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Malgré les importantes parties expurgées, le rapport Mueller est accablant pour Trump et les siens, selon la presse américaine

Trump blanchi par le rapport Mueller ? C'est tout le contraire, dit la presse américaine

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La publication des conclusions de "l'enquête russe" révèle comment l'entourage du président a cherché à contercarrer les investigations du procureur spécial Robert Mueller. Au Congrès à présent d'en tirer les conséquences judicaires. En Irlande du Nord le terrorisme nationaliste tue à nouveau.

Malgré les importantes parties expurgées, le rapport Mueller est accablant pour Trump et les siens, selon la presse américaine
Malgré les importantes parties expurgées, le rapport Mueller est accablant pour Trump et les siens, selon la presse américaine Crédits : Getty Images - AFP

Une chose semble sûre, à la lecture des journaux ce matin : Donald Trump n'a pas fini d'entendre parler du procureur Mueller. 

"N'en déplaise au président américain, la séquence 'enquête russe' n'est en aucun cas derrière lui" et c'est le Financial Times qui avertit d'emblée l'homme de la Maison Blanche.

C'est une mise au point, qui vient après la publication hier aux Etats-Unis du rapport d'enquête du procureur spécial Robert Mueller, dans sa version expurgée des données confidentielles par le Ministère de la Justice. Donald Trump, qui reconnaissait il y a deux semaines "ne pas avoir lu" les quelques 450 pages du rapport, a tweeté hier ce lapidaire : "Game over : pas de collusion, pas d'obstruction". Il n'aurait donc rien à se reprocher, totalement blanchi par les conclusions de deux années d'investigations... 

Sauf que la presse américaine, elle, n'a pas lu la même chose dans le rapport. D'abord, le Financial Times note que dès sa première page, le document établit "plusieurs liens entre le gouvernement russe et la campagne trump de 2016". Même s'il se refuse à entamer des poursuites pour collusion, il indique clairement dans sa conclusion que les faits établis pourraient donner lieu à une procédure criminelle pour obstruction à la Justice si toutefois le Congrès le décidait.  

Car ce qui ressort de manière frappante de la lecture du rapport Mueller, ce sont les multiples occasions en lesquelles l'administration Trump a cherché à mettre des batons dans les roues de l'enquête russe.  

c'est sur ce point qu'appuye d'ailleurs The Washington Post : depuis une tentative de limogeage en règle du procureur Mueller, jusqu'à la consigne donnée à certains collaborateurs de mentir face aux magistrats, les faits sont consignés noir sur blanc dans le rapport.

"Les mensonges, peurs et paranoïa de la Maison Blanche sont mis à nu", écrit donc le Washington Post, quand le New York Times concentre son édito sur "le modèle de tromperie et de dysfonctionnement" qui apparaît dans les vaines tentatives de l'équipe Trump de contrecarrer l'enquête spéciale. Mais le Times nous confirme aussi, que s'il donne tous les éléments factuels qui peuvent permettre des poursuites, Robert Mueller se refuse à en prendre l'initiative, préférant laisser la prochaine étape au Congrès. Une manière de considérablement repolitiser toute l'affaire. 

J'en termine sur cette enquête russe par un personnage particulièrement exposé depuis la publication du rapport : le ministre américain de la Justice, William Barr est mis en cause par de nombreux journaux  pour avoir tiré trop vite des conclusions favorables à Donald Trump sur la question de l'obstruction à la Justice. Barr, nous dit USA Today, a affirmé dès qu'il l'a reçu il y a un mois (et il a réaffirmé ce jeudi) que le rapport Mueller dédouanait complètement le président. Mais maintenant que les journalistes ont le rapport en main, ils voient bien que le ministre a menti, sciemment, pour protéger son patron.  

Et pourtant, rappelle Politico, le ministère de Barr a pris un mois pour expurger à sa guise le rapport livré à la presse ; mais même avec des passages entiers caviardés, impossible de le lire sans y trouver cette conclusion : Trump et les siens étaient terrifiés par ce que pourrair révéler l'enquête du procureur Mueller, ils ont tout fait pour la faire échouer, ils n'y ont pas réussi... 

Le président et ses hommes n'ont donc vraiment pas fini (et nous avec) d'en entendre parler.

Un mot, à présent, dans la presse britannique : celui de "terrorisme", à nouveau associé à la ville de Derry en Irlande du Nord. 

... Et c'est tout un insconscient collectif qui refait surface, quand on voit, sur le site du Belfast Telegraph, les images de ce qui s'est passé hier soir donc dans le quartier de Creggan, considéré comme un "fief nationaliste". 

Car oui, le terme est toujours d'actualité, et la cause nord-irlandaise avec lui, tant les discussions sans fin sur le Brexit et la frontière entre les deux Irlandes, a remis du sel sur les plaies mal cicatrisées de l'île. 

Hier soir à Derry, donc, deux véhicules de police sont venus pour perquisitionner des maisons, après ce que le Belfast Telegraph décrit comme "24 heures de terreur" dans la ville : pas moins de 4 bombes artisanales, attribuées au groupe nationaliste les "Dissidents Républicains", avaient été retrouvées entre mardi et mercredi. Elles visaient des maisons individuelles, deux seulement ont explosé et aucune n'a fait de victime. 

Mais hier soir donc dans ce quartierr de Creggan, les policiers cherchaient à perquisitionner ce qu'ils pensaient être des repères des Dissidents Républicains, mais, selon le récit du Derry Journal, ils ont été accueillis par un groupe de jeunes gens qui leur a lancé d'abord des bouteilles puis des puierres, puis une dizaine de cocktails molotov qui ont mis le feu à un des véhicules de police, et enfin des coups de feu ont été échangés.  

C'est à ce moment-là, raconte The Guardian, qu'une jeune femme de 29 ans est tombée à terre. Elle a succombé à ses blessures peu de temsp après, à l'hopital. 

Cette jeune femme, selon BuzzFeedNews, a été identifiée par ses amis comme Lyra McKee, journaliste indépendante, collaboratrice entre autres de The Atlantic, et de Buzzfeed. 

Lyra était sur les lieux, son dernier tweet montre la voiture de police en jeu et décrit "la folie absolue" de ce qui était en train de se passer. La jeune autrice était sur place, justement parce qu'elle enquêtait sur la résurgeance du conflit nord-irlandais ces derniers temps.  

En succombant à cette balle perdue, reçue alors qu'elle se trouvait tout près d'une voiture de police selon sa consoeur Leona O'Neill du Belfast Telegraph, Lira McKee devient la première victime depuis des années, de ce que la police a immédiatemment qualifié "d'acte de terrorisme".  

Sa mort, pointe The Guardian, intervient à deux jours de Pâques ; traditionnellement c'est un moment de réactivation des dissidents nationalistes qui, il faut bien le dire n'ont jamais vraiment disparu en Irlande du Nord.  

Aujourd'hui c'est le Vendredi saint, et ce jour a donné son nom à l'accord de paix de 1998 qui a mis fin à la lutte armée entre les principaux partis politiques irlandais. Tous, ce matin, condamnent les évènements meurtiers d'hier soir. 

Le Daily Mirror cite en particulier le Sinn Fein, parti nationaliste qui apelle les "soi-disants dissidents" responsables de la mort de Lyra McKee à cesser leurs attaques qui je cite, "menacent directement l'accord du Vendredi saint".  

Même inquiétude, du côté des unionistes du D.U.P., qui font le lien entre les émeutiers d'hier à Derry, et ceux qui "dès les années 70 ont amené des armes feu dans les rues d'Irlande : ils avaient tort à l'époque, ils ont toujours tort aujourd'hui".

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