LE DIRECT
Base militaire de la force Barkhane devenue Takuba à Ménaka, Mali, le 03/11/2020

Le "Barkhane s'en va, enfin !" de la presse malienne

6 min
À retrouver dans l'émission

L'annonce par E. Macron de la fin de l'opération française Barkhane au Sahel, un désengagement accueilli avec soulagement par bon nombre de médias africains. L'ONU alerte sur la famine en Ethiopie, conséquence de la guerre au Tigré. Un proche du Kremlin détenu en Suisse à la demande des Etats-Unis.

Base militaire de la force Barkhane devenue Takuba à Ménaka, Mali, le 03/11/2020
Base militaire de la force Barkhane devenue Takuba à Ménaka, Mali, le 03/11/2020 Crédits : Daphné Benoît - AFP

Comment la presse du Mali et du Sahel accueille-t-elle l’annonce faite par Emmanuel Macron jeudi d’un départ progressif de la force Barkhane ?

Pas besoin de chercher très loin pour avoir le sentiment à peu près général : il est contenu dans les premiers mots de l’article de Une du quotidien de Bamako Le Pays. 

"La Barkhane part enfin du Sahel" : il suffit d’un adverbe, pour dire le soulagement de voir la France se résoudre, enfin donc, à terminer cette aventure de Barkhane qui avait fini par ne rapporter que du ressentiment à la France pourtant accueillie en libératrice, il y a 8 ans, dans le Nord-Mali contrôlé par les islamistes.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

"Barkhane fait son paquetage !" (on notera cette fois la force sémantique de la ponctuation) : titre cette fois Wakat Sera, côté Burkina Faso, selon qui "la Force Barkhane, après une agonie lente, vient de pousser son dernier soupir". "Le principal caillou dans les rangers des Macron-Boys, poursuit l’article, c’est ce sentiment anti-français qui n’a cessé d’enfler" au fil des années, à mesure que la population locale constatait le peu d’efficacité de cette opération militaire sur le pouvoir de nuisance meurtrière des "djihadistes, malandrins et trafiquants de grands chemins". 

Et puis "la France était embarquée seule dans cette aventure" malgré l’importance stratégique internationale que cela représente d’empêcher le Sahel de devenir le nouveau refuge de l’internationale djihadiste. Autant le dire clairement comme le fait Wakat Sera le double coup d’Etat militaire qui a secoué le Mali depuis un an est "un vrai pain béni pour l’Elysée, qui saisit cette opportunité pour sortir Barkhane des sables mouvants du Sahel dans lesquels la France s’empêtrait". 

Mais attention tout de même, précisent aussi bien le site MaliWeb que The Washington Post, la France va tout de même maintenir une présence militaire au Mali, en se fondant dans la force spéciale internationale Takuba appelée à prendre le relais et à ne plus laisser notre pays "endosser seule la lutte contre le terrorisme". "Les armées française seront la colonne vertébrale de Takuba, appuyées par les forces spéciales des alliés occidentaux qui le souhaitent" a déclaré jeudi Emmanuel Macron. On se souviendra qu’à son lancement en 2014 Barkhane affichait à peu près les mêmes ambitions… mais les soutiens étrangers n’ont jamais été à la hauteur de ce que la France espérait. Est-ce que ce sera différent avec Takuba ? Pour le moment cette nouvelle force pour le Sahel doit se contenter de quelques dizaines de soldats suédois, danois, tchèques et estoniens.

Un peu plus à l’Est, en Ethiopie la famine menace des centaines de milliers d’habitants du Tigré.

Il y a là les germes de ce qui pourrait très rapidement devenir la pire famine de cette dernière décennies, alerte The New York Times, qui fait écho à l’alerte lancée ce jeudi par le coordinateur du programme d’aide des Nations Unies : 350 000 habitants de cette région du Tigré à laquelle l’Etat éthiopien livre une guerre depuis novembre 2020. Des centaines de milliers de déplacés dont la survie dépend de l’aide alimentaire internationale qui n’arrive qu’au compte-goutte, entravée par les combats qui se poursuivent et par l’armée éthiopienne qui est accusée d’empêcher sciemment son passage. Si le gouvernement d’Addis Abeba ne relâche pas rapidement son étreinte, ce sont près de deux millions de vies qui vont être rongées par la faim, prévient l’ONU. 

Le pire, insiste la BBC, c’est que "cette famine est causée par la main de l’homme", conséquence directe et prévisible de cette guerre civile qui ne dit pas son nom dans le nord de l’Ethiopie. "La famine est déjà là", martèle Alex de Waal, évoquant des témoins au Tigré qui racontent ces villages où les hommes sont partis combattre, les femmes ont été enlevées par les soldats ennemis, et ceux qui restent meurent lentement d’inanition. Les enfants sont donc les premières victimes, ont craint qu’ils soient 300 000 à succomber si l’aide internationale n’arrive pas très rapidement au Tigré.

Dans la presse suisse, enfin, un avant-goût prometteur de la rencontre qui doit avoir lieu mercredi prochain à Genève entre Joe Biden et Vladimir Poutine.

"Une fois de plus la grande histoire mondiale va s’écrire à Genève", s’enorgueillit laNeue Zurcher Zeitung qui décrit déjà les paisibles rives du lac Léman comme un "nid d’espions" où se nouent et se dénouent toutes les intrigues possibles entre les services secret des deux grandes puissances.

Et l’on est bien tenté de croire le quotidien zurichois, quand on lit cette fois dans Le Temps cet article annonçant l’arrestation courant mars dans le canton suisse du Valais d’un homme d’affaire russe, proche du Kremlin, qui est depuis en détention, dans l’attente d’une possible extradition vers les Etats-Unis où il est accusé de délits d’initié à hauteur de plusieurs millions de dollars. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Vladislav Klyushin, puisque c’est son nom, est décrit par Emmanuel Grynszpan du Temps comme un entrepreneur en charge du programme de surveillance des médias russes pour l’administration Poutine et plusieurs de ses ministères. Il est étroitement lié à Alexeï Gromov, qualifié lui d’éminence grise du Kremlin en ce qui concerne les stratégie de contrôle et d’influence de ces mêmes médias russes. Autant dire, avec le journal moscovite Vesti, que Vladislav Klyushin est "une prise de taille pour les services secrets américains" qui rêvent de le ramener chez eux pour l’interroger et tenter de lui soutirer les secrets de fabrication de la propagande russe. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

La Suisse, rappelle Le Temps, est engagée par un traité bilatéral d‘extradition avec les Etats-Unis, et elle se retrouve donc prise dans un imbroglio judiciaro-diplomatique très très sensible, et sans doute pas dénué d’arrières-pensées politiques à quelques jours de la grande rencontre Biden/Poutine. Le cas Klyushin pourrait y servir de monnaie d’échange pour obtenir des concessions de Moscou… sur Navalny, l’Ukraine, la Syrie, la Chine, ou tant d’autres dossiers géopolitiques ultra-sensibles qui seront abordés.  

En tous cas, cette affaire, apparue par inadvertance dans les brèves judiciaires de la presse suisse, en dit long sur ce qui se jouera derrière les sourires diplomatiques mercredi prochain sur les paisibles rives du lac Léman.

Chroniques

7H40
42 min

L'Invité(e) des Matins

Du droit à la poésie : la liberté, une passion fleuve. François Sureau est l’invité des Matins
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......