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Vue aérienne du port de Beyrouth le 7 août "200 tués, 6000 blessés dont 1000 avec des handicaps permanents, 300 000 sans abri, un tiers de la ville détruite, je ne m’arrêterai devant aucune immunité" avait déclaré le juge Sawan.

Au Liban, retour à la case départ pour l'enquête sur l'explosion du 4 août

5 min
À retrouver dans l'émission

La cour de cassation libanaise a dessaisi hier le juge Sawan pour présomption de partialité, et non respect de la constitution. La Bolivie rend au FMI le prêt d'urgence spécial pandémie fait en avril. Des joueurs d'un jeu vidéo piégés dans l'espace à 800 années-lumière de chez eux.

Vue aérienne du port de Beyrouth le 7 août "200 tués, 6000 blessés dont 1000 avec des handicaps permanents, 300 000 sans abri, un tiers de la ville détruite, je ne m’arrêterai devant aucune immunité" avait déclaré le juge Sawan.
Vue aérienne du port de Beyrouth le 7 août "200 tués, 6000 blessés dont 1000 avec des handicaps permanents, 300 000 sans abri, un tiers de la ville détruite, je ne m’arrêterai devant aucune immunité" avait déclaré le juge Sawan. Crédits : AFP - AFP

Cela fait les gros titres de L'Orient le jour : "Le juge Sawan dessaisi du dossier de l'enquête, retour à la case départ", titre le quotidien libanais en langue française.      

C'est la chambre pénale de la cour de cassation qui a révoqué le 18 février ce juge chargé d'enquêter sur l'explosion. L'enquête était déjà sur pause depuis deux mois, en attente de cette décision.   

"C'est une gifle pour tous les Libanais qui veulent comprendre pourquoi et comment et à cause de qui leurs vies, leurs habitations ont été anéanties en l'espace de quelques secondes", écrit le journal.   

Pourquoi le juge Sawan a été dessaisi ? Officiellement, pour présomption de partialité, et non respect de la constitution. "Pour étouffer l'enquête", disent les familles des victimes qui dès l'annonce de ce verdict sont allées manifester au pied du palais de justice de Beyrouth.  

Il faut que justice soit rendue, vous ne pouvez pas nous faire cela. Ce juge a mis le doigt là où ça fait mal. Malgré les erreurs qu’il a pu faire, il est le mieux placé pour s’occuper de ce dossier, estime le père d’une des victimes dans L'Orient le jour.   

L'Orient le jour raconte les sanglots, l'amertume : Yousra a perdu son fils de 20 ans, Brahim. Elle s'effondre en larme sur le bitume : "Nous voulons savoir qui a tué nos enfants, rien d'autre !" Son mari l'observe une cigarette à la main, et ajoute : "Ils ont dessaisi Sawan car il voulait dévoiler la vérité, interroger des responsables politiques haut placés, nous le soutiendrons jusqu'à la mort".   

La mère d'un employé du port, mort aussi ce 4 août, s'extrait de la foule pour fondre en larme. "C'est la première fois que je manifeste, confie Wafa la gorge nouée, le portrait d'Amir 43 ans entre les mains. "Ses enfants n'arrivent toujours pas à accepter son décès, ils me demandent tout le temps quand il va revenir".  

L'impunité de la classe politique libanaise, l'impossibilité même de l'interroger, c'est en effet ce qui se joue avec cet arrêt brutal de l'enquête. Mais ce n'est pas une réelle surprise à lire un article publié en décembre par Libération : Au Liban, l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth prend l'eau.    

Le juge Fadi Sawan a eu "le tort" d'inculper deux députés, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zaayter qui étaient pour l'un ministre des Finances et pour l'autre des Travaux publics et Transports au moment de l'explosion. Tous deux, comme l'ancien premier ministre Hassan Diab, avaient été alertés du danger que représentait le stock de nitrate d'ammonium sur le port, mais ils ont, depuis la démission du gouvernement Diab, retrouvé leurs postes de députés... et ils bénéficient donc de l'immunité parlementaire.   

En vertu de quoi, ils ont déposé un recours au motif que le juge ne respectait pas la Constitution en les inculpant, et ils ont ajouté un autre grief : le conflit d'intérêt. Le domicile du juge Sawan ayant été endommagé par l'explosion, il ne pourrait pas rester objectif.   

Sur les 4 juges de la cour de cassation libanaise, un seul a dit que l'argumentation des avocats des anciens ministres ne tenait pas la route.   

Ce qui a surtout été reproché au juge Sawan, rapporte L'Orient le jour, c'est d'avoir ouvertement annoncé qu'il n'y aurait aucune ligne rouge. Et de citer les propos du juges qui ont été retenus contre lui dans les 25 pages du verdict de la cour de cassation.    

Devant l’ampleur de la catastrophe, du nombre de victimes, 200 tués, plus de 6 000 blessés, dont près d’un millier sont sortis des hôpitaux avec des handicaps permanents, sans compter la tragédie que représente le nombre de sans-abris qui a dépassé les 300 000 et la destruction du tiers de la capitale, je n’hésiterai à poursuivre aucun responsable, aussi haut placé soit-il, et ne m’arrêterai devant aucune immunité ou ligne rouge. Le juge Fadi Sawan.   

Dans les 6 mois qu'aura duré son enquête, 25 personnes ont été mises en prison, surtout des officiers de sureté, qui avaient alerté les autorités sur le danger du stock d'ammonium. Vont-elles être libérées en attendant qu'un remplaçant au juge Sawan soit désigné ? se demande L'Orient le jour, avant de conclure : Mystère et boule de gomme.     

La Bolivie ne veut plus l'argent du FMI  

Le gouvernement socialiste élu en novembre ne veut pas de l'argent du FMI, et c'est pour "défendre sa souveraineté nationale", que la Bolivie a donc décidé de rembourser hier le prêt qui avait été fait par le FMI en avril. Un prêt en urgence, pour faire face aux besoins liées à la pandémie de covid.   

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Le prêt a été accordé quand c'était le gouvernement intérimaire qui dirigeait le pays raconte le correspondant à Lima d'El Pais. Depuis, il y a eu les élections, Luis Arce, le dauphin de l'ancien président Evo Morales a gagné les élections, et le nouveau pouvoir bolivien ne veut pas être obligé d'appliquer les politiques économiques que préconise le FMI.   

L'opposition lui répond que ce prêt ne comporte aucune conditions, ce qui n'est pas tout à fait juste à lire le communiqué du FMI sur l'octroi de ce prêt à la Bolivie.    

Les autorités ont exprimé leur détermination à assurer la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette une fois la crise passée. À cette fin, ils se sont engagés à atteindre un déficit budgétaire durable à moyen terme, tout en continuant à maintenir un soutien solide aux dépenses sociales, et à adopter d'autres mesures macro et financières si nécessaire. FMI, le 17 avril 2020.     

L'opposition dit aussi que l'argent pourrait être utile, alors que le pays sort d'une deuxième vague d'infection. 11 000 personnes sont mortes du covid dans ce pays de 11 millions d'habitants.   

Pour le moment, la Bolivie a fait sans cet argent, car le parti de Luis Arce lorsqu'il était dans l'opposition a pu empêcher son utilisation via le parlement.   

Ce n'est pas pour autant un jeu à somme nulle. Pas du tout ! Avoir détenu cet argent sans le dépenser aura couté à la Bolivie quasi 20 millions de dollars. 

Alors que le prêt initial était de 327 millions de dollars en avril, la Banque centrale de Bolivie a rendu hier 346,7 millions. La différence, c'est le taux de change, et aussi 4 millions 700 000 dollars en intérêt et commission explique la Banque centrale dans un communiqué.   

"La Bolivie est l'un des pays les plus pauvre d'Amérique latine", rappelle Reuters, la preuve qu'on ne prête pas toujours qu'aux riches... Mais quasi 5 millions de dollars d'intérêt sur 9 mois, on se demande combien cela va couter aux 80 autres pays à qui le FMI a accordé ce type de prêt d'urgence pandémie.   

La Banque centrale de Bolivie dit qu'elle va engager des poursuites administratives, civiles et pénales contre ceux et celles qui ont négocié ce prêt.   

Un petit détour dans l'espace pour finir...   

A l'heure où tous les journaux du monde se font l'écho de l'atterrissage (ou plutôt amarsissage !) sur Mars du robot de la Nasa Perseverance, restons dans l'espace, mais dans un jeu vidéo, avec cet article de Polygon intitulé : "Les joueurs d'Elite Dangerous disent qu'ils sont arnaqués, piégés dans l'espace, malmenés et forcés au travail à 800 années-lumière de chez eux".     

Attention ! nous dit cet article du journal américain spécialisé dans les jeux vidéo traduit par le Courrier International, si vous aimez le jeu qui s'appelle ELITE DANGEROUS, il y a un risque que vous vous retrouviez dans un goulag, au fond de l'espace, sans pouvoir bouger...  

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Ce jeu vous permet,  quand tout va bien, d'être un capitaine de vaisseau, qui visite l'espace, cherche des matières précieuses, les vend, mais un groupe de "capitaines voyou" en détourne en ce moment les règles.   

Comme on y joue à plusieurs, ils proposent aux débutants de les faire voyager à une vitesse supersonique vers des planètes lointaines dont ils n'arrivent plus jamais à partir.  

"Certaines victimes de cette arnaque virtuelle ont pris leur mésaventure comme une péripétie au sein du jeu. D'autres ont flairé l'embrouille" raconte le journal, dont une jeune fille de 10 ans... qui a pu éviter à son frère de 7 ans de se faire avoir. Il n'y pas mort d'hommes, on reste dans le virtuel, mais du coup, les utilisateurs les moins acharnés quittent le jeu.   

"Il reste encore des joueurs coincés" nous dit Polygon, mais rassurez-vous, d'autres capitaines ont organisé des convois humanitaires pour exfiltrer les capitaines débutants et les mettre en lieu sûr.  

L'article ne dit pas si c'est près de Mars, Pandora, Hypérion, Solaris ou une planète hurlante pour les fans de Dan Simmons, Andreï Tarkovski et Philip K. Dick.    

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