de vaccins AstraZeneca vers l’Australie soi-disant sous prétexte de lutter contre la pénurie en Europe, alors que l’on sait, martèle le Daily Express, que la France et l’Allemagne n’arrivent pas à écouler leur stock de ce vaccin qui est boudé par les soignants et dont on a longtemps dit qu’il n’était pas assez efficace pour les personnes les plus âgées. Il y a même un député irlandais du parti de centre droit Fine Gael qui demande à Paris et Berlin d’envoyer leurs surplus d’AstraZeneca à l’Irlande, qui elle en aurait bien besoin pour pallier sa propre pénurie. Il y a une part de provocation dans cette demande, mais il y a surtout une incompréhension voire une réelle indignation de ce que l’Europe est en train de faire pour se sortir de son naufrage vaccinal.

Au cœur de l’actualité internationale il y a aussi l’ouverture à Pékin de la session plénière du Parlement chinois.

Le grand congrès annuel du Parti communiste, occasion de fixer les grandes orientations économiques du pays et surtout de se féliciter de tous les succès de l’année précédente. Les "Deux sessions", comme on surnomme l’évènement dans la presse chinoise, c’est un déluge de statistiques toutes plus brillantes les unes que les autres, de promesses de croissance-record, de plans de conquêtes industrielles et de grandes victoires sur le front social de l’éradication de la pauvreté.

Mais c’est aussi, avec cette enquête de Sidney Leng dans The South China Morning Post, l’occasion d’éclairer un peu le revers de la médaille, la face cachée de cette économie chinoise si victorieuse. Parmi les sujets qui doivent être discutés aux Deux Sessions, nous apprend le journaliste, il y a la situation de 6 millions de travailleurs pauvres qui incarnent en quelque sorte le lumpen prolétariat oublié de la Chine. Ils sont pour la plupart mineurs de charbon ou ouvriers des chantiers de construction, et ils souffrent de pneumoconiose, cette maladie qui dévore les poumons et que l’on connait mieux chez nous sous le nom de silicose. La plupart sont des travailleurs migrants de l’intérieur de la Chine, employés sans contrat, sans assurance pour faire reconnaître leur maladie professionnelle, payés à peine plus de 50 euros par mois soit bien en-deçà du salaire moyen.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Une fois rendus malade par leur travail, nous dit encore le South China Morning Post, ces travailleurs sont renvoyés la plupart du temps dans leurs régions rurales d’origine où ils ont rarement la possibilité de se faire soigner, à moins d’endetter dangereusement leur famille.

Autant dire que ces hommes payent le prix le plus fort de la croissance chinoise, et "livrent un véritable combat, seuls, pour survivre". Mais il y a de l’espoir de voir leur situation s’améliorer enfin, puisque cette année, donc, le Parlement chinois a décidé de les mettre à son ordre du jour… de se pencher sur leur sort qui, c’est vrai, fait comme une tâche noire dans la radiographie rayonnante de l’économie chinoise qui va nous être proposée ces prochains jours.  

Chroniques

7H40
43 min

L'Invité(e) des Matins

Libertés individuelles et responsabilité collective : un exercice d’équilibriste. Avec Jean-Pierre Le Goff
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......