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Jeanine Anez a été reconnue présidente par intérim par la Cour constitutionnelle de Bolivie

En Bolivie, la transition post-Morales prend des allures de contre-révolution

4 min
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Depuis qu'Evo Morales a quitté le pouvoir, l'opposition de droite a pris le pouvoir et y organise une rupture franche avec les 13 année de socialisme indigéniste en Bolivie, exacerbant les divisions dans un pays où les affrontements liés à cette crise politique ont déja fait 10 morts.

Jeanine Anez a été reconnue présidente par intérim par la Cour constitutionnelle de Bolivie
Jeanine Anez a été reconnue présidente par intérim par la Cour constitutionnelle de Bolivie Crédits : AIZAR RALDES - AFP

Nous retournons ce matin en Bolivie, où l'ancienne opposition au président de gauche Evo Morales a pris le pouvoir. 

Un changement politique pour le moins contesté... souvenez-vous : dimanche Evo Morales avait accepté de quitter la présidence qu'il occupait depuis 13 ans, poussé vers la sortie par le chef d'état-major de l'armée bolivienne et par les manifestations qui dénonçaient les fraudes électorales lors de sa troisième réélection fin octobre. 

Depuis, nous rappelle le politologue Ian Bremmer dans le magazine américain Time, Evo Morales a trouvé refuge au Mexique de son allié Andres Manuel Lopez Obrador et mardi, après deux jours de vacance du pouvoir, l'opposante Jeanine Anez, qui n'était que seconde vice-présidente du Sénat, s'est en quelque sorte auto-proclamée présidente par intérim, sans avoir pour cela la majorité nécessaire au Parlement, mais en profitant d'un boycott de son vote de confiance par les partisans du Mas le parti de Morales. 

Ces derniers y ont vu la confirmation que c'est bien un coup d'Etat anti-démocratique qui a chassé leur président du pouvoir ; depuis, commente Ian Bremmer, "la Bolivie fait face à un destin pour le moins incertain" : la crise fait ressortir les divisions profondes qui minent le pays, et Evo Morales ne fait rien pour les apaiser selon l'analyste amércain. Dans une interview publiée mercredi dans El Pais, le président en fuite se dit victime d'une conspiration contre lui, il laissait entendre qu'il pourrait revenir bientôt dans son pays : autant de déclarations, estime à nouveau Ian Bremmer dans le Time Magazine, qui ont poussé ses partisans à contester de manière parfois violente la prise du pouvoir par la droite. A ce propos La Jornada, à la Paz, nous apprend que les affrontements entre des partisans de Morales, des opposants et les forces de l'ordre ont déja fait dix mort à travers le pays. 

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Il faut dire que la transition politique proposée par la nouvelle présidente par intérim est en fait une rupture totale avec l'ère Morales. Et ça aussi, ça attise les tensions dans la population : Jeanine Anez est depuis seulement trois jours à la Présidence mais elle multiplie les décisions symboliques pour revenir sur tout ce que le socialisme indigéniste du Mas avait mis en place après 2006. 

Le quotidien El Deber retient quatre de ces symboles : d'abord la nouvelle chef de l'Etat s'est installé dans l'ancien palais présidentiel, et pas dans la tour moderne de la Maison du Peuple que Morales avait faite bâtir aux couleurs des nations andines de Bolivie ; ensuite, Jeanine Anez a pris soin de placer son arrivée au pouvoir sous le signe de la religion catholique, là où Morales avait fait de la Bolivie une république laïque : elle a prêté allégeance devant Dieu, dans son premier discours, avant d'en faire de même devant la Constitution bolivienne.

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Troisième point de rupture affichée (et relevé par El Deber), le nouveau pouvoir a fait réinstaller au palais du gouvernement un drapeau arborant la fleur de Patuju, symbole des luttes populaires dans l'est du pays, la région qui s'est toujours opposée aux réformes du Mas. 

Enfin, et c'est ce qui retient surtout l'attention du Guardian, "le gouvernement formé par Jeanine Anez ne comprend aucun ministre issu de la majorité indigène du pays" (EDIT : en réalité une ministre aymara a été désigné à la Culture et au tourisme, ce qui n'est pas sans connotation). C'est là, insiste Dan Collyns le correspondant du quotidien britannnique à La Paz, la prise de position la plus clivante du nouveau pouvoir, vécue comme un affront, un mépris par les Aymaras, l'ethnie dont Morales était le porte-étendard et à qui il avait voulu redonner toute sa place dans la vie politique et économique de la Bolivie. 

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Dans les rues de la Paz, Dan Collyns a rencontré plusieurs Boliviens qui étaient critiques de la dérive anti-démocratique d'Evo Morales ces dernières années mais qui s'inquiètent aujourd'hui du tournant droitier qu'affichent Anez et les siens, alors qu'ils n'ont pas été élu par le peuple. 

A ce propos l'opposant "de centre-gauche" Carlos Mesa, qui était le principal rival de Morales lors de la présidentielle du 20 octobre, redit dans les colonnes d'El Pais que ce nouveau gouvernement (dont il ne fait pas partie et dont il reconnait qu'il contient des personnalités ultra-conservatrices) doit très rapidement organiser des élections pour lever les doutes sur sa légitimité. En attendant, insiste Mesa, il faut que cette équipe de transition reste "impartiale et neutre"... ce n'est pas tout à fait ce qui est en train de se passer.

Ce qui change enfin radicalement c'est la politique étrangère de la Bolivie : dans une Amérique latine très polarisée, décrit le journal anglais The Telegraph, l'arrivée de la droite au pouvoir en Bolivie rebat les cartes des alliances régionales. La nouvelle ministre bolivienne des affaires étrangères, dès sa prise de fonction, a clairement dit qu'elle allait revoir les alliances de son pays ; elle commence fort en reconnaissant Juan Guaido comme président du Vénézuéla contre Nicolas Maduro dont Evo Morales était l'un des derniers soutiens sur le continent. Il est également question de rappeler les fonctionnaires en poste à l'Ambassade de Bolivie à Caracas.

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Il en va de même, poursuit La Razon, des relations avec Cuba, avec effet immédiat là aussi : dès ce vendredi 725 citoyens cubains sont priés de quitter la Bolivie ; ils travaillaient pour le programme de coopération médicale qui offrait des consultations gratuites à la population bolivienne, or le programme est interrompu. Il est intéressant de noter qu'exactement la même chose s'était passée fin 2018 quand Jair Bolsonaro avait été élu président du Brésil.

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