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Manifestation hostile à la loi sur la citoyenneté indienne

En Inde, le BJP de Narendra Modi parachève son inquiétant projet nationaliste

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Le pouvoir indien tenu par le nationaliste hindou Narendra Modi a fait promulger une loi sur la citoyenneté qui exclut les musulmans d'une vaste campagne de naturalisation d'immigrés clandestins. Le texte est considéré comme discriminatoire et anti-constitutionnel par ses détracteurs.

Manifestation hostile à la loi sur la citoyenneté indienne
Manifestation hostile à la loi sur la citoyenneté indienne Crédits : DIVYAKANT SOLANKI - Maxppp

Ce matin avant de revenir sur les élections britanniques d'hier, nous partons en Inde.  

Où l'on apprend, en lisant le quotidien The Hindu, que la loi sur la citoyenneté indienne a été promulgée hier par le président Ram Nat Kovind, publiée dans le journal officiel après avoir été validée cette semaine par les deux chambres du Parlement indien. 

Cette loi fait beaucoup parler d'elle, c'est le moins que l'on puisse dire, car au-delà des intentions affichées par le gouvernement de Narendra Modi (celle de naturaliser les immigrés clandestins présents sur le territoire indien depuis 6 ans et d'ouvrir les portes de la citoyenneté aux minorités opprimées dans les pays voisins) cette loi porte en elle une très forte dimension anti-musulmane. En fait, résume The Hindu, le texte définit comme bénéficiaire les membres de religions Sikh, Bouddhiste, Hindou, Jaïn, Parsi et chrétienne... en excluant ostensiblement du processus de naturalisation une seule catégorie de croyants : les musulmans. 

C'est pour cette raison que depuis qu'elle a été soumise au Parlement, la loi suscite de très fortes tensions en particulier dans l'Etat d'Assam, dans l'extrême Nord-Est de l'Inde, au-delà du Bangladesh, là où une très forte majorité de la population est musulmane. The Times Of India nous donne un aperçu de cette mobilisation, en nous apprenant qu'hier jeudi, "des milliers de personnes se sont à nouveau rassemblées dans le centre de la principale ville de l'Etat, Guwahati, bravant le couvre-feu illimité mis en place par les autorités. La police a tiré sur des groupes de manifestants à balles réelles" selon des médecins interrogés par le journal, des médecins qui ont du prendre en charge une vingtaine de blessés dont deux n'ont pas survécu à leurs blessures.  

The Times of India nous explique aussi que dans ce même Etat d'Assam, les écoles sont fermées par mesure de sécurité jusqu'au 22 décembre et qu'internet y est coupé, sur ordres du gouvernement depuis mercredi, un blocage des communications numériques qui vient d'être prorogé pour 48 heures.  

Si cette loi sur la citoyenneté crée autant de polémique, c'est qu'elle est discriminatoire, on l'a dit, mais aussi parce qu'elle semble aller à l'encontre de la Constitution indienne. C'est en tous cas le point de vue défendu par Anupama Roy dans The Hindu : selon cette universitaire spécialisée dans les questions de citoyenneté justement, "une majorité d'indien ne souscrit pas à l'idée portée par la loi selon laquelle l'appartenance à la nation indienne doit être liée à la religion du citoyen". Mettre les musulmans au ban de la communauté nationale, c'est même selon Anupama Roy violer l'esprit de la Constitution indienne qui met la laïcité et l'inclusion religieuse au coeur du projet national (à l'inverse par exemple du Pakistan, fondé à la même période, mais qui revendique son caractère islamique). 

La question devrait être tranchée par la Cour suprème d'Inde dont le site LiveMint nous apprend qu'elle a été saisie par l'Union des musulmans d'Inde. Reste à savoir si cette Cour osera marquer son indépendance face au grand projet nationaliste porté par le gouvernement de Narendra Modi et qui atteint là, à croire la revue The Wire, une sorte d'aboutissement. Avec la loi sur la citoyenneté, les nationalistes hindous du BJP, le parti de Modi, réalisent leur grande vision dite de "Sangh Parivar", à savoir, de l'Inde comme une "famille" unie autour de l'hindouisme et du rejet, d'abord de l'impérialisme britannique puis de l'islamisme. 

"Jusque-là cette idéologie nationaliste était tempérée par les alliances politiques que le BJP avait dû former pour arriver au pouvoir, ses partenaires de gouvernement l'empêchaient d'aller au bout de son idée", analyse Ajoy Ashirwad Mahaprashasta pour The Wire, mais désormais il a seul la majorité dans les deux chambres et peut réaliser son inquiétant rêve d'une inde où les musulmans en particulier seraient des citoyens de seconde zone. Ils sont, il convient tout de même de le rappeler, 200 millions sur une population indienne totale de 1 milliards 300 millions d'Indiens.

Revenons à présent sur les élections britanniques d'hier et donc sur la très large victoire du camp conservateur de Boris Johnson.  "Landslide victory", une victoire écrasante comme un glisssement de terrain, selon l'expression consacrée que l'on retrouve un peu partout ce matin en Une des journaux de Londres à Belfast en passant par Cardiff et Edimbourg. A en croire les sondages sortie des urnes, les 'Tories' remportent une majorité absolue au Parlement comme ils n'en avaient pas eu depuis l'époque de Margaret Thatcher. 

Alors forcément, la première conclusion à laquelle en arrivent les éditorialistes, c'est que c'est une victoire avant tout du camp du Brexit.  A force d'avoir mené campagne sur le slogan "Get Brexit Done", soit "réalisons le Brexit", Boris Johnson va vraiment devoir mener à bien la sortie de l'UE, "passer du slogan à la réalité" : voilà le défi qui l'attend comme le résume The Financial Times, et pour cela il va enfin avoir un parlement en ordre de bataille, lui qui jusque-là n'avait essuyé que des rejets d'une Chambre des communes ingouvernable. 

C'est pour contourner ce blocage parlementaire que Johnson avait tenu à organiser des élections anticipées : c'est donc ce matin "une victoire indéniable pour le leader des conservateurs", est bien obligé de reconnaître Martin Kettle du Guardian. Victoire d'autant plus "éclatante" qu'en raflant une large majorité Johnson se débarasse aussi des populistes du Brexit Party de Nigel Farage qui auraient pu lui compliquer la tâche mais qui n'ont apparemment pas perçé dans cette élection.

Mais alors est-ce que ça veut dire qu'on va enfin en finir avec ce Brexit dont on nous parle depuis 4 ans (au bas mot) et auquel on n'osait plus vraiment croire ? Apparemment oui... mais le pro-Labour Martin Kettle du Guardian apporte tout de même un bémol : avec l'éternelle question écossaise Là-bas le parti indépendantiste SNP a réalisé un très bon score et il prévient déjà Johnson que le scrutiun d'hier ne lui donne pas de mandat pour faire sortir l'Ecosse de l'UE contre sa volonté. Le SNP se dit prêt à enclencher la procédure pour organiser un second référendum d'indépendance. Voilà donc de quoi nous rassurer : il y a encore quelques rebondissements dramatiques en vue sur la route du Brexit.

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