LE DIRECT
Démonstration de missiles russes S-400

Missiles russes ou avions américains ? La Turquie face au choix des armes

5 min
À retrouver dans l'émission

Les tensions montent entre Ankara et Washington depuis que la Turquie, membre de l'OTAN, a décidé de s'équiper de missiles S-400 de fabrication russe. Au Sénégal des historiens s'attèlent à réécrire 350 000 ans d'histoire nationale pour "décoloniser les esprits".

Démonstration de missiles russes S-400
Démonstration de missiles russes S-400 Crédits : SEFA KARACAN - AFP

La Turquie se retrouve sommée de choisir son camp géostratégique.  

Pour rappel des précécents épisodes, on lira le dossier que consacre Al Jazeera à ces achats d'armes turques. Ankara en fin de semaine dernière a confirmé que son armée était en train de s'équiper de missiles S-400, un système de défense anti-aérienne de fabrication russe. Immédiatemment, Washington a vu rouge, comme un acte de trahison alors que la Turquie est membre de l'OTAN et donc alliée des Etats-Unis : la Maison blanche a annoncé mercredi soir qu'elle excluait les Turcs du programme qui devait leur permettre d'acquérir les nouveaux avions de chasse américains F-35. 

Al Jazeera nous explique, en fait, que les missiles russes S-400, qui peuvent abattre un avion à 400 kilomètre de distance, ont en fait été conçus pour cibler tout particulièrement les F-345 américains.  Le fait qu'Ankara veuille s'équiper des uns et des autres en même temps semble dès lors constituer une hérésie, le franchissement (inconcevable) d'une ligne de partage des ventes d'armements à travers le monde. En clair, Ankara n'aurait pas vraiment le choix des armes.  

Du coup, le quotidien turcophone en ligne Ahval se demande si les Américains ne vont pas également exiger que la Turquie soit exclue de l'OTAN. Et si on lit l'édito d'hier de Bloomberg, on peut être tenté de croire que les Turcs sont allés trop loin en achetant les missiles russes, qu'ils ont ainsi "mis leur doigt dans l'oeil" de l'OTAN, ont "abandonné l'Occident", bref qu'ils sont passés à l'ennemi.

L'agence américaine en veut pour preuve, l'attitude jugée agressive d'Ankara sur un autre dossier qui tend ses relations cette fois avec l'Europe. Bruxelles considère comme illégales les explorations pétrolières que mènent depuis plusieurs mois des bateaux turcs en M2diterranée, au large de l'île de Chypre (lire ce qu'écrivait The Cyprus Mail sur le sujet cette semaine). Tout ça pour dire, avec Bloomberg, que la Turquie ne serait plus un allié pour les Etats-Unis, pour l'Ouest et donc pour l'OTAN. Et l'agence de conclure :"Bon débarras".  

Pendant ce temps le Russes cherchent à attirer un peu plus encore les Turcs vers eux : C'est l'hebdomadaire Argumenty I Fakty, à Moscou, qui nous apprend que l'avionneur militaire russe Rostex propose à présent son propre modèle d'avion de combat, le Su-35, pour remplacer les F-35 américains que laTurquie ne pourra finalement pas acquérir. Les Turcs n'ont pas pour le moment répondu positivement à cette offre russe ; ils semblent surtout pour le moment vouloir en faire une arme de négociation pour que Washington revienne sur sa décision et accepte finalement de leur vendre les F-35. 

Mais il ne faut pas s'y tromper, lira-t-on dans la revue géopolitique Foreign Policy : ce programme des avions F-35 est crucial pour les Américains et leur place dans le monde. Ils l'utilisent, pour sceller leurs alliances stratégiques, se livrant au passage si besoin à une forme de chantage affectif ("si tu n'achète pas mes avions ça veut dire que tu es mon ennemi"), mais surtout utilisant ces contrats à plusieurs milliards de dollars pour consolider leur emprise économique sur ses alliés endettés. 

Mais la partie est loin d'être gagnée cette fois pour les Etats-Unis. "Washington a déjà perdu contre la Turquie", écrit The Middle East Eye. Car ankara semble en position de force : ce serait cette fois l'Amérique qui serait bien trop dépendante des Turcs pour leur tourner vraiment le dos. Dépendante, dans le conflit syrien d'abord, mais aussi dans le programme-même de construction des avions F-35. On comprend en lisant l'analyse d'Akram Khayef dans le MEE que Barack Obama, à l'époque, avait voulu faire des Turcs les co-constructeurs de ces appareils, dont ils détiennent de nombreux secrets de fabrication. La crainte de Washington aujourd'hui c'est donc qu'en se rapprochant des Russes, les Turcs ne leur livrent ces secrets "sur un plateau d'argent".

Il est beaucoup question d'Histoire dans la presse sénégalaise ces derniers jours... 

En particulier ce matin où al plupart des journaux nous expliquent que l'équipe nationale de football a rendez-vous avec l'Histoire, en finale ce soir de la Coupe d'Afrique des Nations face à l'Algérie. 

Mais l'autre nouvelle historique, la vraie, c'est cette initiative rapportée par Le Quotidien de Dakar : un conseil d'historiens sénégalais vient de remettre au président Macky Sally les 5 premiers tomes d'une "_Histoire Générale du Sénégal, des origines à nos jour_s".  L'ancienne colonie française, explique son président au Quotidien, a lancé ce grand projet car "celui qui maîtrise son Histoire contrôle son présent et son futur". 

Les 5 premiers tomes livrés permettent par exemple d'approfondir la période pré-coloniale et les mouvements de refus de la domination des colons quand ils sont arrivés au XIXe siècle. Un chapitre est également consacré à la tuerie de Thiès, en 1938, quand la première grève ouvrière de masse en Afrique française avait été matée dans le sang par l'armée. Autant d'évènements historiques qui ont été passés sous silence dans l'historiographie jusque-là écrite par le colonisateur. 

Il s'agit bien de "décoloniser les esprits", confirme La Nouvelle Tribune. Il y  a aussi bien sûr une dimension d'affirmation nationaliste, voire même panafricaine, quand Macky Sall, cité cette fois DakarActu déclare qu'en dépit des préjugés tenaces, l'Afrique doit prendre conscience et être fière de sa place dans l'histoire de l'humanité". Une réponse claire à ce que déclaraît un certain président français (à Dakar, justement) il y a 12 ans.  

Extrait  donc de ce discours de Dakar de Nicolas Sarkozy en 2007, qui aura finalement peut-être eu le mérite de pousser les Sénégalais à écrire leur propre Histoire générale : elle devrait à terme, selon DakarActu, couvrir 350 000 ans et compter 25 volumes de 500 à 800 pages chacun.

L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......