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Le quai du port d'Arguineguin, aux Canaries, le 25/10/20

La pression migratoire s'amplifie sur les Canaries, le gouvernement Sanchez fragilisé

6 min
À retrouver dans l'émission

L'archipel espagnol des Canaries a vu débarquer plus de 18000 exilés africains cette année avec une accélération ces derniers mois. Le guvernement Sanchez refuse le transfert des migrants vers la péninsule. Le Danemark secoué par un "scandale des visons" qui a coûté la vie à des millions d'animaux.

Le quai du port d'Arguineguin, aux Canaries, le 25/10/20
Le quai du port d'Arguineguin, aux Canaries, le 25/10/20 Crédits : Désirée Martin - AFP

Au large du Maroc, les îles espagnoles des Canaries sont-elles en train de devenir une "nouvelle Lampedusa" ?

La comparaison est volontairement alarmiste, en gros titre ce matin du quotidien conservateur espagnol El Mundo mais elle a le mérite de mettre les pieds dans le plat d'une situation réellement alarmante : depuis la fin de l’été, cet archipel des Canaries est devenu l'une des principales routes d’immigration vers l’Europe pour les exilés africains, alternative à la filière Est via la Libye ou la Tunisie où le passage est devenu trop compliqué par les contrôles accrus, trop cher et toujours très dangereux. 

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Les Canaries, donc, se situent à environ 140 km à vol d’oiseau des côtes marocaines, environ la même distance que l’italienne Lampedusa est éloignée de la Tunisie. L’agence européenne Frontex, affirme El Mundo, avait prévenu bien avant l’épidémie de Covid-19 que la route migratoire vers les Canaries allait devenir ingérable... mais le gouvernement de Pedro Sanchez, trop accaparé par la crise sanitaire, n’a pas su ou pas voulu l’entendre.

Depuis quelques jours, lit-on dans l’édition canarienne d’El Diario, la problématique migratoire sur l’île de la Grande Canarie se cristallise autour du quai du port d’Arguineguin. A cet endroit où sont débarqués les migrants, on a vu plus de 2700 personnes s’entasser sur quelques centaines de mètres carrés de béton nu aménagés à la va-vite en camp de refugiés par la Croix-Rouge, avec une capacité maximale de 400 personnes. 

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Les autorités espagnoles, au bout de 72 heures de rétention, ont été obligées de relâcher 227 migrants maghrébins, les laissant errer sur l’île sans rien à manger, à boire, à faire et sans abri bien sûr… et suscitant la colère des habitants. 

Ce jeudi, il y a bien un centre d’accueil qui a été ouvert, en urgence, ailleurs sur l’île, la pression est un peu retombée sur "le quai de la honte", comme le qualifie une partie de la presse espagnole. Mais rien n’est réglé, à moins de se résigner à "appliquer aux Canaries les méthodes désastreuses de Lesbos", renchérit El Mundo

Alors ce jeudi également, rapporte le site InfoLibre, les autorités canariennes ont lancé un appel à Madrid : appel à organiser d’urgence le transfert des milliers d’exilés débarqués sur l’archipel vers les autres régions autonomes d’Espagne ; se partager la charge de leur accueil pour la rendre soutenable pour tous. Question de "solidarité", et question de survie aussi pour les migrants et pour les îles qui ne peuvent faire face seules à cette responsabilité. 

Manchette d'El Pais le 20/11/20
Manchette d'El Pais le 20/11/20 Crédits : elpais.com

La réponse de Madrid à cet appel à l’aide ne s’est pas faite attendre. On la trouve dans El Pais qui analyse la crise politique à laquelle se retrouve confronté le Président du gouvernement de gauche Pedro Sanchez : il a repousse l’idée d’un transfert des immigrés africains des Canaries vers le continent, craignant que cela ne crée (ceest un grand classique) un "appel d’air". Sanchez, il faut bien le dire également, est mis sous pression par les autres  pays de l’Union Européenne qui craignent d’être débordés désormais par cette filière migratoire de l‘Ouest.

Madrid organise bien quelques relocalisations de migrants des Canaries vers la péninsule, mais "en toute discrétion et au compte-goutte", à un rythme de 1800 environ par an selon les calculs d’El Pais, alors que l’archipel a déjà vu débarquer dix fois plus de monde depuis le début de l'année.

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Le gouvernement Sanchez, empêtré dans cette nouvelle crise migratoire, craint surtout de voir l’extrême-droite espagnole, le parti Vox, récupérer ce dossier et en faire ses choux gras. Pour le moment l’alliance socialistes/Podemos se borne surtout à renvoyer la responsabilité sur le Maroc, où embarquent les migrants : le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska se rend d’ailleurs en visite officielle ce vendredi à Rabat chez son homologue Abdelouafi Laftit, nous apprend le site d’info marocain Le Desk. L’Espagne voudrait convaincre le Maroc de lutter plus efficacement contre les passeurs sur ses côtes, et de permettre plus d’expulsion ver son territoire. L’Espagne voudrait également renvoyer plus de migrants vers la Mauritanie et le Sénégal, deux pays où la crise économique liée à la pandémie a remis ces derniers mois des milliers de jeunes, hommes femmes et enfants, sur la route de l’exil vers l’Europe.  

Au Danemark, le gouvernement de gauche est également en difficultés, mais à cause d’une sombre histoire de visons.

Oui parce que, première information débusquée dans le Copenhagen Post, le Danemark est le premier producteur mondial de fourrure de vison, et donc le premier éleveur mondial des petites bêtes : o dénombrait encore récemment entre 15 et 17 millions de visons dans les élevages industriels du petit pays scandinave. 

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Mais au début du mois, le gouvernement dirigé par la social-démocrate Mette Frederiksen a ordonné que tous ces animaux soient abattus, tous les 17 millions, condamnés par une mesure sanitaire de précaution : on craignait que le coronavirus ne mute et ne puisse contaminer les humains à travers les visons. 

Ces dernières semaines, nous raconte Politiken, la police nationale danoise a donc écumé les campagnes et les fermes pour signifier aux éleveurs qu’ils devaient faire abattre tout leur cheptel. Bien rares sont ceux qui ont refusé, des indemnités ont été promises aux autres qui ont tout perdu en quelques jours.

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Et puis, à force de choc dans la population et dans la presse autour de cette hécatombe animale, on s’est rendu compte que la décision d’abattage massif n’était aucunement fondée scientifiquement. La mutation tant redoutée du coronavirus ne s’est pas produite. Mais surtout, révèle le quotidien Berlingske, il y a un vrai "scandale politique des visons" : la décision prise par le gouvernement était tout bonnement illégale, le ministère de l’Agriculture et la police ont outrepassés leurs droits et leurs compétences. C’est une magistral "erreur  système", commente donc le Berlingske selon qui "au moins sept ministères" auraient du se rendre compte qu’on ne pouvait pas légalement et d’un trait de plume signer l’arrêt de mort de 17 millions d’animaux… et de toute une filière industrielle. 

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Ce mercredi, le ministre de l’Agriculture Morgen Jensen a présenté sa démission, mais il pourrait bien ne pas être le seul à payer ce "scandale des visons" selon Politiken, pour qui cette sordide affaire aura également des conséquences graves sur "la confiance que les Danois peuvent avoir en leurs dirigeants en leur police".

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