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Manifestant contre l 'élection du 10 mai en Pologne

Les deux Jaroslaw ont-ils ajourné la démocratie en Pologne ?

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En annonçant le report de la présidentielle polonaise quatre jours seulement avant le scrutin et sans préciser quand et comment se déroulera le scrutin, les deux dirigeants de la majorité inquiètent sur leur attachement à la démocratie. Au Sierra Leone, un ministre bouscule un tabou sur la virilité.

Manifestant contre l 'élection du 10 mai en Pologne
Manifestant contre l 'élection du 10 mai en Pologne Crédits : Michal Fludra - AFP

En Pologne l'élection présidentielle qui devait se tenir dimanche est ajournée, et d'aucuns craignent que la démocratie polonaise l'ait été elle aussi.

La crainte d'un recul démocratique se fait jour en Pologne après l'annonce mercredi soir, en plein débat télévisée entre les candidats, du report sine die de l'élection présidentielle. La campagne est donc stoppée abruptement quatre jours avant le jour prévu pour le vote. C'est du jamais vu... mais c'est pour des raisons sanitaires, épidémie de Covid-19 oblige, et il faut bien dire que de nombreuses voix, en Pologne et à travers l'Europe comme l'édito du Guardian mardi, s'étaient élevées ces derinières semaines pour appeler les dirigeants polonais à repousser une bonne fois pour toute ce dangereux scrutin.

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Il faut dire aussi que le parti conservateur en place à Varsovie, le Pis, avait tout fait pour ne pas entendre ces appels à la raison, et organiser malgré tout une élection entièrement par correspondance.  

Ce principe du vote exclusivement par courrier, précise l'agence de presse allemande DPA, a toutefois été validé ce jeudi par le Parlement ; dans ce même texte de loi, il reste écrit noir sur blanc que l'élection doit se tenir dimanche et ce alors même que la veille, mercredi soir, il a été annoncé qu'elle n'aura pas lieu. 

En fait, c'est ça qui est assez incroyable dans la situation actuelle en Pologne, officiellement le vote doit avoir lieu, il n'a pas été reporté... mais il est désormais certain qu'il ne se tiendra pas (aucun kit de vote par correspondance n'a d'ailleurs été envoyé aux citoyens polonais note DPA). Ce sera en fait à la Cour Suprême de Pologne qu'il reviendra, à posteriori, de constater la nullité du scrutin (ou plutôt du non-scrutin) et de convoquer une nouvelle élection à une nouvelle date.

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Du coup, après s'être pincé pour être sûr d'avoir bien compris ce qui leur arrivait, les journaux polonais comme Do Rzeczy se sont posés la question, hier : si l'élection est toujours censée théoriquement se tenir dimanche, est-ce qu'on peut en parler, ou est-ce qu'il faut tout de même respecter les deux jours de réserve d'avant le vote ? Finalement la Commission électorale a tranché et dit que non, il n'y aurait pas de silence électoral...  

Du coup, comme il est autorisé d'en parler, les médias polonais ne se privent pas d'analyser cette décision de reporter l'élection présidentielle. Dans l'hebdomadaire d'opposition Polityka, on s'emporte contre ce "pacte secret passé entre les deux Jaroslav", à savoir Jaroslaw Kaczinsky le tout-puissant leader du parti Pis au pouvoir et Jaroslav Gowin le chef de l'Entente qui est une fraction plus modérée de la majorité gouvernementale. 

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Les deux hommes ont pris leur décision entre eux mercredi soir : même le candidat du Pis, le président actuel et candidat du Pis Andrzej Duda a semblé surpris en apprenant la nouvelle à quelques minutes de la fin du débat télévisé, mercredi soir. Cette décision discrétionnaire, pour Eva Siedlecka dans Polityka c'est "une marque d'arrogance et d'impudence" de la part des deux Jaroslav ; ça montre, que "la Pologne n'est plus un pays gouverné par la loi, mais un pays où l'on peut, à son bon vouloir, contourner la Constitution, s'arranger avec les cadres démocratiques", reporter une élection sans fixer de nouvelle date ni de règles précises sur le déroulement de la campagne électorale.

Pour Marek .Beylin, qui analyse la situation dans les pages de la Wiborcza Gazeta, rarement des dirigeants politiques avaient à ce point "humilié le pouvoir judiciaire", en faisant de la Cour Suprême non plus l'organe de contrôle des actions du gouvernement mais une vulgaire chambre d'enregistrement de leurs arrangements avec la loi, puisque ses juges n'auront d'autre choix que de valider à posteriori la non-tenue de l'élection.  

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Au final, comme le résument Jan Cienski et Zosia Wanat pour Politico Europe, la Pologne est dans une situation grotesque et inquiétante qui relèverait presque de la physique quantique. "Cette élection présidentielle, c'est le chat de Schrodinger" du nom de la célèbre expérience scientifique : on ne sait plus si elle a lieu, si elle est reportée, annulée, si la démocratie polonaise est vivante ou morte... tel donc le chat dans le carton du physicien autrichien.  

uand aura lieu la vraie élection, et surtout que se passera-t-il en Pologne d'ici là, entre l'épidémie, la crise économique et la crise politique qui ne va pas manquer de surgir après cet épisode ? Au sein du Pis en tous cas, l'emprise jusque-là totale de Jaroslav Kascinsky en prend un sérieux coup, lui qui avait tout fait pour maintenir le vote de dimanche et assurer la réélection d'Andrzej Duda, avant donc de renoncer au dernier moment.  

Nous terminon la semaine au Sierra-Leone avec un confinement qui bouscule indirectement les idées reçues sur la masculinité en Afrique.

On parle là, avec Jeune Afrique, de ce jeune ministre de l'Education, David Moinina Senghe, qui la semaine dernière a participé depuis sa cuisine à une réunion en visioconférence via l'application Zoom... avec son bébé de 10 mois, une fille, endormie dans son dos dans une écharpe de portage.  

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Logique, me direz-vous peut-être : le père, âgé de 33 ans, venait de finir de donner le bibveron à sa fillette, et il devait (comme beaucoup d'entre nous en ce moment) gérer en même temps le travail et les enfants. Mais en faisant cette chose apparemment simple, Daid Moinina Senghe a "brisé un tabou", et s'est érigé en role-modèle pour les jeunes pères de Sierra-Leone et d'Afrique, affirme Damien Glez dans Jeune Afrique.

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Il faut dire que le ministre a pris soin de se prendre en photo avec sa fille sur le dos, a posté l'image sur Instagram, et celle-ci a fait le tour du continent africain en quelques jours. Même la BBC Afrique en a parlé,  expliquant que le trentennaire revendiue ce rôle exemplaire auprès des hommes africains pour susciter le débat et faire changer les comportements sur la répartition des tâches domestiques.

Plus largement, sur la question des inégalités de genre, à l'école, la BBC nous signale que le ministre de l'Education ne se contente pas de "faire le buzz" : le mois dernier sous son impulsion le Sierra-Leone a enfin renoncé à cette tradition qui interdisait aux jeunes filles enceintes de continuer à aller à l'école pendant leur grossesse.

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