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L'armée ramène le calme au parlement ghanéen, Accra, 07/01/21

De Washington à Accra, parlements profanés et démocraties fragilisées

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Au moment où une foule pro-Trump attaquait le Capitole, au Ghana l'armée était appelée au Parlement pour s'interposer dans des pugilats entre députés. Le bon élève démocratique d'Afrique de l'Ouest deviendrait-il cancre ? Mais aussi l'impossible quête de justice des "femmes de réconfort" coréennes.

L'armée ramène le calme au parlement ghanéen, Accra, 07/01/21
L'armée ramène le calme au parlement ghanéen, Accra, 07/01/21 Crédits : Nipah Dennis - AFP

Un pays où l’armée est forcée d’intervenir pour rétablir l’ordre au Parlement : eh bien non, nous ne nous parlons (presque) pas des Etats-Unis ce matin !

Non puisque c’est du Ghana, en Afrique de l’Ouest, qu'il est question : c’est assez incroyable, mais au moment où le Capitole américain était pris d’assaut mercredi soir, on assistait dans l’hémicycle du parlement d’Accra à des scènes de chaos également. Des bousculades, des cris, des insultes et des coups qui fusent ; mais pas de foules fanatisées en cause cette fois : non, ce sont les députés, entre eux, qui en sont venus aux mains.

Il s’agissait en fait, nous explique le journal nigérian Vanguard, d’élire le nouveau président du parlement, après les élections générales très disputées qui ont eu lieu en décembre. Et comme les deux partis principaux du Ghana, le NPP, nouveau parti patriotique au pouvoir, et le NDC, Congrès national démocratique d’opposition, avaient chacun 137 députés élus, l’élection du président de ce nouveau parlement a viré au pugilat, au sens propre du terme. On a pu voir des scènes surréalistes : un député par exemple qui a arraché un paquet de bulletins de vote et a tenté de s’enfuir avec, ou encore deux députés, un homme et une femme, assis l’un sur l’autre, parce que ni l’un ni l’autre ne voulait laisser son siège.

Il a donc fallu que des soldats interviennent brièvement, pour que le calme revienne enfin entre ces élus de la Nation, comme nous le raconte la BBC World. Finalement c’est un membre de l’opposition qui a été élu au perchoir, avec une voix issue des rangs du parti présidentiel (le député qui a trahi son camp ne s'est pas fait connaître). 

Depuis, le président de la République sortant et réélu en décembre Nana Akoufo-Addo a pu prêter serment pour un second mandat, ce qui  a rétabli un peu d’ordre institutionnel ; mais tout de même estime AfricaNews, tout cela n’augure rien de bon pour la stabilité politique du Ghana ces 4 prochaines années, tant le pays se retrouve sans majorité, divisé à parts égales entre le camp du chef de l’Etat et l’opposition avec les deux postes de pouvoir principaux eux aussi partagés entre les deux.   

Elijah Adjei Boakye du journal en ligne Modern Ghana juge pour sa part que ce qui s’est passé mercredi au parlement restera comme "une tâche sur la démocratie ghanéenne" que l’on aimait jusque-là à citer en exemple d’apaisement dans cette région d’Afrique de l’Ouest. Voir ce genre de scènes se dérouler dans cet endroit où les députés sont censés écrire les lois et non les piétiner, censés aussi être exemplaires pour le reste de la population, cela revient selon le journaliste à souiller ce "sanctuaire démocratique" que doit rester le parlement… que ce soit donc à Accra au Ghana ou bien à Washington, Etats-Unis.

En Asie le passé traumatique de la Seconde Guerre mondiale revient hanter les relations entre le Japon et la Corée du Sud.

Et ce passé, c’est à lire sur le site du grand quotidien coréen Chosun Ilbo, il emprunte les traits d’une poignée de vieilles dames sud-coréennes qui viennent d’obtenir une victoire tonitruante en justice : un tribunal de Séoul leur a donné raison dans un conflit qui les oppose depuis près de huit décennies au Japon. Début d’explications avec la chaîne ArirangTV

Ces femmes, pendant la période où les Japonais ont occupé la Corée du Sud, ont été forcées à se prostituer dans les maisons closes pour soldats nippons : on les a surnommées les "comfort women", les femmes de réconfort, et c’est ni plus ni moins qu’une forme subie "d’esclavage sexuel" ont donc reconnu les juges de la cour du District central de Séoul. Ils ont condamné en conséquence l’Etat japonais à verser à ces femmes la somme de 100 000 euros environ chacune. Le Chosun Ilbo précise que seules 5 plaignantes pourront bénéficier de ces maigres compensations, puisque l’affaire a tellement duré que toutes les autres parmi les 12 plaignantes au départ sont décédées. L’Etat sud-coréen estime qu’il reste 16 anciennes "femmes de réconfort" encore en vie, alors qu’elles auraient été 200 000 environ à subir le même sort pendant la guerre.

Alors bien sûr, si l’on lit cette nouvelle à travers la presse japonaise, le Mainichi par exemple, on comprend très vite que le Japon refuse catégoriquement de reconnaître cette décision de justice sud-coréenne, considérée comme un geste inamical de Séoul "de nature à compliquer encore des relations entre les deux pays qui, selon le grand quotidien nippon, ont rarement au cours de l’Histoire récente été aussi tendues". 

C’est dû à des tensions commerciales, mais aussi à un autre vieux dossier hérité de la Seconde Guerre mondiale, avec la Corée qui demande également des réparations pour les centaines de milliers d’hommes qui ont été forcés à travailler pour l’occupant japonais. 

En fait, Tokyo estime que ces questions ont déjà été réglées par des précédents accords bilatéraux en 1965 et en 2015. Sauf que les femmes de réconfort, elles, n’ont jamais été reconnues comme victimes ni dédommagées… et apparemment ce n’est pas prêt d’arriver.

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