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Afiches électorales à Pristina, Kosovo, le 11/02/21

Le Kosovo a soif de changement et de renouveau générationnel

6 min
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Rongé par l'instabilité politique et la corruption, le jeune Kosovo connaît dimanche ses 6èmes élections législatives en 13 années d'indépendance. Ce scrutin pourrait amener au pouvoir une génération qui n'a participé à la guerre. La Chine accuse la BBC de "fake news" et l'interdit de diffusion.

Afiches électorales à Pristina, Kosovo, le 11/02/21
Afiches électorales à Pristina, Kosovo, le 11/02/21 Crédits : Armend Nimani - AFP

Sur le calendrier électoral du week-end qui arrive, un scrutin nous ramène au Kosovo.

Le Kosovo, indépendant de la Serbie depuis 2008, c’est l’un des plus jeunes Etats du monde mais aussi l’un des plus tourmentés : il tiendra ce dimanche des élections législatives anticipées. Si j’ai décidé de vous en parler, c’est grâce au journal suisse Le Temps et à ses reporters fin connaisseurs des Balkans, Jean-Arnaud Derens et Laurent Geslin. Ce sont eux qui décryptent pour nous l’enjeu de ce scrutin : pour la première fois, le Kosovo ne devrait plus être gouverné par des anciens combattants du conflit qui a mené à la déclaration unilatérale d’indépendance, il y a treize ans. 

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"Une nouvelle génération est aux portes du pouvoir", et elle est prête à clore "cette ère où les guérilleros de l’ancienne armée de libération, l’UCK régnaient sur le petit pays balkanique". Des "anciens guérilleros", ajoutent en passant Derens et Geslin, qui sont aussi bien obligés de céder la place, puisque plusieurs d’entre eux à commencer par le dernier président élu Hashim Thaci, sont inculpés devant les nouvelles Chambres de justice internationale spécialisées pour le Kosovo, à La Haye, créées pour juger les crimes de guerres commis contre la minorité serbe après la guerre de 1998-99.

Pour les reporters du Temps à Pristina, il y a clairement une "soif de changement" dans la population kosovare, l’envie d’élire un gouvernement "qui ne soit pas démis au bout de dix-huit mois". Car il faut bien le dire, dans la jeune et fragile république du Kosovo (qui n’est toujours reconnue officiellement ni par l’ONU ni par l’Union Européenne) l’instabilité politique est un fléau presqu’aussi systémique que la corruption : pas moins de six élections législatives, en 13 ans d’indépendance. 

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Et cette soif de changement, donc, elle prend un visage en particulier : celui d’Albin Kurti, le leader charismatique du parti Vetëvendosje (soit "autodétermination" en albanais) qui selon les prédictions du quotidien Express est bien parti pour l’emporter largement dimanche, peut-être pas avec la majorité à lui tout seul (ce qui serait nécessaire pour éviter une énième crise politique), mais avec au moins 40% des voix.

Et pourtant, tout populaire soit-il, poursuit encore l’Express, Albin Kurti n’est pas lui-même candidat à ces législatives anticipées : il a été jugé inéligible pour avoir lancé des gaz lacrymogènes dans le Parlement, pendant des manifestations à l’hiver 2016. Lui qui jure de lutter sans merci contre la corruption, au point de se voir surnommé le "Robespierre du Kosovo", il pourrait tout de même se retrouver Premier ministre du pays dimanche soir, si le plébiscite annoncé se confirme, malgré tous les efforts déployés par le reste de la classe politique pour faire obstacle à sa campagne.       

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Mais quelles sont les grandes idées qui le rendent aussi populaire, ce "Robespierre du Kosovo" ?

Principalement, on le redit, la lutte contre la corruption comme grande priorité, confirme The Balkan Insight selon qui Albin Kurti a su capitaliser sur la colère des Kosovars contre leurs dirigeants corrompus, trop souvent avec la complicité des organisations internationales qui portent le pays à bout de bras depuis 2008.  "_Il a mis le mot 'justice' au cœur de ses discours, pour redonner de l’espoir et des rêves à la population désabusée_", estime une professeur de l’Université de Pristina… Qui rappelle que 40% de la population kosovare a moins de 25 ans et que Kurti est particulièrement populaire chez les jeunes. 

Ses adversaires l’accusent de penchants autoritaires, de vouloir ramener une « mentalité communiste » honnie depuis la période yougoslave. N’empêche, selon Orlando Crowcroft d’Euronews, Albin Kurti séduit aussi car il est favorable à une union du Kosovo avec l’Albanie, et il ne cache pas son hostilité (comme la plupart des Kosovars albanophones), aux négociations de réconciliation avec la Serbie imposées à marche forcée l’an dernier, par les Etats-Unis de Donald Trump. 

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S’émanciper progressivement du grand parrain américain sans lequel l’indépendance n’aurait jamais été possible, c’est aussi ça la ligne Albin Kurti. Elle lui a vallu pour ces élection un ralliement de poids, celui de l’actuelle présidente par intérim : Vjosa Osmani, 38 ans, un autre visage prometteur de la nouvelle génération politique au Kosovo.

La BBC déclarée media non grata sur les ondes chinoises.

D’après la radio-télévision britannique elle-même, il s’agit d’une mesure de rétorsion pour avoir osé diffuser des reportages sur le coronavirus et la répression des Ouighours qui n’ont pas eu l’heur de plaire à Pékin. Le journal en ligne Global Times, la voix anglophone du régime, soutient lui qu’il s’agit pour les autorités chinoises de montrer leur "tolérance zéro" face à ces médias internationaux qui déversent des "fake news" sur les ondes.  

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La BBC, d’après le fact-checking un peu expéditif et orienté du Global Times, serait donc devenue depuis quelques temps rien de moins qu'"un puits sans fonds de rumeurs et de mensonges sur la Chine" et "en paye aujourd'hui le prix" avec ce bannissement des ondes chinoises.

Le South China Morning Post de Hong-Kong, lui, nous apprend tout de même, étrange coïncidence, que cette décision radicale de Pékin intervient une semaine seulement après celle de l’autorité audiovisuelle britannique de retirer sa licence de diffusion à la chaîne internationale chinoise CGTN. Diffusée au Royaume-Uni par une boîte de production 100% liée au parti communiste chinois, la chaîne a été sanctionnée parce qu’elle avait diffusé en 2014 l’interview-confession d’un citoyen britannique qui reconnaissait avoir violé la loi chinoise. L’homme avait affirmé une fois libre que ces aveux qui avait été extorqués sous la pression, ce qui est contraire à tous les standards journalistiques.

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Œil pour œil, dent pour dent, donc : la Chine suspend la BBC en représailles... Un nouvel épisode de la guerre froide du soft-power, que se livrent les grandes puissances avec leurs chaînes d’information internationale.

Chroniques

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