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Mounir Baatour, premier candidat ouvertement homosexuel à se présenter à une élection présidentielle dans le monde arabe

Se déclarer ouvertement gay

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"Je pensais que je ne dirais plus jamais, jamais à personne que je suis gay". Jerson est parti du Honduras aux Etats-Unis pour vivre tranquille. Mounir Baatour, lui, est le premier candidat ouvertement homosexuel à se présenter à une élection présidentielle dans le monde arabe.

Mounir Baatour, premier candidat ouvertement homosexuel à se présenter à une élection présidentielle dans le monde arabe
Mounir Baatour, premier candidat ouvertement homosexuel à se présenter à une élection présidentielle dans le monde arabe Crédits : STR/EPA/Newscom/MaxPPP - Maxppp

Jerson a grandi dans la deuxième ville industrielle du Honduras, San Pedro Sula. A l'époque, en 2015, la ville la plus meurtrière au monde, gangrenée par les gangs. Les jeunes hommes sont recrutés de force, ou tués. A fortiori les homosexuels. Jerson décide de partir. C'est ce voyage que nous raconte la BBC, sur son site internet. Son voyage avec 5 autres hommes gay et 11 femmes transgenres d'Amérique centrale et du Mexique. Une caravane arc-en-ciel qui prend la direction les Etats-Unis pour trouver refuge. Ensemble, sous cette bannière affichée, ils espèrent se faire voir, se faire connaître, être plus forts.  

A la frontière, à Nogalès, le groupe est séparé, placé dans deux centres de détention différents. Des conditions de vie misérables et sans espoir. Plusieurs renoncent et rentrent chez eux. Après une longue période de détention, Jerson, et deux autres membres de la caravane gay, obtiennent le droit d'asile. 

Aujourd'hui, Jerson vit à New York, il travaille dans un restaurant mexicain de Manhattan. Étonné, chaque matin, de pouvoir prendre le métro tôt, sans être attaqué.

Lui est passé de la prison à la politique, Mounir Baatour

Son visage est dans les pages de plusieurs journaux ce matin. Le premier candidat ouvertement homosexuel à se présenter à une élection présidentielle dans le monde arabe souligne le Huffington Post au Maghreb. A la tête du Parti Libéral Tunisien, Mounir Baatour assure avoir récolté 20 000 parrainages citoyens. Il a déposé sa candidature hier pour la présidentielle en Tunisie. 

En Tunisie où, rappelle La Libre Belgique, l'Etat offre un ticket de 3 ans de prison à toute personne qui entretient une relation avec un individu de même sexe. L'article 230 du code pénal. Instauré en 1913. Jamais abrogé. Mounir Baatour lui-même en a fait les frais, en 2013. Son compagnon est arrêté et torturé. Lui est envoyé en prison pour 3 mois, pour sodomie avec mineur.

Mais si la pratique est illégale, l'homosexualité, elle, ne l'est pas dans le pays. Une nuance qui a permis à l'avocat de 48 ans de déposer sa candidature. On saura le 31 août si elle est validée ou non. 

Mais cette candidature suscite la curiosité de la presse internationale 

Depuis plusieurs semaines, l'avocat de 48 ans a droit à des portraits dans les médias du monde entier, le New York Times, Euronews, Reuters. 

The Independent est allé le rencontrer à Tunis. "Je ne parle pas de promouvoir l'homosexualité", affirme-t-il au quotidien britannique, mais simplement de la décriminaliser. Les gays ne font de mal à personne. "Baatour est un enfant de la révolution tunisienne. Dans les années qui ont suivi 2011 un certain nombre de groupes de défense des droits des homosexuels ont émergé. Mais dans de nombreux secteurs de la société tunisienne, souligne le journal, ce sont les sentiments conservateurs qui dominent". Il y a un an, des manifestants sont descendus dans la rue pour protester contre un rapport appelant à une plus grande liberté individuelle et une plus grand égalité des sexes. Des sentiment encore plus profonds en ce qui concerne l'homosexualité :  7% seulement des Tunisiens la tolèrent selon un sondage Arab Baromètre paru en juin.

Mounir Baatour veut être considéré comme un politicien normal, souligne le Huffington Post au Maghreb. "Plusieurs journaux ont utilisé mon orientation sexuelle pour faire le buzz, regrette-t-il, ils ont axé leurs articles plus sur ma vie personnelle que sur mes compétences de politicien. Je veux que les Tunisiens me voient simplement comme un homme politique". 

A ses cotés, 55 autres candidats déclarés. La période des candidatures s'achève ce soir en Tunisie. 

Un visage encore parmi plus de 2 millions de fidèles

Zakaria Murshid. 86 ans. Personne ne connaît mieux le parc de la Grande Mosquée que lui, assure Arab News qui nous fait vivre le pélérinage de la Mecque, à travers son regard. 

Le pèlerinage à La Mecque, point culminant du calendrier musulman et l'un des plus grands rassemblement religieux au monde, commence aujourd'hui pour 5 jours. Chaque musulman doit l'avoir fait au moins une fois dans sa vie. Zakaria lui est un vétéran : il y est allé au moins 40 fois nous rapporte le quotidien en langue anglaise d'Arabie Saoudite. 

Ici, il a aussi été ambulancier et guide pour les pèlerins. Chaque année, il tenait à accomplir le pèlerinage, avec sa famille, sous tente, même lorsqu'il a déménagé à Riyad dans les années 60. Aujourd'hui, dit-il c'est plus compliqué, la réglementation est devenue plus stricte. Il faut un permis, les pèlerins non enregistrés risquent de lourdes amendes, l'expulsion ou la prison. Mais les transports sont plus faciles : un système de trains amélioré, des terrains rénovés.

Et la technologie aussi arrive... L'Arabie Saoudite lance cette année un système de fatwa électronique nous apprend Gulf news depuis Dubai. Un service en ligne destiné à fournir instantanément ces avis juridiques islamiques contraignants. Un service multilingue. Il offre aux pèlerins un accès direct et facile à une équipe de spécialistes, assure le ministère des Affaires islamiques. Ce service est le premier du genre dans le monde islamique. 

La technologie qui est là aussi pour aider les pèlerins à naviguer entre les rituels ou en cas d'urgence médicale, avec des applications spécifiques, détaille le Sydney Morning Herald. 

Oui, l'esprit a changé, note Zacharia. "Les gens passent à coté de l'expérience quand ils vont par exemple dans des installations, des logements luxueux. Le but est de lutter, de se mêler à tout le monde, pour que tout le monde soit pareil".  

Et de se comprendre peut-être sans un mot, par le regard, le visage. Comme, dans son souvenir, ces deux pèlerins de langue différente ayant une conversation entière... sans aucune parole.  

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