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Carrie Lam annonçant l'abrogation du projet de loi sur les extraditions

La presse officielle chinoise muette sur Hong-Kong après des semaines de propagande

6 min
À retrouver dans l'émission

Depuis que Carrie Lam a cédé à la principale demande des manifestants pro-démocratie à Hong-Kong, les médias aux ordres de Pékin ont brutalement cessé de parler de cette contestation qu'ils dénigraient continuellement. En Ukraine, libération d'un témoin-clé dans l'enquête sur le crash du MH17.

Carrie Lam annonçant l'abrogation du projet de loi sur les extraditions
Carrie Lam annonçant l'abrogation du projet de loi sur les extraditions Crédits : JEON HEON-KYUN - Maxppp

Ce matin on constate que la presse officielle chinoise ne parle plus beaucoup de Hong Kong. 

C'est d'autant plus visible que ces dernières semaines les organes de presse du pouvoir chinois tournaient clairement en boucle sur la dénonciation du mouvement de contestation hong-kongais, avec des centaines d'articles qui résumaient ces manifestations à la violence qui nous disait-on les gangrenait et au final en arrivait à les définir exclusivement. 

Mais ce matin dans le Global Times par exemple, la déclinaison anglophone de ces médias officiels de Chine continentale, on ne trouve plus guère qu'un article nous expliquant à quel point Carrie Lam, la cheffe de l'exécutif hong-kongais, a eu raison de présenter son plan en 4 points pour "ramener la paix et relancer le dialogue avec la société civile".  Ne surtout pas dire... qu'elle a cédé aux manifestants pro-démocratie en abrogeant enfin de manière définitive le projet de loi sur les extraditions qui avait mis le feu aux poudres au printemps dernier : on s'en tiendra à démontrer que Carrie Lam, dont il est apparu de manière évidente cette semaine qu'elle est aux ordres de Pékin, garde la situation bien en main. 

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Cette inflexion dans la stratégie médiatique officielle n'a pas échappé non plus, à Hong-Kong même, au South China Morning Post.  Alors que Pékin avait mobilisé ses journalistes en une intense propagande autour de la violence inacceptable des manifestants, désormais c'est le silence quasi-complet depuis que le projet de loi sur les extraditions a été abrogé.  Le South China Morning Post a interrogé ses politologues sur le sujet et leur analyse est simple : il ne faudrait surtout pas montrer au peuple chinois que l'insurrection citoyenne peut donner des résultats, que le pouvoir peut céder face à la rue. Cela pourrait donner des idées aux habitants d'autres régions, à commencer par Taïwan et Macao qui (et c'est révélateur) ont été citées mardi, par le le président Xi Jinping, avec Hong Kong comme "les trois principales sources de risques et donc priorités politiques absolues pour le pouvoir communiste dans les prochains mois".  

Ce silence médiatique autour des concessions faites par Carrie Lam à Hong-Kong, on le retrouve aussi sur les réseaux sociaux chinois. 

Il suffit pour s'en convaincre de voir que les hashtags liés à la crise hong-kongaise ont brutalement disparu de ces réseaux.  Jusqu'au milieu de la semaine pourtant (c'est la revue Foreign Policy qui dissèque ce phénomène pour nous) on assistait à une véritable guerre d'influence, très organisée, pour contrer  les messages favorables à la contestation hong-kongaise.  Ce que nous explique l'article de Foreign Policy, traduit par Courrier International, c'est que Pékin, pour inonder les réseaux de messages hostiles aux manifestants, s'est apppuyée sur un groupe d'influence aussi inattendu qu'efficace : les adolescentes chinoises fan de K-Pop, ces boys-bands sud-coréens qui déchaînent les passions dans toutes les cours d'écoles asiatiques.  

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Les groupies, aguerries aux forums de discussions et autres techniques de communication de masse en ligne, ont été identifiées par les services chinois comme des relais d'opinions facilement mobilisables et perméables à la propagande d'Etat.  On les a donc hammeçonnées avec des messages postés par leurs idoles pour dénoncer les violences commises à Hong-Kong, et on leur ensuite livré clé en main des images, des vidéos dénonçant ces méfaits et insistant sur la nécessité de défendre la police et l'Etat.

Au final ces millions de jeunes filles, sur leur téléphone portable, se sont chargées presque spontanément et sans s'en rendre compte de saturer la toile de ces messages : une opération de propagande numérique inconsciente et gratuite. Les groupies chinoises, plus fortes encore que les fermes de trolls russes...

La Russie, justement, on en parle... à propos de cet échange de prisonniers avec l'Ukraine, annoncé depuis une semaine, mais toujours pas réalisé.  

C'est vrai que vendredi dernier sur cette même antenne, je citais la presse ukrainienne selon qui l'échange de prisonniers était imminent voire même déjà terminé, avec en particulier le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov que l'on disait libre et dans l'avion qui le ramenait vers Kiev. Sauf que, dans la matinée, la présidence ukrainienne avait démenti ces informations : les journaux étaient allé un peu vite en besogne, montant en épingle des informations erronées... et moi avec, il faut bien le dire. 

Mais ce matin, si l'on reparle de ce possible échange de prisonniers de part et d'autre de la ligne de front, c'est pour un fait bien réel et bien confirmé qui fait la Une de l'hebdomadaire Korrespondent à Kiev : hier la justice ukrainienne, contre toute attente, a remis en liberté Volodymyr Tsemakh, au beau milieu de son procès pour terrorisme (comprenez, pour collaboration avec les séparatistes pro-russes du Donbass). 

En fait, Tsemakh, citoyen ukrainien, est soupçonné d'avoir commandé, en 2014, les défenses anti-aériennes des séparatistes ; à ce titre, il est l'un des suspects-clés dans l'enquête sur ce missile qui a abattu, en plein vol à l'été 2014, le fameux vol MH17 Amsterdam-Kuala Lumpur de la Malaysian Airlines dans lequel ont péri 298 personnes. 

Dans la presse ukrainienne,  on s'interroge donc :  et si Volodymyr Tsemakh avait été libéré par l'Ukraine en prévision de son prochain transfert vers la Russie? S'il devait être concerné par cet échange de prisonniers que même Vladimir Poutine en personne a confirmé hier comme imminent, alors, il faut se rendre à l'évidence écrit Ukrainska Pravda, l'enquête internationale sur le crash du MH-17 perdra son témoin-clé, celui par qui aurait pu être établie la responsabilité de la Russie. 

Justice ne serait donc  jamais rendu aux familles des victimes : ce serait donc ça, le prix de la liberté pour les prisonniers ukrainiens. Fallait-il accepter de payer ce prix ? Pour Ukrainska Pravda, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait une erreur en cédant au chantage russe ; il piétine ainsi toutes les promessses que Kiev avaient faites à la communauté internationale, de tout faire pour que la vérité éclate sur le MH17. 

En livrant à Moscou un suspect essentiel, Zelensky suscite la colère en particulier des Pays-bas, qui a eu a déplorer le plus grand nombre de victimes et qui dirige l'enquête internationale. Le journal néerlandais Algemeen Dagblad s'inquiète donc ce matin de la libération de Volodymyr Tsemakh et nous raconte que, pas plus tard qu'en début de semaine, apprenant que le suspect pourrait être concerné par l'échange de prisonners, les enquêteurs hollandais avaient demandé officiellement à la justice ukrainienne de le garder sous les verrous au moins le temps qu'ils viennent l'interroger. 

Apparemment cet interrogatoire n'aura jamais lieu, c'était une priorité absolue pour Moscou. Tant mieux pour les prisonniers qui y gagneront leur libération... et tant pis pour ce qu'y perdront la vérité et la justice.

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