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Dans un centre de "tri" des malades à l'hôpital de Brescia en Italie, le 9 mars 2020

Coronavirus - L'Italie nous tend un miroir, osons le regarder

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Les témoignages se multiplient sur les difficultés du système de santé italien. Le choix terrible entre permettre de vivre et laisser mourir alors que le nombre de patients atteints par le coronavirus a dépassé les 12 000.

Dans un centre de "tri" des malades à l'hôpital de Brescia en Italie, le 9 mars 2020
Dans un centre de "tri" des malades à l'hôpital de Brescia en Italie, le 9 mars 2020 Crédits : Matteo Biatta - Maxppp

Pendant l'épidémie, la guerre continue  Notamment en Irak, où les Etats-Unis ont répliqué cette nuit à l'attaque contre une base de la coalition internationale en Irak, qui avait tué trois militaires ce mercredi, deux Américains et un Britannique. Cinq unités de stockage d'armement des Brigades du Hezbollah, pro iraniennes, ont été frappées en représailles. Le New York Times décrypte ce matin l'impuissance technologique face à la tactique rudimentaire des insurgés. Une trentaine de roquettes lancées depuis un camion délabré caché quelque part dans le désert, face à ce type d'attaques, nous n'avons pas de système de protection réellement fiable, écrit le quotidien. Pour le Washington Examiner, il ne faut pas prendre cet échange tirs de roquettes/représailles pour un acte isolé. Le quotidien estime que l'Iran a décidé d'intensifier ses frappes contre des intérêts américains, toujours pour venger la mort du général Soleimani au début de l'année, Khamenei, le guide suprême semble enclin à tester plus que jamais les lignes rouges du président Trump. Ce qui signifie davantage d'attaques iraniennes contre les Américains dans les jours à venir.

L'ennemi invisible

Mais c'est l'autre guerre, celle contre un ennemi invisible, qui continue à alimenter les gros titres des journaux du monde entier. Et c'est l'Italie vers laquelle convergent les regards. Et les articles ne sont pas forcément réjouissants. The Atlantic revient notamment sur ces décisions terribles que doivent prendre les médecins transalpins. il y a désormais un trop grand nombre de patients pour que chacun puisse recevoir les soins adéquats, écrit the Atlantic. Il y a deux semaines, l'Italie comptait 322 cas confirmés et l'on pouvait s'occuper de chacun d'eux. Il y a une semaine, on en était à 2502 cas, les médecins pouvaient encore ventiler les plus atteints. Aujourd'hui avec plus de 10 000 cas, c'est tout simplement trop. Ils doivent privilégier ceux qui ont le plus de chances de s'en sortir, les plus jeunes et les patients les moins atteints par d'autres maladies. 

Ce choix, le choix moral de savoir qui soigner et qui laisser mourir, s'apparente à ceux que l'on doit prendre en médecine en temps de guerre. Nous n'avons pas à juger ces recommandations terribles faites aux médecins italiens, ces choix impossibles, poursuit The Atlantic, mais notre obligation à nous Américains est très claire : stopper la crise avant que l'impossible ne devienne la norme chez nous aussi.   Newsweek publie la lettre poignante d'un médecin d'un grand hôpital italien qui veut garder l'anonymat mais réveiller les consciences. Très concrètement, écrit-il, nous devons choisir, entre intuber un patient de 40 ans qui a deux enfants, un quarantenaire qui n'est pas atteint d'autre affections lourdes et une personne de 60 ans souffrant d'hyper tension. Et pendant ce temps, dans les couloirs de l'hôpital, 15 autres patients attendent, le souffle déjà court, en manque d'oxygène. Nous ne sommes pas encore au pic de l'épidémie, ajoute le médecins alors vous qui êtes moins atteints que nous, il n'y a qu'une solution : annulez toute sortie avant d'en arriver là. Aucun voyage d'agrément ou d'affaire ne vaut la peine face aux risques encourus. Vous ne semblez pas réaliser ce qui vous attend. Ecoutez-moi, même si vous êtes jeune et en bonne santé. Vous pensez être épargné, vous avez juste un petit rhume. Très bien, mais qui vous dit que vous n'êtes pas porteur du virus et qu'en sortant vous balader vous n'allez pas tuer par inadvertance un couple de vieux qui passait par là ?  

Un avertissement au monde

Dans toute la presse, les appels à annuler toute sortie, à garder ses distances se multiplient.   Et le New York Times aussi conseille de regarder de plus près la Péninsule. Le système de santé italien souffre et c'est un avertissement au monde. L'Italie a 10 jours d'avance sur le reste de l'Europe, poursuit le New York Times, et l'Allemagne tire la sonnette d'alarme mais la situation doit nous alerter d'autant plus nous aux Etats-Unis que nous n'avons pas de système de santé public. Alors puisque tout nous y engage, allons donc voir ce qui se passe dans cette Italie qui nous précède de 10 jours. A la Une du Corriere della Sera, cette interview du responsable de l'unité de réanimation de l'hôpital de Bergame. Aujourd'hui, dit-il, nous voyons arriver des patients plus jeunes, entre 40 et 45 ans, atteints de pathologie plus graves. Nous libérons deux à trois patients par jour mais 5 à 6 nouveaux arrivent.  

Une désastreuse intervention 

A la Une de la plupart des quotidiens aussi cette intervention du président Matarella. L'Europe doit nous aider, pas créer d'obstacles. Une réaction à la sortie hier de Christine Lagarde, la patronne de la Banque centrale européenne, qui rend furieuse la presse italienne. Elle a refusé d'alléger les tensions qui entourent la dette italienne sur les marchés. Une grosse erreur, titre le Corriere della sera qui n'a pas de mot assez dur pour dénoncer la pire conférence de presse de la BCE en 20 ans. Elle nous a coûté la plus grosse tempête boursière que nous ayons jamais connu. C'est dévastateur. Après l'intervention de Lagarde, le coût de la dette a explosé. Cela risque de coûter des milliards de dollars aux contribuables italiens, alors que le pays est mis à genoux par une épidémie qui se propage à toute l'Europe. Et de mettre en garde la Commission qui se réunit ce vendredi et l'eurogroupe de lundi. 

Nous sommes certes inquiets, nous les Italiens, mais aussi exigeants, nous n'accepterons pas d'être relégués à la marge. Nous attendons de l'Europe non des phrases insouciantes mais toute l'attention que nous méritons. Prenez cette crise au sérieux.  

Sur une note moins sombre. Dans la Stampa, si l'épidémie affecte plus de 12 000 personnes, le nombre de patients guéris augmente plus vite que celui des personnes décédées. Il Foglio se félicite de l'unité du pays et du nouveau patriotisme italien. Cette pandémie, écrit le journal, est un test de résistance sur le caractère du pays et nous pouvons être fiers. Enfin la Repubblica met à la Une le témoignage du médecin Angelo Vavassori réanimateur à Bergame. J'ai été intubé, inconscient et j'ai cru mourir et me voilà revenu à la vie. J'espère retourner au travail lundi. Et j'ai un mot à vous dire à tous : Résistez!

Marie-Pierre Vérot

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