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Le Premier ministre Boris Johnson le jour du Brexit. Le remaniement du 13 février l'a vu récompenser les plus loyaux

Comment renforcer son pouvoir, trois méthodes

6 min
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Trois dirigeants qui ont empoigné les commandes de leur pays à la Une ce matin. Boris Johnson, en Grande Bretagne, écarte lors du remaniement les têtes qui dépassent, Donald Trump aux Etats-Unis fait pression sur la justice et le Brésilien Bolsonaro s'entoure de militaires au Palais.

Le Premier ministre Boris Johnson le jour du Brexit. Le remaniement du 13 février l'a vu récompenser les plus loyaux
Le Premier ministre Boris Johnson le jour du Brexit. Le remaniement du 13 février l'a vu récompenser les plus loyaux Crédits : Andrew Parsons / No10 Downing Street - Maxppp

Boris Johnson veut contrôler tous les leviers du pouvoir. C'est le constat unanime de la presse britannique au lendemain du remaniement ministériel Un homme en a fait les frais, un homme qui a claqué la porte du gouvernement, quitté le poste très convoité de chancelier de l'Echiquier, c'est-à-dire ministre des Finances : Sajid Javid. Il n'a pas accepté de se faire imposer son équipe ministérielle par Downing Street. Il ne voulait pas être Chino "chancellor in name only", chancelier seulement en titre, analyse le Daily Telegraph

Sajid Javid s'était pourtant montré disposé à suivre les orientations fiscales et les choix de dépenses du Premier ministre note le Guardian, mais peut-être pas assez. Voilà, poursuit le quotidien proche des travaillistes, qui laisse Boris Johnson aux manettes du Trésor, avec le contrôle de la politique économique et fiscale, à moins d'un mois de la présentation du budget. Budget qui doit en finir avec des décennies d'austérité. Et c'est l'âme damnée du Premier ministre, son conseiller Cummings dont le Guardian voit la main derrière ce qu'il considère comme un limogeage. Ils savaient bien estime le journal que Javid refuserait de se faire tordre ainsi le bras et ils avaient gardé au chaud un successeur super loyal, juste au cas où, Rishi Sunak, jusque là secrétaire en chef du Trésor. 

La loyauté comme priorité

Une autre certitude ce matin pour le Guardian, Dominic Cummings a érigé la loyauté au rang de priorité et renverra sans ménagement quiconque s'aviserait de contester l'autorité du Premier ministre. Exit le ministre de l'Irlande du Nord qui avait osé critiquer certains aspects du Brexit, la porte aussi pour Geoffrey Cox, le procureur général au verbe fort.

Le Times voit ce matin une faiblesse, dans le fait de récompenser de seconds couteaux s'ils sont loyaux. Ce sont des marionnettes, poursuit le quotidien conservateur comme Cummings le souhaitait. Mais c'est parce que les pourparlers du Brexit sont en cours, plaide le Daily Telegraph, qui a l'oreille de Downing Street. Il nous faut encore un commandement à la Napoléon. C'est justement ce qui inquiète l'Independent qui redoute de voir fondre les garde fous face à un Premier ministre et des conseillers non élus désormais tout puissant.   

C'est une autre décision de Boris Johnson qui inquiète le Sun : le Premier ministre britannique ne cesse de reporter sa visite prévue aux Etats-Unis. Voilà qui va froisser Trump, estime le tabloïd, tant le président américain est désireux de conclure un accord avec la Grande Bretagne avant d'entamer la dernière ligne droite de sa campagne à l'automne. La visite devait être en janvier, puis ce mois-ci et finalement, ils ne se verront pas avant juin, lors du sommet du G7 à Camp David, écrit le Sun qui fait état du malaise au sein du gouvernement alors que Boris Johnson a fortement réduit ses déplacements à l'étranger cette année pour se consacrer à l'agenda domestique. 

Des tweets gênants

Donald Trump apparaît lui fort occupé avec la justice, mais pas question d'impeachment ce matin. Il est plutôt question d'ingérences répétées. Nous parlons là de l'affaire Stone.  Le président n'a cessé de twitter en faveur de son ami Roger Stone, reconnu coupable de mensonge au Congrès et de subornation de témoin dans le cadre de l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection américaine de 2016. Le président trouvait trop dures les réquisitions 7 à 9 ans de prison. Il s'en était ému dans un tweet et le ministre de la Justice les a opportunément désavouées, demandant plus de clémence. Ce que Trump a immédiatement salué dans un nouveau tweet. Malaise profond depuis quelques jours aux Etats-Unis devant cette ingérence manifeste. Ce qui a déclenché une prise de parole fort remarquée du ministre de la justice William Barr. Dans un entretien à ABC, il assure avoir pris sa décision en toute indépendance et se dit gêné par les tweet présidentiels. "

Des déclarations publiques, des tweets à propos de mon ministère, des employés du ministère, ou sur les juges devant lesquels nous avons des affaires, voilà qui rend ma tâche impossible. Et m'empêche d'apporter la garantie aux tribunaux comme aux procureurs que nous accomplissons notre travail en toute intégrité

On a eu beau présenter William Barr comme le plus fidèle des alliés de Trump, écrit le New York Times, son attaque est sans précédent. Même si de nombreux proches préféreraient que le président s'abstienne de twitter, c'est la première fois qu'un responsable en exercice au plus haut niveau le dit de manière aussi publique. Voilà qui alimente les spéculations sur son avenir, poursuit le journal, avant d'estimer que tout dépendra en fait de la manière dont Fox News analysera cette prise de parole. Pour le Washington Post, les tensions entre Trump et Barr ne sont pas récentes. Le président s'impatienterait devant l'absence de poursuites contre l'ancien numéro 1 du FBI James Comey, devenu son ennemi personnel. La presse américaine qui se penche aussi ce matin sur de nouveaux changements intervenus à la Maison Blanche, qui ont vu des fidèles promus aux postes clefs.  Un autre nomination retient l'attention ce matin, et c'est au Brésil.  Et de 9, un neuvième militaire au gouvernement, le général Walter Souza Braga Netto, et pas au moindre des postes, celui de ministre de la Maison civile, c'est à dire Premier ministre. A présent, note O Globo, tous les ministres nommés par le Palais sont d'origine militaire. Malgré ce cabinet «militarisé», le président assure qu'il n'a «rien contre les civils».  Quand la Folha de Sao Paulo lit dans l'arrivée du général Netto, qui sera assisté d'un autre militaire l'amiral 4 étoiles Rocha, le signe que le Palais est dans une mentalité d'assiégé, alors que le président accumule les revers sur le front économique. N'oublions pas la devise inscrite sur le drapeau brésilien "Ordem e Progresso" Ordre et progrès...

Marie-Pierre Vérot

Chroniques

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