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Mark Zuckerberg et Emmanuel Macron à l'Elysée en mai 2018

"Il faut casser Facebook", plaide son co-fondateur Chris Hughes

6 min
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Dans une tribune-choc au New York Times, l'ancien camarade de chambrée de Mark Zuckerberg à Harvard appelle les Etats-Unis à mettre Facebook et son PDG "face à leurs responsabilités". Des armes françaises dans la guerre au Yemen ? Un siège en règle autour de l'ambassade du Venezuela à Washington.

Mark Zuckerberg et Emmanuel Macron à l'Elysée en mai 2018
Mark Zuckerberg et Emmanuel Macron à l'Elysée en mai 2018 Crédits : CHRISTOPHE PETIT TESSON - Maxppp

Ce matin, un conseil de lecture à Emmanuel Macron, avant qu'il ne reçoive le patron de Facebook à l'Elysée. 

Mark Zuckerberg est attendu à 15 heures chez le Président de la République. Les deux hommes devraient discuter de la nécessaire régulation, des contenus charriés par le réseau social Facebook, accusé entre autres de donner une chambre d'écho mondiale à des propos haineux, ou à des campagnes menées pour  influencer des élections démocratiques.   

C'est justement de ça dont parle un long article qui fait sensation depuis sa publication hier par The New York Times. On le trouve dans les pages Opinions, et il s'il fait sensation, c'est par ce qu'il est signé Chris Hughes.

Chris Hughes explique qu'il y a 15 ans, avec son camarade de chambrée Mark à Harvard, ils ont créé ensemble Facebook dans leur chambre d'internat. On connaît la belle histoire, mais depuis, nous dit Hughes, "j'ai l'impression que notre création est devenue trop grosse et trop puissante". 

C'est tout le propos de cette longue tribune qui met les choses au point dès son titre : "Il est temps de 'briser' Facebook". Sinon de le détruire., au moins de le démanteler.  Trop grosse, trop puissante, l'entreprise le serait devenue quand elle a racheté et intégré progressivement ses concurrents Instagram et Whatsapp. 

Depuis, la machine est devenue incontrôlable...  tout comme son boss, en fait, écrit Chris Hughes. Il assure qu'il pense beaucoup de belles choses de son ancien ami d'Harvard, mais que "ce sont ses qualités humaines qui rendent aujourd'hui la gouvernance de Facebook problématique" :  Zuckerberg a trop de pouvoirs, aux commandes des trois réseaux sociaux intégrés, et donc trop d'influence sur les vies des milliards de terriens qui les utilisent chaque jour. En ayant la main sur les algorythmes, c'est lui, indirectement, qui décide de quels messages, de quels amis, apparaîtront sur les murs de ces abonnés. Il est donc l'architecte du prisme par lequel ces derniers voient une partie (plus ou moins grande) de leur vie sociale au quotidien.

Et face à ce Mark Zuckerberg dépeint en démiurge des réseaux sociaux,  il y a bien peu de garde-fous, alerte Chris Hughes, donc dans le New York Times.  Il accuse son ancien colocataire d'avoir "sacrifié la sécurité et la vie privée de ses clients, en plaçant la croissance de ses entreprises avant toute autre chose". 

Alors ?  Eh bien il faut en finir avec ce système devenu fou, nous dit en substance Hughes le repenti (il a quitté Facebook il y a quinze ans) : il appelle le gouvernement américain à "mettre Zuckerberg face à ses responsabilités", à utiliser les armes juridiques existantes pour stopper sa domination, à commencer par les lois qui existent depuis 1890 aux Etats-Unis pour casser les monopoles. Car c'est bien de cela dont il est question : casser Facebook, séparer les trois réseaux sociaux pour les rendre à leur concurrence originelle, si tant est que celle-ci assure une forme d'auto-régulation. 

Voilà donc pour le règlement de compte entre anciens camarades de chambrée : vous voyez qu'il y a matière à susciter le débat, tout à l'heure à l'Elysée.

Il y a un autre débat sur lequel Emmanuel Macron s'est prononcé hier mais n'a apparement pas convaincu une partie de la presse arabe : c'est le bien-fondé de la vente d'armes françaises à l'Arabie Saoudite.  

"J'assume", a déclaré le président hier soir :  il assume le fait qu'un navire saoudien est en ce moment dans le port du Havre en train de prendre livraison de 8 canons d'artillerie de type Caesar. Des armes de fabrication française, vendues donc à l'Arabie Saoudite qui, selon des informations secret-défense révélées il y a un mois par Disclose et la cellule investigation de Radio France, utilise ces armes françaises pour frapper le Yémen... où près de 5000 civils ont été tués depuis le début du conflit. 

Mais le chef de l'Etat a beau "assumer", ces ventes d'armes à l'Arabie saoudite, la position française sur le conflit au Yémen n'en reste pas moins "intenable" selon The Middle East Eye : le respect des contrats signés, invoqué par la ministre des Armées Florence Parly pour justifier la livraison du Havre ce vendredi, cette raison commerciale ne suffit pas, selon le média en ligne, pour faire oublier les questions posées par des ONG comme Amnesty International. Selon l'organisation, s'il est bien avéré que ce sont des canons Caesar qui sont chargés sur le cargo saoudien en ce moment-mêm, alors le traité international sur le commerce des armes que la France a signé et ratifié est bel et bien violé.  

Emmanuel Macron  affirme avoir reçu des garanties de la part des Saoudiens, qu'ils n'utiliseront pas les canons français contre des civils ? Ça ne semble vraiment pas convaincre non plus The New Arab qui s'interroge aussi sur la justification mise en avant par le président français, le fait que "la coopération avec l'Arabie saoudite est essentielle en matière de lutte contre le terrorisme" : ça n'a pas grand-chose à voir avec la guerre au Yémen, mais ça permet de couper court au débat. 

Je précise, car c'est important, que les deux journaux en ligne que je viens de citer sont liés au Qatar, qu'ils sont donc volontiers critiques avec l'Arabie Saoudite. Mais force est de constater qu'ils sont à peu près les seuls, dans la presse étrangère,  à s'emparer de ce sujet... à part les journaux belges ! 

Eh oui : une enquête du Soir datée du 8 mai  démontre que notre voisin est soumis aux mêmes remises en questions que la France : d'ailleurs, avant de faire escale au Havre, le cargo saoudien s'est arrêté dans le port belge d'Anvers.  "Des armes fabriquées en Wallonie tuent au Yémen" : c'est le titre de l'enquête à lire sur le site lesoir.be.    

Une guerre de position, un siège, même, se déroule en ce moment au coeur d'une banlieue de Washington.  

C'est El Pais qui nous raconte cette "guerre froide", cette reproduction miniature de la crise politique qui se déroule à quelques milliers de kilomètres de là : on parle donc de l'ambassade du Venezuela à Washington : elle est occupée, à l'intérieur, par des fervents défenseurs du régime chaviste de Nicolas Maduro... et elle est encerclée par des dizaines de soutiens cette fois de l'opposition, et son leader auto-proclamé président Juan Guaido. 

Cela fait des jours que ça dure, nous dit la correspondante d'El Pais dans la capitale fédérale, et les autorités américaines s'en mêlent désormais : elles ont commencé hier à couper l'électricité à l'ambassade. C'est leur manière de soutenir les pro-Guaido, puisque les Etats-Unis ont reconnu ce dernier comme président du Venezuela ; c'est aussi une manière d'assiéger l'ambassade, de tenter de déloger es occupants, puisque les opposants qui se trouvent autour du bâtiment essayent déjà par tous les moyens d'empêcher les ravitaillements.

Au final, c'est un peu comme si on recréait Caracas à l'intérieur de l'ambassade, jusqu'aux pénuries d'électricité et de nourriture. Les pro-Guaido et leurs alliés américains se disent convaincus que désormais privés de courant, et donc de moyens de communication avec l'extérieur, les maduristes forcenés n'en ont plus que pour quelques heures avant de devoir sortir de l'ambassade. Apparemment c'est beaucoup plus compliqué à l'échelle d'un pays... du côté de Caracas.

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