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Habitants de Jacarezinho manifestant contre le "massacre" policier, Rio de Janeiro, 06/05/21

Une descente de police dans une favela de Rio vire au massacre

5 min
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L'intervention anti-drogue de policiers dans un quartier pauvre de Rio a fait 25 morts. La presse brésilienne conteste la surenchère de violence dans la lutte contre le crime organisé. Une première au Qatar : un influent ministre arrêté sur des soupçons de corruption, à un an du Mondial de football.

Habitants de Jacarezinho manifestant contre le "massacre" policier, Rio de Janeiro, 06/05/21
Habitants de Jacarezinho manifestant contre le "massacre" policier, Rio de Janeiro, 06/05/21 Crédits : Mauro Pimentel - AFP

Ce matin nous lisons la presse brésilienne au lendemain d’une opération policière qui fait couler beaucoup d’encre.

.... Presqu’autant qu’elle a fait couler de sang, cette descente de police anti-stupéfiant qui a fait 25 morts jeudi matin en plein cœur de la favela carioca de Jacarezinho.

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La fusillade a duré près de 7 heures, hier à l’aube, rapporte dans cette vidéo le Correio do Povo, avec des centaines de balles tirées, mais aussi des grenades. Au moins deux personnes, des passagers du métro qui circule le long du quartier, ont été blessées par des balles perdues… mais donc surtout, on déplore 25 morts dont un agent de police : on est là sans conteste face au "pire massacre de l’histoire de la ville", comme l’écrit le Rio Times qui rappelle que pourtant, la Cour suprême du Brésil avait interdit, sauf cas exceptionnels, ce type d‘intervention policières dans les favelas très peuplées depuis le début de la pandémie.

Les responsables de la police ont expliqué a posteriori qu’il s’agissait de s’en prendre au principal gang de Rio, le "comando Vermelho" un puissant réseau de trafiquants de drogues dont on avait appris qu’ils étaient en train de recruter des enfants de Jacarezinho. Mais l’opération aurait rapidement viré à "l’expédition punitive", toujours selon le Rio Times, quand un des policier a été abattu d’une balle dans la tête et que ses collègues n’ont plus eu qu’une seule idée : "le venger", en n’hésitant pas à débarquer dans les maisons, saccageant tout sur leur passage pour y traquer et y abattre les fuyards.

Quoi qu’il en soit, selon les experts en sécurité cités par O Globo, cette descente de police avait été mal préparée, menée sur la base de renseignements pas assez étayés. "Autant de morts, c’est forcément un échec", puisque le but (il semblerait que ce soit la peine de le rappeler aux policiers brésiliens) "c’est d’arrêter les malfaiteurs et de les juger, pas de les tuer". Là, les scènes racontées et filmées par les voisins racontent tout autre chose. 

"Ce qui s’est passé hier à Jacarezinho n’a rien à voir avec les règles de la sécurité publique", clame Felipe Lucena dans le Diario de Rio : c’est la mise en danger de toute la favela qui questionne le journaliste, et plus largement cette "routine de la violence que vivent les habitants des quartiers populaires". Ce sont eux, mais aussi les policiers, qui sont les victimes de cette lutte contre le crime organisé menée depuis 50 ans par la police de Rio, mais qui n’a donné d’autres résultats que le renforcement de ce crime organisé et de la violence qui va avec. 

Le constat, amer, est le même chez Renato Sergio de Lima, de l’Estadao de San Paoulo pour qui les crimes commis par les narco-trafiquants (et personne ne nie leur gravité) ne sauraient justifier un tel massacre au cours d’une opération policière. "La police est censée être plus intelligente que les criminels, mais au lieu de cela, elle s’abaisse à son niveau et empile les morts partout où elle passe. Des morts, précise Renato Sergio de Lima, qui sont la plupart du temps des noirs et des pauvres ».  

L’état-major de la police carioca, lui, exclut que ses équipes aient commis la moindre erreur ce jeudi dans le dédale des ruelles et des maisons de la favela. Face aux reproches qui leur sont faits, les policiers répondent dans El Pais Brasil que les victimes ce sont eux, qu’il faut en finir avec ces "discours moraux qui victimisent toujours les pauvres et les criminels". La police de Rio, d’après des chiffres de Human Rights Watch cités par O Globo, a tué 453 personnes en opération… rien que depuis le début de cette année. 

La transparence en politique, c’est un concept qui fait son chemin au Qatar.

C’est une première dans l’émirat : un responsable politique de premier ordre vient d’être limogé et placé sous une enquête pour corruption et abus de pouvoir. Il s’agit, révèle Al Jazeera, du ministre des Finances qatarien, Ali Shariff Al Emadi, arrêté jeudi sur ordre du procureur général. Et ce n’est vraiment pas n’importe qui dans le monde des affaires moyen-oriental puisque notre homme, banquier formé aux Etats-Unis, a dirigé un temps le fonds souverain du Qatar qui, d’après le journal en ligne Al Araby-Al Jadid, est le premier investisseur de tout le monde arabe. 

Ali Shariff Al-Emadi était aux commandes des finances du pays depuis 2013 ; son arrestation est très surprenante dans le monde feutré du pouvoir qatarien, d’après ce qu’en écrit The Financial Times ; mais il faut sans doute y voir, poursuit la BBC, la volonté pour l’émirat de montrer au monde entier qu’il est, lui aussi, intransigeant sur la transparence et la probité de ses plus hauts serviteurs alors que ce n’était apparemment pas vraiment le cas jusque-là… Et alors, surtout, que le Qatar accueille l’an prochain le mondial de football. 

A cette occasion, son ministre des Finances a eu à gérer de très copieux contrats et chantiers. D’après une source bien informée citée par The Financial Times c’est d’ailleurs autour de ce type de contrats gouvernementaux et de commissions qu’ils auraient générées, que le ministre Al-Emadi est aujourd’hui soupçonné de détournement de fonds publics et abus de pouvoir.

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