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Feu Zine Ben Ali et son indéfectible cravate mauve

Mort de Ben Ali, quel devoir d'inventaire en Tunisie ?

5 min
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Le décès en exil du dictateur tunisien déchu suscite bien peu de réactions dans la presse tunisienne, mais un travail de mémoire collective bien timide s'engage tout de même. En Australie, une publicité TV montrant du sang menstruel a suscité des centaines de plaintes de téléspectateurs.

Feu Zine Ben Ali et son indéfectible cravate mauve
Feu Zine Ben Ali et son indéfectible cravate mauve Crédits : handout - AFP

Les Tunisiens apprenaient hier la mort en Arabie Saoudite de leur ancien dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, et on ne peut pas dire que la presse tunisienne soit submergée d'émotion ce matin. 

Ben Ali était en exil en Arabie Saoudite depuis plus de 8 ans, c'est la rue qui l'avait chassé du pouvoir au printemps 2011, donc la rue n'a pas perdu beaucoup de temps hier à pleurer son ancien président... et la presse non plus.  

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Mais tout de même, il y a quelque chose d'un devoir d'inventaire, d'un travail mémoriel, timide, à froid, qui semble se déclencher avec la mort du vieux tyran. On en trouve l'ébauche dans ce constat fait par Kaïs Djelassi sur le Huffington Post Tunisie : "une page se tourne sur cette sombre histoire sans que le ménage autour de sa mémoire n'ait été fait". Au moment de la révolution, ce n'était pas l'heure des bilans : elle est peut-être venue à présent. 

Ben Ali, poursuit l'homme d'affaires Djelassi, est sans doute "regretté par une partie des citoyens déshérités, des classes moyennes dont la situation s'est fortement dégradée depuis 2011" : la dictature avait ceci de pratique et "d'efficace" qu'elle donnait l'illusion d'une "insouciance contrôlée, muselée". Mais qu'on ne s'y trompe pas : le système Ben Ali était avant tout "un système corrompu qui a initié la paupérisation de la société et l'émergence des inégalités" qui sont si criantes depuis sa chute. 

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Et si la suite n'a pas tenu ses promesses, si le système Ben Ali n'a cédé la place, selon Kaïs Djelassi, qu'à une succession "d'anciens collaborateurs amnistiés, d'opportunistes ou d'enturbannés dangereux", c'est aussi l'une des conséquences de ce régime qui ne pensait qu'à sa propre persistance et n'a posé aucune base pour la suite. Ben Ali a laissé derrière lui un pays en ruines, mais aussi et surtout "un désert de compétences et de valeurs, faute d'avoir misé sur l'éducation et la conscientisation de son peuple".  

Mais "l'avenir de la Tunisie sera meilleur, car Ben Ali n'en fera pas partie" : c'est le titre et c'est aussi la conclusion de cet article du HuffPost Tunisie, un média en ligne qui, il faut bien le dire, dénote un peu par rapport à une presse tunisienne plus traditionnelle qui fait plutôt mine d'ignorer la nouvelle de la mort du dictateur., préférant se concentrer sur l'avenir, justement, et l'entre-deux tour de la présidentielle qui se joue en ce moment.

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Le HuffPost, lui, enfonce le clou du travail d'inventaire, en republiant un diaporama humoristique avec un format très populaire sur les réseaux sociaux : "Tu sais que tu as vécu la dictature Ben Ali quand..." On y retrouve toute une liste de petites choses dont tout le monde se souvient en Tunisie : cette couleur mauve qui baignait toute la propagande du Président au point de provoquer des hauts-le-coeur, le chiffre 7 auquel il vouait une véritable superstition depuis son arrivée au pouvoir le 7 novembre 1987 et qu'il imposait à tous les coins de rues, jusqu'à nommer la chaine de télé nationale TV7... avec bien sûr un logo mauve. 

Mais parmi les souvenirs que garderont les Tunisiens, il y a aussi les médias, contrôlés à en être risibles, et beaucoup moins drôles, ces petites gestes d'un peuple qui vivait dans la peur d'être écouté, surveillé (souvent à raison) : chuchoter dans la rue, déjouer la censure sur internet, enlever la batterie de son téléphone quand on ne l'utilise pas... On trouve ça aussi dans le diaporama faussement léger d'Emilie Gline pour le HuffPost Tunisie, et c'est à tout ça que les Tunisiens ont sans doute repensé hier, en apprenant la mort de Zine El-Abidine Ben Ali.

En Australie, une publicité a suscité des centaines de plaintes auprès de l'autorité australienne de l'audiovisuel. 

... Une autorité qui d'ailleurs, nous dit la chaîne ABC, vient de déclarer que non, montrer du sang menstruel dans une publicité pour des serviettes hygiéniques à la télé, ce n'est pas contraire au code de l'éthique... n'en déplaise donc à ces centaines de téléspectateurs australiens choqués, écoeurés ou mal à l'aise face à cette réclame de la marque Libra, diffusée à la fin du mois d'août en prime-time : 

Car cette fameuse publicité se fait forte, en deux minutes, de nous montrer comment des jeunes filles, des femmes, vivent leurs règles, comment elles s'en accommodent, comment elles en rient ou en pleurent, comment ça fait partie de leur vie... et d'ailleurs pas seulement de la leur : on voit, dans ce spot, un jeune homme en train d'acheter des tampons pour sa copine dans une supérette ; une jeune femme qui demande à la cantonade dans une soirée entre amis si quelqu'un a une serviette pour elle... et puis, oui, il y a trois scènes où l'on voit du sang... ou en tous cas un liquide rouge... ruisselant ) l'intérieur des cuisses d'une jeune femme sous sa douche, ou sur la serviette d'une autre que l'on voit, oh tabou, faire le geste de la retirer de sa culotte.  

Voilà donc des gestes, des images, qui font partie de la vie courante de la moitié de l'humanité, mais qu'on ne devrait pas montrer à la télévision ?  En tout cas, il semblerait qu'on ne peut pas le faire, en 2019 en Australie, sans choquer. Et The Guardian de citer quelques-unes des centaines de plaintes de téléspectateurs, révulsés par la vue du sang, ou qui considèrent qu'on ne doit pas leur imposer, entre deux émissions de télé grand public, le moment où ils vont devoir avoir une conversation (forcément génante?) sur les règles avec leurs enfants.

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Mais sur la version australienne de The Conversation, l'universitaire Lara Owen se félicite de voir la fameuse publicité rompre avec "ce tabou" : représenter les règles comme quelque chose de tout simplement "normal", ne plus faire de la serviette hygiénique ou du tampon "un accessoire honteux qui servirait surtout à cacher" ce qui ne doit surtout pas exister à l'extérieur. 

"Ça a pris cent ans aux fabriquants de comprendre cela, il était temps", note Lara Owen qui n'oublie pas que l'industrie dite des "produits d'hygiène féminine" se chiffre à environ 30 milliards d'euros chaque année à travers la monde, et qu'elle a de quoi se sentir menacée tant elle est de plus en plus critiquée pour son inconfort persistant mais surtout pour la pollution que représentent tous ces produits ultra-emballés et à usage unique.

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